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Barack Obama Etats-Unis

Détroit, la ville fantôme où seuls restent les plus pauvres

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Alors que les élections législatives ont lieu mardi 2 novembre 2010 aux Etats-Unis, la principale préoccupation des Américains reste l’économie. Avec le chômage qui atteint 9,6%, la population s’est paupérisée. Aujourd’hui, selon les statistiques officielles du Census Bureau, un Américain sur 7 est pauvre. A Détroit, dans le Midwest, c’est un sur trois. La ville, touchée par la désindustrialisation depuis des décennies a subit plus récemment la crise de l’automobile.

Avec notre envoyée spéciale à Détroit, Murielle Paradon

Ils sont des dizaines à attendre dehors, de pouvoir entrer à leur tour. De l’extérieur, le bâtiment aux allures de hangar ne paie pas de mine mais il abrite l’une des plus vénérables institutions humanitaires de la ville : Capuchin soup kitchen, la « soupe populaire des capucins », crée en 1929 pendant la Grande Dépression, pour nourrir les plus pauvres. Déjà…

Au chaud à l’intérieur, des dizaines de personnes attablées engouffrent un chili con carne, un des trois repas servis chaque jour par des bénévoles. Ici, la population est à 100% noire, venue des alentours de Conner street. C’est l’un de ces nombreux quartiers défavorisés de Détroit où il est déconseillé de s’attarder. Prince Moore habite au coin de la rue, chez un cousin. Mère célibataire, elle est venue à la soupe populaire avec l’un de ses deux enfants :

« On vient ici par ce qu’on n’a rien à manger. En attendant d’obtenir des tickets alimentaires de la FIA », une agence de l’Etat du Michigan chargée d’aider les familles en difficulté. Je suis sur une liste d’attente. Quand ils m’enverront ma carte, je pourrai acheter à manger », affirme Prince. A côté d’elle, sa fille Katrice, lycéenne rondouillarde de 16 ans, cache mal sa gêne. « C’est dur de devoir venir manger ici tous les jours, même si je sais que ma mère fait tout pour nous sortir du ghetto ».

Crise automobile

Prince Moore, la quarantaine fatiguée, était serveuse dans un fast-food mais depuis qu’elle a eu un accident à la main, elle ne travaille plus et vit d’aides sociales. Elle touche 400 dollars par mois de l’Etat. Elle doit débourser 30 ou 40 dollars à chaque fois qu’elle va consulter un médecin, le reste est pris en charge par Medicaid, la sécurité sociale des pauvres aux Etats-Unis. « Avec les factures à payer, les vêtements des enfants, dit-elle, il ne nous reste plus rien pour vivre ».

Le travail, c’est ce qui manque à Détroit. La ville et son agglomération affichait un taux de chômage officiel de 15,7% en août dernier, contre 9,6% de moyenne nationale. « Ca fait un an que je cherche du travail », raconte Cliff, 55 ans, attablé un peu plus loin. « Je travaillais dans la maintenance, j’ai été licencié. Il n’y a plus d’embauche, beaucoup d’entreprises ont fait faillite ou sont allées s’installer dans d’autres régions ou d’autres pays. C’est une période difficile pour les Etats unis et surtout pour Détroit ».

Surnommée Motor city, « la ville moteur », Détroit est le berceau de l’automobile. Mais cette industrie qui a fait la gloire et la richesse de la ville autrefois a subit de plein fouet la crise de 2008. Avec les fermetures d’usines, des dizaines de milliers d’emplois ont été perdus. Même si les constructeurs américains Ford et General Motors renouent aujourd’hui avec les bénéfices, les emplois ne sont pas pour autant revenus. Et cette crise de l’automobile n’a fait que se rajouter à une lente désindustrialisation de la ville.

« Shrinking city »

Dans son bureau , Mike Breene est fataliste. Cela fait 17 ans que cet homme placide à la queue de cheval blonde, dirige l’un des deux centres de l’organisation Capuchin soup kitchen. « Nous servons dans notre association entre 1200 et 1500 repas par jour. Ça n’a pas changé depuis que je travaille ici, ça fait 17 ans. Il y a peut être un peu moins de monde qui vient maintenant mais c’est uniquement parce que les gens quittent la ville ». Et pas parce que la situation économique s’est améliorée.

Au gré des crises, Détroit se vide de sa population. Elle est ce que les Américains appellent une « shrinking city », une ville qui rétrécit. De 2 millions en 1950 elle est passée à 800 000 habitants aujourd’hui. Les commerces ont déserté bien des quartiers. Les bâtiments industriels sont en ruine et on ne compte plus les maisons abandonnées, quant elles ne sont pas brûlées par des dealers. Détroit possède aussi un des taux les plus élevés de criminalité aux Etats-Unis.

Dans cette ville fantôme, seuls les plus pauvres semblent rester, ceux qui n’ont pas les moyens de partir ou plus l’envie de tenter leur chance ailleurs. « Ici, j’ai mes quatre enfants, plaide Arcelia, une retraitée de 65 ans qui vient aussi à la soupe populaire. Si on a un problème, on s’entraide. Et puis partir, pour aller où ? Mes parents m’ont amené de l’Ohio à Détroit quand j’avais 10 ans. Alors Détroit, c’est à peu près tout ce que je connais ».

Ecoutez le Reportage International sur la pauvreté à Detroit

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