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    Rafaël Ouellet, réalisateur québécois de «Camion» : «Le lien du sang est plus fort que tout»

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    Camion est l’une des deux fictions québécoises en lice pour le Bayard d’or au 27e Festival international du film francophone de Namur, en Belgique. Sobre et intimiste, l’œuvre brosse le portrait d'un père et de ses deux fils qui se retrouvent suite à un événement tragique. Une histoire masculine dans laquelle « le lien du sang est plus fort que tout », a confié à notre envoyé spécial son réalisateur, Rafaël Ouellet. Entretien.

    Votre quatrième et dernier long métrage met en scène Germain, un camionneur sexagénaire qui sombre dans un état inquiétant suite à un accident mortel de la route dans lequel il est impliqué. Vivant loin de lui, ses deux fils entreprennent alors un long périple pour venir le soutenir. Camion dresse le portrait d’une famille dans laquelle les femmes sont relativement absentes...

    Rafaël Ouellet, réalisateur québécois de « Camion », au 27e Festival international du film francophone de Namur (FIFF), en octobre 2012. Kèoprasith Souvannavong / RFI

    Absolument. J’ai réalisé trois films précédemment avec des personnages féminins forts et dans lesquels il n’y avait pratiquement pas de présence masculine. Avec Camion, c’est donc pour moi presque un nouveau départ que d’écrire sur une histoire d’hommes, sur des choses qui me ressemblent un peu plus, car mes films « féminins » relevaient de la pure fiction, tandis que là j'ai intégré des éléments autobiographiques. Mon père était camionneur. J’ai pris en compte ce que j’avais vu dans ma jeunesse et que je vois encore autour de moi aujourd’hui. Mais à dire vrai, la partie autobiographique reste très minime et réside plus dans les anecdotes. La relation trouble entre le père et les fils, dans le film, a bien sûr été inventée. Moi-même, je n’ai pas de problème relationnel avec mon père.

    Il y a en effet un manque de communication entre le père et les deux fils, et entre les fils eux-mêmes. Vos personnages vivent dans la solitude. Quand ils se retrouvent après une longue séparation, ils ne s’enlacent pas mais se serrent juste la main, parvenant à peine à manifester leur affection mutuelle. Tout repose sur la retenue et les non-dits.

    Ce sont des hommes de peu de mots. Ils n’ont pas appris à verbaliser leurs émotions.
    Alain, l’un des deux frères, interprété par Stéphane Breton, parle beaucoup mais pour ne rien dire. Samuel, incarné par Patrice Dubois, est quelqu’un qui est allé à l’école et qui lit beaucoup, il maîtrise l’écrit mais ne sait pas exprimer ce qu’il ressent. Germain, le père, rôle endossé par Julien Poulin, vient, lui, d’une génération où carrément l’homme n’avait plus le droit de parole. Au Québec, on est passé d’un foyer patriarcal à un foyer matriarcal. Si on compare cette génération d'hommes-là à celle de leurs parents, on constate qu'ils ont perdu le droit de parole dans la maison. C’est le cas de Germain, qui n’a en outre consacré sa vie qu’au travail.

    Des hommes comme Germain, qui ont justement passé la majeure partie de leur vie à travailler, sont rongés par la culpabilité car ils n’ont pas été très présents à la maison.

    Oui, parce qu’ils n’ont pas vu leurs enfants grandir. Comme ils arrivent à l’âge de la retraite, ils constatent qu’ils n’ont pas été proches de leurs enfants et peuvent éprouver un sentiment d’échec. Ils se disent qu’ils n’ont rien transmis à leurs descendants. Personnellement, je ne crois pas qu’ils doivent se sentir coupables. Ils doivent plutôt assumer leur rôle, car ils ont mené une vie professionnelle dure pour subvenir aux besoins de leur famille. S’ils devaient avoir des regrets, ce serait plus sur le choix de leur métier.

    Le temps et la distance ont éloigné Germain de ses deux fils. Leurs liens se sont distendus et l’accident va finalement les réunir à nouveau.

    Tout à fait, d’où le titre du film, Camion. Camion - qui pourrait être le personnage principal, pour parler de façon imagée -, évoque pour moi des mots comme « souvenirs, racine, identité, village, famille ». C’est un prétexte pour unir ces gens afin qu’ils se regardent comme dans un jeu de miroirs : le père regarde ses deux fils, voit ses forces et faiblesses, ses accomplissements et ses ratés. Il en est de même pour les fils. Chacun peut ainsi se corriger, s’améliorer. Je tenais à réunir ces trois protagonistes pour leur donner la chance de renaître.

    Ce lien de famille est solidement ancré dans vos personnages. Un lien inaltérable, illustré par une scène de chasse forte en émotions.

    Parfaitement. Dans cette scène, Samuel, l’un des deux fils, se précipite - au risque de se faire lui-même tuer - pour arracher le fusil des mains d’un autre chasseur qui pointait son arme sur son père et son frère à cause d’une querelle à propos de gibier. Samuel se devait de protéger ses proches, même au péril de sa vie. C’est là qu’on voit que le lien du sang est plus fort que tout !

    Votre film montre aussi un aspect de la ruralité québécoise.

    Oui, il a été tourné à Montréal et au Nouveau-Brunswick, et également dans mon village à Dégelis, dans le Bas-Saint-Laurent.

    Tourner dans mon village est très important. D’une part, c’est un coin qui m’inspire. Je témoigne ainsi de mes souvenirs, de mes observations que j’essaie de décrire de la façon la plus fidèle possible. D’autre part, c’est plus économique.

    Autre avantage pour moi en tant que réalisateur : comme on est à six heures de trajet de Montréal, l’équipe du film est prise en otage pendant le tournage dans ce village, ce qui crée une complicité entre les comédiens. (Rires)

    Camion a remporté le Prix de la meilleure réalisation et le Prix du jury oecuménique au 47e Festival international du film de Karlovy Vary en République tchèque en juillet dernier. Il est sorti en salles le 17 août au Québec, où il reste toujours à l’affiche. Quelle est la réaction du public québécois après avoir vu votre film ?

    Elle est très bonne. C'est un film qui touche les gens, qui leur rappelle d'où ils viennent. La plupart des gens, même à Montréal, ont de la famille en régions, certains y ont vécu eux-mêmes. Le film soulève des questions du genre : « Qu’est-ce que le Québec ? Qu’est-ce qu’être Québécois ? » Pour moi, être Québécois, c’est aussi savoir tenir compte du passé pour mieux regarder vers l’avenir.

    Où vous situez-vous dans le cinéma québécois ?

    Je ne saurais pas le dire exactement. Avec mes trois précédents films [Le Cèdre penché, Prix du public des Rendez-vous du cinéma québécois en 2007, Derrière moi, en compétition au Festival de San Sebastian en Espagne en 2008, New Denmark, en compétition au Festival de Karlovy Vary en Tchéquie en 2009, NDLR], j’ai été un peu en marge du système. C’étaient des petits films qui fonctionnaient plus ou moins bien mais qui jouissaient toutefois d’une bonne critique. Avec Camion, j'arrive tout d’un coup un peu dans la cour des grands, il appartiendra aux autres d'évaluer ma place dans cette cour.

    Quel est votre prochain projet ?

    Ce sera un peu une suite logique de Camion, mais sans l’être réellement. Un film qui parlera d’une cellule familiale de criminels qui pratiquent le braconnage. J'explorerai cette fois-ci des liens de fraternité plus que des liens de paternité.

    27e Festival international du film francophone de Namur : du 28 septembre au 5 octobre 2012 

    Affiche de la 27e édition du Festival international du film francophone de Namur. FIFF Namur

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