Au Brésil, une petite favela résiste à l’expulsion
À Rio de Janeiro, 3 000 personnes ont décidé de résister à la destruction de leur quartier. Les habitants de Vila Autodromo vivent sous la menace d'une expulsion en vue des Jeux olympiques de 2016. Cette petite communauté est située près du parc olympique que la mairie va construire pour les JO de 2016, et une nouvelle voie rapide doit la traverser. Tout doit donc être démoli. Et les habitants doivent être déplacés sur un terrain proche, où la mairie a prévu de construire des logements sociaux. Mais la résistance s’est organisée. Et les habitants proposent aujourd’hui à la mairie un plan alternatif, moins cher. Et qui leur permettra de rester chez eux.
Penha habite depuis plus de vingt et un ans dans la petite communauté de Vila Autodromo. La cinquantaine, cette femme de ménage, brune, toute menue, déborde d’énergie. Sa maison, avec sa grande cuisine, son salon et ses trois chambres sur deux étages, elle l’a construite de ses mains, avec son mari. Mère de deux enfants, elle n’a pas de titre de propriété, mais un droit d’usage du terrain, concédé par l’Etat de Rio de Janeiro.
Sauf qu’elle ne se décide pas à terminer les travaux, car « tous les ans, on nous dit que tout va être détruit. Alors ça reste comme ça, inachevé ». Lorsque Penha sort de chez elle, elle ne ferme pas la porte à clef. Dans cette petite communauté, bordée de cocotiers, tout le monde se connaît. Contrairement aux autres favelas de Rio, il n’y a pas de trafic de drogue, ni de bande armée. Mais il y a un long mur en brique, haut de plus de trois mètres, qui sépare la favela du futur village olympique.
« Voler aux pauvres pour donner aux riches »
Vila Autodromo est située en bordure du lac de Jacarepagua à l'ouest de la ville. De l’autre côté de la lagune, les habitants aperçoivent le parc des athlètes en construction. Et au loin, les immeubles des classes aisées. Assis sur un tas de brique, Altair Guimaraes, le président de l’association des habitants, en dépit des menaces d’expulsion construit une nouvelle petite maison. Altair est un homme en colère.
Mais déterminé aussi : « Robin des bois vole aux riches pour donner aux pauvres. Ici, c’est le contraire : nos hommes politiques volent aux pauvres pour donner aux riches ». La mairie a prévu de détruire le quartier. Et de reloger les habitants dans un terrain situé à moins de deux kilomètres, dans des logements sociaux.
Mais il y a un an, les habitants sont entrés en résistance. Aidé par un groupe d’experts, architectes et urbanistes, la petite favela vient de remettre au maire de Rio un plan de rénovation alternatif.
« Lutter contre la ségrégation sociale »
Respect des normes environnementales le long de la lagune, rénovation des maisons insalubres, égouts, routes, école, et même crèche : tout a été prévu. Et Carlos Vainer, professeur à l’université de Rio, coordonnateur de cette initiative, rappelle que ce plan coute 40% moins cher que la solution de la mairie. Eduardo Paes, le maire de Rio, en pleine campagne électorale pour les municipales d’octobre a promis d’étudier le plan des habitants.
Altair Guimaraes ne décolère pas : « On dit de Rio que c’est la ville merveilleuse. Mais elle est merveilleuse pour qui ? Pour toute la société, ou juste une toute petite partie de notre société ? ». Même constat pour Carlos Vainer, spécialiste des grands projets urbains au Brésil, qui croit en son projet : « La victoire de la Vila Autodromo deviendra un espoir pour toutes les communautés de Rio et du Brésil qui luttent contre la ségrégation sociale ».
En attendant, de l’autre coté du mur, les travaux ont commencé. Le village olympique doit être prêt pour 2016. Ensuite toute la zone sera transformée pour accueillir des immeubles et des résidences privées de luxe. Coincée dans un coin du plan que les architectes ont dessiné, la petite communauté de Vila Autodromo détone déjà dans ce paysage ultra moderne. Penha pourtant ne veut pas renoncer à son rêve.
Avec son mari, professeur d’éducation physique, elle voudrait ouvrir une salle de sport dans la communauté. Les murs et le toit sont déjà construits. Il manque encore le carrelage, et surtout l’annulation de l’ordre d’expulsion. Penha, un sourire aux lèvres, regarde son rêve prendre forme, même si elle sait qu’il peut être détruit d’un instant à l’autre.
Vila Autodromo n’est pas la seule à être menacée d’expulsion. A Rio, plus de 20 000 personnes devraient être déplacées en vue de la coupe du Monde de football de 2014 et les JO de 2016.

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