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    Derrière l’affaire Cesare Battisti se cache le passif des «années de plomb»

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    L’affaire Battisti ne peut ni s’expliquer ni se comprendre hors du contexte historique de ces années qui vont grossièrement du début des années 60 à la fin des années 80. C’est la période pendant laquelle, en Europe, que ce soit dans des démocraties comme l’Allemagne, la France et l’Italie ou des dictatures comme l’Espagne ou la Grèce, des mouvements extrémistes de droite et de gauche s’affrontent à coups d’attentats et d’opérations criminelles.

    En Allemagne, ce sont des années marquées par la Fraction armée rouge, en France par Action directe et en Italie par les Brigades rouges. Rapidement et globalement résumé, ces mouvements sont anti-impérialistes : la guerre du Vietnam est leur étendard pour dénoncer les Etats-Unis. Internationalistes, les connections entre ces différents mouvements sont prouvées jusqu’au Proche-Orient où ils soutiennent la lutte des Palestiniens. Pour eux, les attentats sont des actes politiques qui répondent aux actions de l’extrême droite.

    En Italie, les noms de deux grands mouvements d’extrême gauche resteront à jamais liés à ces années de violence : les Brigades rouges et le mouvement Primea Linea. La mémoire collective italienne a retenu la mort d’Aldo Moro. L’ancien président du Conseil et chef de la Démocratie Chrétienne a payé de sa vie, sa tentative de coalition avec le Parti communiste italien. Il avait été enlevé puis il a été retrouvé dans le coffre d’une voiture. Cette une image d’un ancien président du Conseil recroquevillé dans le coffre d’une voiture a marqué l’inconscient collectif italien. Au point que l’attentat de la gare de Bologne qui a fait 85 morts le 2 août 1985, est attaché dans l’inconscient collectif à l’extrême gauche, alors que la responsabilité en revient à l’extrême droite.

    Cesare Battisti dans la tourmente de l’Italie ?

    Petit malfrat arrêté pour vol à main armée, Cesare Battisti passe à la lutte armée après avoir rencontré en prison des membres du groupuscule Prolétaires armés pour le communisme, les PAC.

    Emprisonné en 1979 et condamné pour appartenance à une bande armée, il s’évade et se réfugie au Mexique. En France, l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand va contribuer à la fin de ces années de plomb en Italie avec la « doctrine Mitterrand » : les activistes qui renoncent à la lutte armée en Italie, pourront rester en France sans être inquiétés. L’Italie a tendance à oublier qu’à l’époque, cette politique a été bien accueillie en Italie car elle a aidé le pays de sortir de ces années de plomb sans trop de dommages collatéraux en évitant quelques procès qui auraient été politisés. Par ailleurs, quand le dossier Battisti arrive sur le bureau de François Mitterrand, le président français estime qu’il y a tellement de doutes qu’il choisit « de n’en laisser aucun » comme l’expliquera son entourage : il accorde l’asile à celui qui est devenu concierge d’immeuble.

    Trois de ses anciens compagnons d’armes eux sont arrêtés et devant la justice ils accusent Cesare Battisti d’avoir été le tireur au cours des 4 assassinats revendiqués par le groupe. Il est donc jugé mais comme il est en fuite au Mexique, il est condamné par contumace. A-t-il organisé sa défense de là-bas comme l’affirme le gouvernement italien ? Ou bien n’a-t-il pas été défendu comme il le dit lui-même ? Le détail a son importance dans le dossier d’extradition.

    Responsable politiquement ou capable judiciairement ?

    Cesare Battisti a aussi lui-même entretenu le trouble sur son rôle dans ce quadruple assassinat. En 2001, il déclare que « politiquement, il assume ». Mais en 2004, lorsque Jacques Chirac rompt avec la « doctrine Mitterrand » et ouvre les procédures d’extradition, Battisti commence à clamer son innocence et accuse les trois autres condamnés d’avoir obtenu des réductions de peine contre leurs témoignages à charge.

    Pourquoi ce changement de stratégie ? L’écrivaine Fred Vargas qui a pris la tête de son comité de soutien l’explique : « Pendant longtemps Cesare Battisti a pensé que la loi française (qui empêche d’extrader quelqu’un condamné par contumace s’il n’est pas rejugé dans son propre pays, NDLR), le protégeait. Il ne voulait donc pas discréditer la doctrine Mitterrand et nuire aux autres réfugiés ». Par ailleurs, toujours selon Fred Vargas, « il avait aussi un motif plus intime encore et plus historique : il estimait que, innocent ou pas, il se devait d'assumer la responsabilité collective de son engagement politique. Pour lui, son innocence " technique ", le fait qu'il n'avait pas tué, ne devait pas l'empêcher d'assumer l'Histoire ».

    Récupérer Battisti à tout prix

    Pierre Milza dans son chapitre consacré aux années de plomb dans son Histoire de l’Italie, rappelle que : « L'interprétation du phénomène terroriste qui a ébranlé la République italienne entre 1969 et l'extrême fin des années 1980 reste difficile à faire, tant sont mêlées les questions relevant de la politique intérieure et celles tenant à la situation internationale, tant sont partagées les responsabilités de chaque protagoniste dans un jeu qui, globalement, relève de l'affrontement planétaire entre le camp des démocraties libérales et celui du " socialisme réel " ».

    Le souvenir de ces années de plomb reste très présent en Italie, et n’est en rien comparable au souvenir qu’a laissé Action Directe en France. Pour le moment l’Italie a le sentiment que bien peu de gens ont payé pour les 362 morts et 172 blessés de ces trois décennies. Par ailleurs, l’Italie est dirigée par un gouvernement de droite qui ne trouve aucune justification à cette lutte armée des années 70/80.

    C’est exactement l’inverse qui se passe au Brésil où Lula, président de gauche, a refusé d’extrader Battisti le tout dernier jour de sa présidence. Un ancien ministre de la Justice brésilien, confiait à RFI, que normalement, le Brésil qui est actuellement en tête des pays non alignés et qui compte peser dans les instances internationales, serait plutôt enclin à accepter de porter un litige devant la Cour internationale de justice de La Haye sauf … dans le cas Battisti ! Parce qu’un peuple de gauche a forcément une certaine empathie avec un combat révolutionnaire et a donc tendance à croire à la théorie du complot.

    Cour internationale de justice

    Avant qu’un dossier parviennent sur le bureau de la Cour de La Haye qui juge les conflits interétatiques, il faut : soit que les Etats aient signé un traité qui les oblige à soumettre les conflits qui les concerne à ce tribunal, or le Brésil n’est pas signataire d’un tel traité. Soit que les deux Etats se mettent d’accord pour soumettre leur litige à la Cour de La Haye. Or le Brésil serait enclin à s’en remettre à la justice internationale, sauf dans le cas Battisti.

    Cela étant dit, s’il acceptait, d’un pur point de vue légal, la Cour pourrait bien recommander d’extrader Cesare Battisti. Pour deux raisons : d’un point de vue de la Constitution brésilienne, ce n’était sans doute pas au président de la République de bloquer l’extradition. Et puis sans préjuger du fond de l’affaire, de la culpabilité ou non de Cesare Battisti, selon le traité d’extradition que le Brésil et l’Italie ont signé, son dossier répondrait aux critères légaux qui auraient pu conduire à son extradition.

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