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    Amériques

    Cinéma : Patricio Guzman explore la mémoire cachée du Chili

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    «Le futur est dans la mémoire, dans le passé» et un pays ne peut se construire sur ses deux pieds qu’en se mettant au clair avec son histoire, avec sa mémoire. C’est sur cette apparente contradiction que Patricio Guzman bâtit, fil à fil, ses films et interroge inlassablement la mémoire amputée du Chili. Le Cinéma la Clef, à Paris, présente la première rétrospective de l’intégralité de son œuvre documentaire.

    Patricio Guzman : «C'était comme une aurore boréale» 10/10/2013 - par Isabelle Le Gonidec Écouter

    La vie de cinéaste de Patricio Guzman a sans doute véritablement commencé au moment du bouillonnement politique du gouvernement d’Unité populaire dirigé par Salvador Allende (*) au Chili. Pour un cinéaste jeune, de sensibilité de gauche sans être politiquement engagé, il s’impose comme une évidence de rendre compte de cette effervescence. « C’était une aurore boréale, un rêve, tous ces gens dans la rue, ces drapeaux, la musique, cette énergie », raconte Patricio Guzman.

    Salvador Allende en 1971 dans une usine métallurgique filmé pour le film « La bataille du Chili ». patricioguzman.com
    Avec une petite équipe d’amis aussi enthousiastes, ils filment inlassablement, de manifestations de rue en entreprises, de réunions syndicales en distributions de vivres, au plus proche du quotidien des gens. Arrêté après le coup d’Etat, Patricio Guzman sera emprisonné au Stade national puis parviendra à quitter le Chili. Le cameraman Jorge Müller Silva disparaîtra quelques mois plus tard. Grâce à la complicité de l’ambassade de Suède qui les feront sortir du Chili, ces quelques 18 heures de pellicule -offertes par le documentariste Chris Marker-, donneront naissance après des mois d’un montage éreintant à la fameuse Bataille du Chili. Ce documentaire en trois parties est cité par le magazine américain Cinéaste comme l’un des dix meilleurs films politiques au monde. Il raconte précisément cette « bataille » pied à pied de Salvador Allende pour faire vivre son programme politique et les ripostes d’une irréductible opposition, bataille tragique qui se soldera par un coup d’Etat militaire, par la mort et la disparition de près de 3 000 personnes, et des dizaines de milliers d’autres arrêtées, torturées, contraintes à l’exil.
     
    La mémoire oubliée
     
    Ce rêve fracassé de l’Unité populaire et la répression qui s’ensuivit, la dictature militaire et les gouvernements civils qui lui ont succédé, les médias, les manuels scolaires, la peur aussi, se sont employés à les gommer de la mémoire collective.
    Patricio Guzman se sert de sa caméra pour sonder les âmes et les cœurs, comme il s’en était servi pour raconter l’épopée. Au cinéma direct succède le cinéma-mémoire. « Je ne peux pas comprendre comment le Chili a oublié la partie la plus importante de son histoire, c’est comme si en France, on avait oublié la Révolution » s’indigne-t-il. Le Chili, ce pays « à la dette extérieure minime, où on ne paie pas d’impôts et où même les rivières ont été privatisées », ne veut pas rendre justice et sépulture « aux cadavres flottants », en référence à ces disparus dont on ne sait où sont les corps. Le ciné-mémoire de Patricio Guzman va alors raconter ce que les journaux ont tu –à commencer par le principal quotidien du pays, El Mercurio, « un journal qu’il faudrait juger pour tous les mensonges qu’il a proférés »-, et ce que les manuels scolaires ont ignoré. Et cela donne ces scènes très fortes des réactions émues de jeunes adolescents à la projection de La bataille du Chili, dans La mémoire obstinée, premier essai sur la mémoire historique de Patricio Guzman.
     
    En 1996, il revient au Chili, retrouve quelques acteurs survivants de la « Bataille du Chili » et reconstitue avec eux, photo après photo ou sur les lieux même du coup d’Etat militaire, le puzzle de la mémoire, avec, en illustration sonore, les notes hésitantes de la Sonate Au clair de lune de Beethoven, jouée par un vieil homme –son oncle et celui grâce auquel le film est sorti du Chili- qui cherche sur les touches de son piano cet air oublié. Précisons que les films de Patricio Guzman sont peu ou pas distribués au Chili et que La Bataille du Chili, documentaire historique, n’a jamais été diffusé. Ses images par contre ont été largement pillées par la télévision chilienne mais sans que Patricio Guzman soit crédité comme auteur. « Quand tous les Chiliens impliqués dans la Bataille du Chili seront morts, alors le film sera diffusé au Chili. J'attends ce moment avec impatience », ironise le documentariste.
     
    Le ciné documentaire de Patricio Guzman
      
    Deux femmes de disparus sur le tournage de « Nostalgie de la lumière », dans le désert d'Atacama. patricioguzman.com
    Le cinéaste aime à dire qu’ « un pays sans cinéma documentaire est comme une famille sans album de photos » et l’histoire et la mémoire historique sont des matériaux inépuisables pour un documentariste. Après La Bataille du Chili, Patricio Guzman poursuit son exploration du passé avec Le cas Pinochet sur la bataille judiciaire du juge espagnol Baltasar Garzon contre l’ancien dictateur et la douloureuse mémoire des victimes de tortures, ou avec Salvador Allende. Il prend aussi parfois des chemins de traverses en s’intéressant au rôle de l’Eglise catholique en Amérique, à la théologie de la libération (La Croix du Sud) ou au courage de certains courants de l’Eglise chilienne dans la résistance à la dictature militaire (Au nom de Dieu). Une œuvre limitée par la difficulté à trouver des financements, et par l’exigence portée par Patricio Guzman à son travail qu’il revendique comme étant une sorte d’ « artisanat ».
     
    Patricio Guzman : «faire un long-métrage documentaire est plus difficile que faire un long-métrage de fiction» 10/10/2013 - par Isabelle Le Gonidec Écouter
    « Il est très difficile de faire un long-métrage documentaire ». C’est comme un tissage, fil après fil, en veillant à la tension de la chaîne et de la trame car « la tension dramatique doit être constante ». « Dans le cinéma de fiction, les acteurs peuvent rattraper le spectateur mais pas dans le documentaire où l’on travaille avec des ‘acteurs’ modestes, des gens de la rue ». Ces gens dégagent pourtant une émotion et une force incroyable. Ainsi, ces femmes qui arpentent, armées de petites pelles, l’immensité du désert d’Atacama dans le nord du Chili dans l’espoir insensé de retrouver leurs disparus. Dans le dernier documentaire de Patricio Guzman, Nostalgie de la lumière (sorti en 2010), deux épouses de disparus interpellent les astronomes qui épient le ciel pour qu’ils penchent leurs télescopes vers la terre et les aident à retrouver leurs morts.
     
    Chercher dans les étoiles
     
    Nébuleuse du ciel austral, dans le film « Nostalgie de la lumière ». patricioguzman.com
    Ce dernier film est une exploration philosophico-poétique de la mémoire et du temps. Une sorte de mille-feuille de la mémoire qui rend hommage aux disparus de la dictature, aux civilisations précolombiennes, aux ouvriers des mines de salpêtre exploitées au début du 20e siècle. Leurs ossements parsèment le désert tout comme les fragments des étoiles disparues que quêtent les astronomes. La quête de ces femmes, « c’est comme si moi, avec mon télescope, je cherchais le corps de mes parents dans le cosmos » dit l’astronome. C’est le même calcium qui constitue nos os et que l’on retrouve sur certaines planètes, héritage du Big Bang, raconte cette séquence magistrale où l’on passe du relief d’une pierre d’étoile à celui d’un os. Passé et présent se confondent. « Le présent n’existe pas. Au moment où je vous parle je suis déjà dans le passé » dit l’astronome.
     
    Cette fascinante cosmogonie de la mémoire aura une suite. Il ne sera plus alors question d’étoiles mais d’eau car « je crois que la mémoire de notre planète est dans l’eau. La vie a germé dans l’eau… et l’eau et la vie viennent aussi du ciel » nous dit Patricio Guzman qui a rendez-vous avec la Patagonie, bout de continent où terre et eau se confondent, pour poursuivre son exploration de la mémoire.
     
     
    (*) Président élu du Chili de septembre 1970 au coup d’Etat de septembre 1973, le socialiste Salvador Allende a mené une politique d’importantes réformes (nationalisations, réforme agraire…), systématiquement contrebattue par l’opposition parlementaire, avec le soutien avéré du gouvernement américain, puis avortée par le coup d’Etat militaire de 1973.
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    La rétrospective Patricio Guzman au cinéma La Clef est à voir jusqu'au 9 avril. 

     

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