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    Amériques

    L’Amérique du Sud, pôle de croissance de l’économie mondiale

    media Le Brésil, ici une vue de Rio de Janeiro, est devenu la sixième puissance mondiale, le 27 décembre 2011. Wikimedia

    En dépit de la crise, l’Amérique du Sud s’impose comme une zone clé de l’économie mondiale. Dans la foulée du Brésil, aujourd’hui sixième économie de la planète devant la Grande-Bretagne, la région se consolide comme une des zones émergentes les plus dynamiques avec l’Asie.

    De notre correspondant à Buenos Aires

    Comme prévu depuis quelques mois, le Brésil a dépassé ces jours-ci la Grande-Bretagne pour devenir la sixième économie mondiale, derrière la France. Fin 2011, le Produit intérieur brut (PIB) brésilien devrait atteindre 2,3 milliards de dollars, contre 2,25 milliards pour le britannique. En 2010, le géant sud-américain avait surpassé l’Italie. On calcule qu’il ravira la cinquième place à la France dans les deux ou trois prochaines années.

    Si le Brésil, leader régional incontesté, confirme ainsi son rang d’acteur «global» (aux côtés des États-Unis, d’une Union européenne diminuée et de trois autres nations émergentes, Chine, Russie et Inde), c’est l’ensemble de l’Amérique du Sud qui améliore ses positions dans le classement des économies mondiales. L’Argentine, deuxième PIB de la région, gagne quatre places pour se situer au vingt-cinquième rang. Plus loin derrière, la Colombie, le Chili et le Pérou montent aussi en grade. Ils devraient être respectivement 33e, 41e et 48e à la fin de l’année. Avec un PIB de 2,7 milliards de dollars, l’ensemble formé par le Brésil et l’Argentine dépasse déjà la France (2,5 milliards). En y ajoutant les autres trois nations sud-américaines précédemment citées, le groupe des cinq économies les plus dynamiques de la région fait jeu égal avec l’Allemagne (3,3 milliards de dollars).

    Une croissance en devenir

    Cette percée des économies sud-américaines est le résultat d’années de croissance soutenue. On le sait peu mais, avec la Chine, l’Inde et l’Asie du Sud-Est, l’Amérique du Sud est aujourd’hui une des deux zones émergentes de la planète en expansion. Il n’y en a pas d’autres, au moins de dimensions comparables. Et tout indique qu’il en sera ainsi dans les années à venir, si l’on en croit les prévisions convergentes d’institutions internationales publiques et privées. Ainsi, la Cepal (Commission économique de l’ONU pour l’Amérique latine et les Caraïbes) annonce pour 2012 une hausse moyenne du PIB des principales économies sud-américaines proche de 4%. On constate certes un ralentissement par rapport à 2011 (6%), en raison de la crise européenne, mais ce résultat est néanmoins encourageant au regard de la récession qui s’installe en Europe.

    De plus, les rapports des instituts économiques signalent au moins trois facteurs qui favorisent la continuité de la croissance dans la région et la protègent, dans une large mesure, des tempêtes financières : la demande actuelle et future (notamment d’origine asiatique) de matières premières agricoles et minières ; le faible endettement de la plupart des pays sud-américains (entre 30% et 45% du PIB, sauf exception) ; une certaine sagesse budgétaire (soldes primaires positifs, équilibre ou déficit inférieur à 3% après paiement des intérêts de la dette). Les deux derniers facteurs, en particulier, contrastent singulièrement avec ce qui se passe dans l’Union européenne.

    Les clés de politiques économiques «vertueuses»

    Cette bonne santé des économies sud-américaines est le fruit de politiques «vertueuses» suivies par les gouvernements de la région depuis 2002-2003, axées sur la priorité accordée au marché interne et à la consommation (ce qui a renforcé les classes moyennes, qui représentent aujourd’hui entre 50% et 65% de la population dans les pays antérieurement cités et en Uruguay), la mise à profit des cours élevés et de la forte demande de matières premières pour en industrialiser la production, l’équilibre des comptes publics et le recours limité aux crédits extérieurs, dans le cadre d’une économie capitaliste avec une intervention de l’État variable selon les pays.

    Si l’on observe des nuances, ces orientations sont néanmoins communes aux gouvernements considérés de centre droit (Chili, Colombie, Pérou il y a peu encore) ou de centre gauche (Argentine, Brésil, Uruguay). Parmi les pays d’une certaine importance, seul s’écarte de ce modèle le Venezuela, cas atypique par ailleurs pour être la seule économie pétrolière de la région. Parallèlement, l’intégration économique s’est renforcée autour du Mercosur - dont font partie l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay - et auquel se sont associés la Bolivie et le Chili, tandis que le Pérou et l’Équateur envisagent d’y adhérer, alors que le Venezuela se singularise encore avec une demande d’adhésion en cours depuis 2006.

    Des inégalités persistantes

    Si l’ensemble formé par les cinq économies les plus dynamiques d’Amérique du Sud (Brésil, Argentine, Colombie, Chili et Pérou) égale l’Allemagne en termes de PIB, sa population est de 330 millions d’habitants, alors que les Allemands sont 80 millions. C’est dire que le revenu par habitant de ces pays (10 000 dollars par an) demeure très inférieur à la moyenne européenne. De plus, et même si les inégalités se sont accrues en Europe avec la crise, l’Amérique du Sud et, plus généralement l’Amérique latine, reste la région la plus inégalitaire du monde, malgré le recul de la pauvreté qui a accompagné la croissance de ces dernières années.
     

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