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    John Brennan, une figure controversée à la tête de la CIA

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    Le Sénat américain devait auditionner ce jeudi 7 février 2013 John Brennan, choisi par Barack Obama pour diriger la CIA. Malgré l'interdiction de la torture, des sites noirs et des transferts secrets de prisonniers, formulée dès 2008 par le nouveau président américain, ces pratiques continuent de coller à la peau de la puissante agence américaine de renseignement où John Brennan a officié pendant plus de 25 ans. Mais c'est surtout la multiplication des opérations secrètes de drones contre des personnes suspectées de terrorisme qui pose les questions les plus importantes car c'est John Brennan qui a développé ces programmes d'attaques ciblées dès 2004.

    A 57 ans, John Brennan a une longue carrière à la CIA derrière lui : 25 années au cours desquelles il est resté fidèle à la puissante agence de renseignement, qu’il a servie dans de nombreuses missions à l’étranger, notamment en Arabie Saoudite. Il a activement participé à l’élaboration des stratégies de lutte anti-terroriste après les attentats du 11 septembre 2001, sous le mandat de George W. Bush, qui a autorisé le recours à la torture et à des pratiques interdites par le droit international humanitaire. John Brennan, qui avait à l’époque un poste important dans la hiérarchie de la CIA, dit ne pas avoir soutenu ces méthodes d’interrogatoire.

    Et cela ne l’a pas empêché d’être choisi par Barack Obama dès son élection en 2008 comme conseiller dans la lutte contre le terrorisme. C’est là que John Brennan a développé à plus grande échelle les programmes d’assassinats ciblés par des drones, dans les zones du Pakistan, du Yémen ou de Somalie. On se souvient de sa présence dans la salle des opérations au sous-sol de la Maison Blanche, aux côtés de l’équipe du président Obama, lors du raid qui a tué Oussama ben Laden près d’Abbottabad, au Pakistan, le 2 mai 2011.

    La CIA, bras armé de la Maison Blanche

    Ces programmes ont été développés par la CIA depuis 2004, sous le mandat de George W. Bush. Historiquement, l’agence américaine de renseignement a régulièrement eu recours à des assassinats ciblés depuis sa création en 1947. Car la CIA est le bras armé de la Maison Blanche, comme l’explique Philippe Golub, professeur de relations internationales à l'université américaine de Paris et auteur de Une autre histoire de la puissance américaine aux éditions du Seuil : « C’est un bras armé de l’exécutif américain, qui agit dans la clandestinité, puisqu’il s’agit d’un service secret, et hors des normes légales qui touchent aux autres agences de renseignement et de police américains ».

    La CIA agit donc « en dehors des normes légales », et ce n'est pas nouveau. Mais depuis 1975, la CIA est encadrée par deux commissions du Congrès, l'une du Sénat, l'autre de la Chambre des représentants. La CIA ne peut donc théoriquement pas mener d'opérations clandestines sans en informer ces deux commissions, sauf si la Maison Blanche en donne l'ordre. Et justement sur ces attaques ciblées par les drones, c'est la Maison Blanche qui décide, avec comme principal conseiller sur ce dossier, le futur directeur de la CIA, John Brennan.

    « La CIA n’agit pas de façon autonome, la CIA agit sur ordre de l’exécutif et de la Maison Blanche, précise Philippe Golub. C’est la Maison Blanche qui donne la direction générale et qui ordonne les opérations clandestines. Le président autorise par écrit (des écrits qui sont classifiés) les opérations clandestines, en particulier celles qui impliquent l’utilisation de la force létale contre les cibles qui sont définies par la CIA, les autres agences de renseignement et la Maison Blanche. Mais c’est la Maison Blanche qui commande. »

    Plus d’opérations d’assassinats ciblés sous Obama que sous Bush

    Le programme d’assassinats ciblés par les drones a commencé à être développé sous l’ère de George W. Bush en 2004. Ces opérations se sont intensifiées depuis 2008 – une guerre à distance ne met pas en danger les troupes américaines – dans les régions entre le Pakistan et l’Afghanistan, le Yémen, la Somalie, et bientôt au Sahel, à partir d’une base au Niger.

    L’administration Obama a voulu marquer sa différence avec son prédécesseur : dès son investiture, Barack Obama a interdit les pratiques de torture lors des interrogatoires de suspects, largement utilisées, justifiées et légalisées par l’administration de George W. Bush après les attentats du 11 septembre 2001 dans la guerre contre le terrorisme. Et il a souhaité désengager les troupes américaines des conflits enclenchés par son prédécesseur.

    En revanche, le nouveau président américain a eu plus recours aux attaques ciblées par les drones, comme le souligne Philippe Golub. « Le président Obama a une volonté de "désescalade" dans les grands conflits internationaux : le retrait d’Irak, le retrait d’Afghanistan, le désir de ne pas trop s’impliquer au Mali ou en Syrie. Mais paradoxalement, ce président a eu plus recours que ses prédécesseurs à des opérations clandestines importantes utilisant la CIA. C’est la CIA qui est responsable des opérations de drones sur la frontière afghano-pakistanaise (AF-PAK) et dans d’autres régions du monde. Donc le président, tout en "désescaladant" les conflits au niveau classique utilise de plus en plus les services de renseignement extérieurs, la CIA, comme outil opérationnel de sa politique anti-terroriste. »

    Le Sénat veut être informé des opérations clandestines de la Maison Blanche

    Les sénateurs, notamment ceux de la Commission du renseignement, sont furieux de ne pas être informés des programmes d'attaques de drones. Onze sénateurs, dont huit démocrates et trois républicains, ont écrit au président Obama lundi 4 février 2013 en lui demandant des éclaircissements sur la politique de ces attaques ciblées, notamment contre des citoyens américains impliqués dans des attaques terroristes ou qui pourraient constituer une menace.

    Etonnamment, le 4 février également, un document confidentiel de 16 pages du ministère de la Justice a été dévoilé par la chaîne NBC précisément sur l'autorisation par la Maison Blanche d'assassinats ciblés de citoyens américains suspectés d'attaques terroristes. Le lendemain, le porte-parole de la Maison Blanche Jay Carney a justifié ces attaques : « Nous avons mené ces frappes car elles sont nécessaires pour réduire les menaces qui existent, pour arrêter les complots, prévenir des attaques éventuelles, et permettre de sauver des vies américaines. Ces frappes sont légales, elles sont éthiques, et elles sont sages. »

    Mercredi 6 février 2013, la Maison Blanche a demandé au ministère de la Justice d’autoriser l’accès des membres des deux commissions du renseignement du Congrès à des documents classifiés, notamment sur les arguments légaux qui justifient selon la Maison Blanche de tuer des citoyens américains à l’étranger suspectés de terrorisme.

    Frappes ciblées contre des citoyens américains à l’étranger

    La question qui se pose, c'est donc la toute-puissance de l'exécutif qui, selon le Congrès, outrepasse ses pouvoirs, sous prétexte d’opérations secrètes. « Quand une question de légalité ou de constitutionnalité se pose, il faut se tourner vers la Maison Blanche et de l’exécutif, et non pas vers les opérateurs (la CIA) qui suivent les ordres directs ou indirects, explicites ou implicites de la Maison Blanche », souligne Philippe Golub.

    Les sénateurs de la Commission du renseignement qui auront auditionné John Brennan ce jeudi mettent en cause le manque de transparence de la Maison Blanche, notamment dans les opérations d’assassinats de citoyens américains à l’étranger.

    Plusieurs organisations dont l'ACLU, l'Union américaine pour les libertés civiles et le CCR, le Centre pour les droits constitutionnels, ont porté plainte contre l'administration Obama sur les assassinats de plusieurs citoyens américains au Yémen en 2011 et au Pakistan, dont Anwar al-Awlaki, tué en septembre 2011 au Yémen. Son fils de 16 ans, également citoyen américain, Abdulrahman al-Awlaki, a lui aussi été tué par un drone au Yémen deux semaines après son père.

    La plainte déposée par l’ACLU et le CCR contre l’administration Obama met en cause les plus hauts responsables dans l’affaire de l’assassinat au Yémen d’Anwar al-Awlaki, notamment les deux anciens chefs de la CIA, Leon Panetta et David Petraeus.

    Les attaques de drones responsables de 4 000 morts selon le CCR

    Pour l’avocate Pardiss Kebriaei du Centre pour les droits constitutionnels, la nomination de John Brennan à la tête de la CIA n'est pas une bonne nouvelle : « Tout le monde sait que John Brennan a eu des fonctions importantes sous le mandat de George W. Bush, et maintenant nous sommes inquiets de son rôle dans les programmes d'assassinats ciblés ». Ces assassinats ciblés commandés par la Maison Blanche contre des citoyens américains à l’étranger posent des questions essentielles de légalité, de constitutionnalité et d’éthique.

    Mais selon Pardiss Kebriaei, « les pratiques des Etats-Unis les plus répandues dans ces programmes d'assassinats consistent à tuer des gens qu'on ne connaît pas, qui ne sont pas identifiés à l'avance, mais que les Etats-Unis ciblent sur la base de "comportements suspects". C'est ce qu'ils appellent les "frappes signées". Et ce sont la plupart des frappes comme celle-ci qui ont eu lieu au Pakistan et au Yémen au cours du premier mandat du président Obama. C'est assez ironique qu'une personne qui a reçu le prix Nobel de la paix soit à la tête d'un programme d'assassinats qui a déjà tué 4 000 personnes, et qui constitue un programme sans précédent dans l'histoire des Etats-Unis. »

    Philippe Golub, professeur de relations internationales à l’université américaine de Paris renchérit : « Les victimes dites "collatérales" de ces frappes sont des victimes. Et souvent des civils sont pris dans ces opérations comme ils sont pris dans des opérations de guerre classique, conventionnelle. On passe là d’un problème juridique à un problème éthique. C’est un problème qui touche là le droit international puisque le problème de crime de guerre se pose. »

    Les sénateurs espèrent qu’ils pourront se réapproprier véritablement leur droit de regard sur l'exécutif, et donc sur les opérations secrètes menées par la Maison Blanche à l'étranger. En revanche, ceci n’affecte pas la nomination de John Brennan à la tête de la CIA. Il s'agit plutôt d'une mise en garde du pouvoir législatif sur les excès de la Maison Blanche.

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