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Article publié le : vendredi 13 janvier 2012 - Dernière modification le : vendredi 13 janvier 2012

Buzz au Venezuela : des propos de Chavez ont-ils été déformés ?

Hugo Chavez reçoit son homologue iranien Mahmoud Ahmadinejad, le 9 janvier 2012 au palais de Miraflores, à Caracas.
Hugo Chavez reçoit son homologue iranien Mahmoud Ahmadinejad, le 9 janvier 2012 au palais de Miraflores, à Caracas.
©Reuters.

Par RFI

Un reportage de l'agence France Presse (AFP) provoque une certaine agitation médiatique au Venezuela, notamment sur le web. Il s'agit d'une vidéo relatant la rencontre entre le président iranien Ahmadinejad et Hugo Chavez lundi dernier. Apparemment, cette vidéo montrant un Chavez va-t-en guerre n'a pas plu aux partisans chavistes, qui estiment que les propos du président vénézuélien sont déformés.

Avec notre correspondant à Caracas, François-Xavier Freland

Mahmoud Ahmadinejad et Hugo Chavez ont voulu afficher, lundi 9 janvier 2012, leur complicité au nez et à la barbe des Etats-Unis, dans un contexte de pression occidentale autour du programme nucléaire iranien. C'est en recevant son ami iranien sur le perron de son palais qu'Hugo Chavez s'est laissé aller à une petite boutade.

Sans déformer, autant que possible, les propos du président vénézuélien mais en les résumant, il aurait dit : « Les porte-parole de l'impérialisme disent [...] qu'Ahmadinejad et moi allons ajuster notre tir en direction de Washington, et que vont sortir de là de grands canons et des missiles car nous allons attaquer Washington ». C’est donc une boutade typiquement chaviste.

Malheureusement, cette citation reprise en voix off dans le sujet vidéo de l'agence France presse est un peu plus ambiguë et va-t-en guerre. C'est le problème parfois de vouloir trop résumer. Et les journalistes sont les premiers confrontés à cette difficulté. Le message du président Chavez est ainsi devenu : « Ahmadinejad et moi, depuis le perron du palais présidentiel, viserons Washington avec des canons et des missiles. Parce que nous allons attaquer Washington. » Exit donc la première phrase : « les porte- parole de l'impérialisme disent que… ». Ce n’est donc pas vraiment pareil, ce n’est pas dramatique non plus.

Il n'empêche. Aussitôt, l'erreur a été signalée par un internaute sans doute français, Vincent Lapierre, apparemment chaviste, sur son compte Dailymotion. On peut y confronter la version AFP à celle tournée par les télévisions vénézuéliennes. Et depuis, des centaines de blogs voire des milliers de tweets ont rapporté l'erreur, donnant raison ainsi au discours de victimisation de Chavez, qui estime que les médias étrangers manipulent, mentent sur lui.

« À la botte de l'impérialisme »

Malheureusement, ce genre de maladresse coûte cher dans un pays déchiré par la polarisation du débat politique. On parle même d'une « guerre médiatique ». Le président Chavez fait lui-même souvent référence à cette expression. C'est même pour ces raisons qu'il a crée en 2006 la chaîne de télévision internationale Telesur, qui a pour but d'apporter une autre information que celle distillée par les médias occidentaux « à la botte de l'impérialisme » comme il dit, CNN en tête.

Il est vrai qu'au niveau local, l'objectivité n'est pas une des qualités ni une des règles des chaînes de télévision vénézuéliennes, voire de la presse en général, chaviste ou pas. Et pour les autres, les médias étrangers, même si les attaques ne sont pas officielles, il faut rappeler quand même que le ministère de la Communication avait publié il y a peu une liste de médias ennemis : CNN, le quotidien espagnol El Pais, entre autres, et en citant des noms. Ainsi, une journaliste d’El Pais travaillant à Caracas n'a jamais l'autorisation de pénétrer au palais présidentiel.

En tous les cas, la pression sur les journalistes étrangers se fait surtout à travers le regard d'internautes très scrupuleux, pas forcément de bonne foi d'ailleurs, qui avancent souvent masqués, en utilisant des pseudonymes. Et étrangement, ce sont des Français ou des Belges. Certains ne vivent pas au Venezuela. Ils passent au crible tous les articles des correspondants de la presse étrangère lorsqu'ils sont, selon eux, hostiles, critiques, à l’égard de Chavez. C'est un véritable harcèlement dont beaucoup de journalistes occidentaux installés au Venezuela ont fait les frais. Et ça ne va pas aller en s'améliorant à mesure qu'on va rentrer dans la campagne de l’élection présidentielle prévue en octobre prochain. Mais il est vrai aussi, que certains confrères ont parfois tendance à caricaturer le président Chavez.
 

tags: Droits de l’homme - Etats-Unis - Hugo Chavez - Mahmoud Ahmadinejad - médias - Nucléaire - Venezuela
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Commentaires (5)

pourquoi les commentaires ne

pourquoi les commentaires ne s'affichent pas ?

Pas besoin d'être chaviste,

Pas besoin d'être chaviste, et je ne le suis pas, pour apprécier la transparence. Des journalistes, sur place, font un résumé d'un discours équivalent à retirer les négations dans un texte mais ce sont les internautes qui ne sont "pas forcément de bonne foi d'ailleurs" !
Pardon d'avoir à dire que votre article enfonce le clou...
Heureusement que vous le terminez en admettant que "certains confrères ont parfois tendance à caricaturer le président Chavez."
Que Chavez soit un dangereux dictateur ou un amoureux de son peuple, peut importe.

Pas besoin d'être Chaviste,

Pas besoin d'être Chaviste, et je ne le suis pas, pour apprécier la transparence, pour être agacé(e) par l'interprétation journalistique trop souvent orientée dans le même sens ! Merci à Vincent Lapierre qui, chaviste ou non, ne fait que traduire et transmettre avec objectivité des discours, dont on peut toujours penser ce que l'on veut... que Chavez soit un dangereux dictateur ou un révolutionnaire amoureux de son peuple ne change rien au fait que lorsqu'il dit quelque chose, un journaliste ne devrait pouvoir transmettre le discourt en l'orientant à l'opposé ! Fait on un résumé d'un texte en retirant les négations ? !
Soit dit en passant un des
"internautes très scrupuleux, pas forcément de bonne foi d'ailleurs, qui avancent souvent masqués, en utilisant des pseudonymes." est Vincent Lapierre que je ne connais pas mais qui ne semble ni masqué ni caché derrière un pseudonyme (et qui devrait peut-être...) : il relate des faits avec bien plus d'objectivité que des journalistes qui sont sur place !
Heureusement que vous admettez finalement en une courte phrase finale "que certains confrères ont parfois tendance à caricaturer le président Chavez.", sinon votre article aurait scandaleusement manqué d'objectivité !

Monsieur, si vous trouvez que

Monsieur, si vous trouvez que ''ce n'est pas dramatique'' de déformer les propos d'un président pour lui faire dire quelque chose qu'il n'a pas dit, je trouve ça grave.
Si vous trouvez que ''ce n'est pas dramatique'' de faire dire à un président (qui a déjà une mauvaise image) qu'il va -avec le président iranien- attaquer les Etats-Unis, je trouve ça grave.

Chavez voulait justement dénoncer les manipulations médiatiques, ces propos (complets) disaient:
« […] Les porte-parole de l’impérialisme disent, les medias de l’impérialisme disent, et leurs laquais dans ces pays le répètent comme des perroquets, que l’Iran est au Venezuela, que Ahmadinejad est à Caracas, car en ce moment même, à 14h30de l’après-midi, nous allons Ahmadinejad et moi pratiquement depuis les sous-sols du Palais présidentiel, ajuster notre tir en direction de Washington, et que d’ici vont sortir de grands canons et des missiles parce que nous allons attaquer Washington. C’est pratiquement ce qu’ils disent. […] »

L'AFP lui a donné raison, et un peu d'honneteté intellectuelle devrait vous pousser à le reconnaitre au lieu de tenter de couvrir vos confrères.
Les journalistes ont le droit de ne pas aimer Chavez, mais leur boulot ce n'est pas de faire passer le message qu'ils souhaitent, c'est d'informer sur la vérité des faits. C'est leur devoir.

Votre analyse sur l'intox visant Chavez

RFI reste une grande chaine, mais la je vois que cette analyse tente de minimiser la manipulation dont se rend coupable une certaine frange de la presse occidenntale. L'article tente aussi de faire de l'equilibrisme, alors qu'ici il s'agit de dire une verite qui ne souffre d'aucune ambiguite. il y'a eu tentative de manipulation et cela est tres clair. la remarque ''ce n'est pas dramatique non plus'' est pour moi un indicateur de votre volonte a proteger ces journalistes qui s'adonnent a cette maniere honteuse de tromper leur lecteur. heureusement le monde a changer et l'internet accessible un peu partout est devenu un bon outil de retablir certaines verite avant qu'elle le contraire ne produise les effets nocifs voulu par les auteurs de ce genre de manipulation.

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