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Guadeloupe: ces femmes esclaves qui passaient devant le juge

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A l’époque de l’esclavage, «les femmes étaient souvent les grandes absentes des affaires judiciaires». Arnaud Clermidy, agrégé d’Histoire, a épluché en Guadeloupe les archives de 330 procès en appel sur une période allant de 1803 à 1829. Bilan : plus de 80 dossiers impliquaient des femmes esclaves. Dans un tiers d’entre eux, elles sont victimes, dans un autre tiers elles sont accusées, et dans un dernier tiers elles jouent un rôle périphérique (témoin, complice…).

Arnaud Clermidy a constaté que quand leur nom apparait dans la case des victimes, il est souvent trop tard. « Lorsqu’une femme esclave arrive devant le juge d’appel, affirme-t-il, c’est qu’elle a été victime de choses extrêmement graves qui sont en général des meurtres ou des homicides. » Lors du colloque Mémorial Acte sur l’esclavage (20-21 novembre, en Guadeloupe), il avait utilisé une image choc : « Quand les femmes arrivent devant le tribunal, c’est à l’état de cadavre ».

Les femmes sont aussi victimes de viol – des affaires qui restent invisibles. Mais le chercheur a tout de même recensé un cas, le seul : celui d’une fillette. « Eloïse, une petite esclave de 10 ans, s’est plainte d’un viol. A l’issue du procès d’appel, le violeur présumé, un Blanc, a été relâché, notamment parce que des témoins avaient des versions contradictoires et que la fillette a pu rentrer chez elle après l’agression. » Egalement très rares dans les archives, les cas de sévices, pourtant « très fréquents ».

Et les esclaves criminelles ? L’infanticide n’est pas exceptionnel mais il est « gardé secret dans la communauté », et donc très peu jugé. Au final, les femmes sont le plus souvent accusées d’incendie et d’empoisonnement. « L’empoisonnement est un crime typiquement féminin, qu’elles pratiquent seules ou avec des réseaux de complicité, commente Arnaud Clermidy. La victime de l’empoisonnement n’est pas forcément le maître, cela peut être d’autres esclaves… ».

Jugée pour empoisonnement

Un dossier a particulièrement retenu son attention, celui de Marie-Françoise, une fillette de 7 ou 8 ans qui comparaissait pour avoir empoisonné ses maîtres. « C’est une affaire tout à fait étonnante parce que, si d’habitude il y a un réseau de complicité, là, la petite fille est complètement seule », même si des doutes persistent sur le rôle d’un homme qui aurait demandé à la fillette d’agir, raconte l’agrégé d’histoire.

« Le juge n’arrive pas à la condamner, poursuit-il. Il essaie de lui trouver des circonstances atténuantes mais il n’a aucun motif car la petite fille est très consciente de ce qu’elle fait. Mais on n’a pas moyen de la punir. La battre, ça n’aurait aucun sens ; l’exécuter ce n’est pas possible, c’est une petite fille… Donc finalement le juge prend une décision qui est une décision faute de mieux, qui est de l’enfermer. Le roi de France Louis-Philippe revient là-dessus en la graciant quelque temps après… »

Au début de la période étudiée, le crime d’empoisonnement était passible du bûcher. Mais au fur et à mesure, souligne l’historien, « on voit que le juge accorde de moins en moins de crédit aux accusations. On a même le cas d’empoisonneuses qui sont relaxées. C’est un peu comme les procès de sorcellerie au XVIIIe siècle : plus le temps passe, moins le juge accorde de crédit aux affaires de sorcellerie. »

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