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Etats-Unis : condamnations unanimes du projet de brûler le Coran

Depuis que le groupe religieux du pasteur fondamentaliste américain Terry Jones a annoncé son projet de brûler un Coran le 11 septembre, les réactions pleuvent, des autorités religieuses de tous bords à Hillary Clinton, et jusqu'aux plus hauts représentants de l'armée. Mais le geste est symptomatique d'un malaise profond aux Etats-Unis.
Ce qui aurait pu passer pour un projet marginal de fanatiques religieux a fini par mettre le feu aux poudres. Il y a quelques jours, le Dove World Outreach Center a annoncé qu'il brûlerait un exemplaire du Coran pour le neuvième anniversaire du 11 Septembre 2001. C'est Terry Jones, pasteur d'une petite église de Gainesville en Floride, qui a créé l'évènement. Il entend « dépeindre l'Islam » comme une religion « violente et oppressive ».
Tout aurait pu s'arrêter là. L'année dernière déjà, son projet de panneau « l'islam relève du Diable » avait été ignoré par toutes les autorités religieuses locales et nationales. Mais les tensions religieuses sont vives aux Etats-Unis depuis que le président Obama a donné son soutien au projet de construction d'une mosquée près de Ground Zero. L'initiative du Dove World Outreach Center ne pouvait donc pas passer inaperçue.
Des réactions en cascade
Les réactions n'ont pas tardé. Des autorités religieuses de tous bords à la secrétaire d'Etat Hillary Clinton, en passant par les plus hauts représentants de l'armée, les condamnations ont été nombreuses. Le cardinal McCarrick a par exemple dénoncé une « frénésie anti-musulmane » et s'est dit « écœuré par tant d'irrespect pour un texte sacré » dans un communiqué. Communiqué signé aussi par le rabbin David Saperstein, chef de l'Union pour le judaïsme réformé et le rabbin Julie Schonfeld, de l'Association des rabbins conservateurs.
Côté musulman, la société islamique d'Amérique du Nord a appelé les croyants du monde entier à ne pas considérer les voix les plus extrêmes comme celles de tous les Américains. La position du Dove Outreach Center ne justifierait donc pas des actes contre les juifs ou les chrétiens. Une recommandation essentielle puisque plusieurs centaines d'Afghans ont manifesté lundi 6 septembre 2010 à Kaboul aux cris de « Mort à l'Amérique ».
Les mêmes inquiétudes animent les autorités militaires américaines. Le colonel Petraeus, le commandant en chef des forces américaines et de l'Otan en Afghanistan ainsi que le responsable de l'entrainement des forces afghanes, le général Caldwell, ont tous les deux dit clairement que le projet de brûler un exemplaire du Coran mettrait les troupes en danger.
Tensions interreligieuses aux Etats-Unis
Les réactions sont donc à la mesure du débat religieux qui agite ces derniers temps les Etats-Unis. Le projet de mosquée à proximité de Ground Zero est considéré par certains comme une insulte à la mémoire des victimes des attentats du 11 septembre et crée de très vives polémiques. Un sommet interreligieux a même été tenu mardi 7 septembre pour tenter d'apaiser les esprits.
Depuis quelques mois, les institutions musulmanes sont inquiètes du climat d'islamophobie grandissante, qui n'épargne pas le président Barack Obama. Un sondage paru en août montre qu'un américain sur cinq pense que le président est musulman. En un an, ce chiffre a augmenté, et le nombre de sondés qui l'identifient à raison comme un chrétien a chuté de moitié.
Dans le monde islamique, le pays est perçu comme anti-musulman et la haine envers les Etats-Unis risquerait encore de grandir si le projet du pasteur Jones était mené à bien. « Cela ruinera les relations de l'Amérique avec le monde musulman », a déclaré cheikh Abdel el-Moati el-Bayoumi, un des principaux responsables d'Al-Azhar, l'institution sunnite traditionnellement modérée du Caire. Le Caire où Barack Obama avait, il y a un an, tenu un grand discours prônant la conciliation envers le monde musulman.
Mises en garde en Egypte |
La prestigieuse et officielle mosquée d’Al-Azhar a appelé l’administration américaine à empêcher les fondamentalistes évangéliques de brûler publiquement le Coran. Un acte qui, selon le cheikh Abdel el-Moati el-Bayoumi, constituera une manifestation de « terrorisme religieux » et « ruinera » les relations entre l’Amérique et le monde musulman. Issam al-Erian, haut responsable de l’influente confrérie des Frères musulmans a décrit le projet comme « un acte barbare rappelant l’inquisition ». Un acte qui ne « fera qu’accroître la haine contre les Etats-Unis dans le monde musulman », a ajouté le responsable du principal mouvement égyptien d’opposition. Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue des Etats arabes a, lui aussi dénoncé le projet qu’il a qualifié de « fanatique » et de « destructeur ». Dimanche 5 septembre 2010, le président Moubarak avait lui aussi implicitement attaqué le projet. Dans un discours radiotélévisé le raïs, qui venait de rentrer de Washington, avait dénoncé « la féroce campagne contre l’islam » menée par des groupes en Occident. Pour les analystes, si la menace fondamentaliste américaine est mise à exécution, il en sera fini des tentatives de rapprochement entre Washington et le monde musulman. Exit le beau discours de conciliation de Barak Hussein Obama, il y a un an au Caire. |

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