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    Venezuela: décès de Hugo Chavez, un tribun populiste à multiples facettes

    media Le président Hugo Chavez, le 6 décembre 2011, à Caracas. Reuters.

    A la tête du Venezuela depuis décembre 1998, Hugo Chavez a succombé ce mardi 5 mars des suites d’un cancer à l'âge de 58 ans. Il laisse l’image d’un leader controversé qui a su jouer de ses talents d’orateur pour séduire un électorat populaire et de la manne pétrolière pour financer sa politique. Héritier déclaré de Simon Bolivar, il était une voix qui comptait en Amérique latine et en dehors. RFI vous propose une édition spéciale, mercredi 6 mars, de 7h à 8h (heure de Paris).

    Né dans la petite ville de Sabaneta, dans l’Etat de Barinas (à 400 kilomètres de la capitale Caracas), région spécialisée dans l’élevage du bétail, Hugo Rafael Chavez Frias n’était pas a priori destiné à devenir un jour l’empêcheur de tourner en rond du continent américain. Issu d’une famille d’enseignants, il a d’abord rêvé, comme nombre de ses compatriotes, de devenir une star du base-ball. Faute d’y parvenir, il est entré dans l’armée, un bon moyen d’acquérir une éducation gratuite, lui qui ne faisait pas partie de l’ « élite blanche » dominant le pays.

    Sous l’uniforme, Chavez gravit rapidement les échelons jusqu’au grade de lieutenant-colonel. Dès 1983, il fonde le MBR-200 (Mouvement bolivarien révolutionnaire 200) en hommage au libérateur de l’Amérique latine Simon Bolivar dont on célèbre, cette année-là, le 200e anniversaire de la naissance. Neuf ans plus tard, le 4 février 1992, il prend la tête d’un coup d’Etat contre le président en place, le démocrate Carlos Andres Perez.

    Amnistie salvatrice

    Le président vénézuélien Hugo Chavez, à l'Assemblée nationale en 2008. (Photo : Reuters)

    Bien que le putsch échoue, Chavez ne désarme pas. Depuis sa prison, il enregistre une vidéo pour appeler à l’insurrection. Elle est diffusée sur les chaînes nationales dans la nuit du 26 au 27 novembre 1992 alors que les militaires qui le soutiennent tentent une nouvelle fois, mais en vain, de prendre le pouvoir par la force. Ce deuxième échec aurait pu être fatal à Hugo Chavez. Le destin va lui faire au contraire un joli cadeau sous la forme d’une amnistie décrétée en 1994 par Rafael Caldera, nouvellement élu à la présidence en remplacement de Perez.

    De nouveau libre, après deux ans derrière les barreaux, Chavez fonde le Mouvement cinquième république, une version moins militaire du MBR-200, organe qui va lui permettre d’accéder au pouvoir en décembre 1998 avec une belle majorité : 56 % des voix ; du jamais vu au Venezuela. Entre-temps, il a su séduire par son charisme et son talent d’orateur un peuple vénézuélien qui vit alors pour moitié en dessous du seuil de pauvreté.

    Désireux d’avoir les mains libres pour mener à bien sa politique, il organise un référendum en avril 1999 pour changer la Constitution, initiative qui tourne au plébiscite (92% de « oui ») et renforce ses pouvoirs. L’ère chaviste peut alors réellement commencer avec des réformes menées au pas de charge qui vont bouleverser la société vénézuélienne et bénéficier aux plus défavorisés, sa base électorale. Chavez va mettre petit à petit la main sur l’armée, l’administration et les grandes entreprises d ’Etat, nommant le plus souvent des militaires aux postes clefs.

    Mainmise médiatique

    Il se distingue aussi par sa mainmise sur les médias, n’hésitant pas à faire fermer la chaîne RCTV qui ne lui était pas favorable en 2007 et à bâillonner une soixantaine de stations de radio pour les mêmes raisons en 2009. Dépeint comme un dictateur par certains, terme qu’il exècre, il s’en est toujours défendu, sur la foi de ses succès électoraux aux présidentielles de 2000, 2006 et 2012 mais aussi lors des multiples référendums organisés sous sa gouvernance, des consultations toutes destinées à asseoir son pouvoir, un moment mis à mal par une tentative de coup d’Etat avortée en avril 2002.

    Grâce à la manne pétrolière – le Venezuela dispose des plus importantes réserves d’hydrocarbures de la planète – il a pu mener à bien sa « révolution bolivarienne » à travers d’importants programmes sociaux (école, santé, droits des femmes, accès à l’eau potable, protection de l’environnement) tout en hissant son pays au 4e rang des puissances économiques d’Amérique latine derrière le Brésil, le Mexique et l’Argentine. Nationalisations massives, redistribution des terres, microcrédits d’initiative publique ont également fait partie de son arsenal de mesures, avec des conséquences plus ou moins heureuses pour l’économie d’un pays où le chômage reste élevé (le pétrole représente 80% des exportations mais n’emploie que 2% de la population) et où un quart de la population vit encore en dessous du seuil de pauvreté.

    Raul Castro et Hugo Chavez à La Havane le 11 mai 2012 REUTERS

    Mais c’est bien entendu sa politique étrangère ouvertement anti-impérialiste qui a donné à la présidence d'Hugo Chavez toute sa résonnance internationale. Proche de Cuba et de Fidel Castro, il s’est toujours posé en champion de l’antiaméricanisme, prônant une diplomatie Sud-Sud destinée à se défaire de l'hémogénie occidentale, quitte à passer des alliances avec des régimes peu recommandables comme ceux de la Libye de Kadhafi, de la Syrie d'el-Assad et de l’Iran d'Ahmadinejad ou a développer des relations étroites avec la Chine et la Russie, éternels contradicteurs de la diplomatie de l'Ouest.

    Une figure qui restera

    Hugo Chavez a également œuvré pour favoriser un rapprochement des pays de l’ALBA (l’Alliance bolivarienne pour les Amériques) qui comprend entre autres Cuba, le Nicaragua, la Bolivie et l’Equateur dans le but de former un bloc anti-libéral en Amérique latine. Parallèlement, il a  rejoint le Mercosur en 2006 aux côtés du Brésil, de l’Argentine, de l’Uruguay et du Paraguay

    Atteint d’un cancer de la prostate détecté en mai 2011, il avait subi deux opérations à Cuba où Raul Castro l’avait accueilli à bras ouvert en juin 2011 et en février 2012. Diminué, « El Commandante » s’était vu contraint de limiter ses apparitions en public ainsi que dans les médias et il avait dû déléguer ses pouvoirs ces derniers mois. Cela ne l’avait cependant pas empêché de briguer un troisième mandat en s’inscrivant, le11 juin, auprès du Conseil national électoral en vue de l’élection présidentielle du 7 octobre, remportée 55,25% des voix devant Henrique Capriles. Fataliste, il avait déclaré durant la campagne que même s’il venait à disparaître, le chavisme resterait bien vivant.

    « Chavez n’est pas fini », avait-il ainsi affirmé l’hiver dernier. « Je dois dire en plus que quand ce corps ne sera plus, Chavez n’aura pas disparu car ce n’est plus moi qui suis Chavez, Chavez est dans les rues et il est devenu peuple et essence nationale ». « Plus que sentiment il est devenu corps national, âme nationale et arme nationale pour continuer à lutter pour le Venezuela », avait-il ajouté avec tout le lyrisme qui le caractérisait. 

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