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Plan Condor: une internationale de la répression

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C’est un procès pas comme les autres qui s’est ouvert mardi 5 mars à Buenos Aires, celui du Plan Condor. Né d’une initiative du Chili de Pinochet, il a permis aux dictatures au pouvoir dans les années 70 en Amérique du Sud d’organiser une véritable internationale de la répression. Les militaires chiliens, argentins, brésiliens, uruguayens, boliviens, péruviens et paraguayens échangeaient des informations pour faire arrêter, torturer ou tuer des opposants chez leurs voisins.

Avec notre correspondant à Buenos Aires

Sur le banc des accusés, 25 octogénaires, en costume gris ou tenue de sport décontractée. Ce sont tous d’anciens militaires. Certains sont presque des habitués, comme les anciens chefs des juntes Jorge Videla et Reynaldo Bignone, jugés et condamnés dans d’autres procès.

Ce 5 mars, un air de déjà-vu flotte dans la salle du tribunal fédéral n°1 de Buenos Aires. Pourtant, cette fois-ci, c’est différent. Dans le public, des Argentins, bien sûr. Mais aussi des Uruguayens, Paraguayens, Chiliens et Boliviens, dont des proches ont été détenus, torturés ou tués en Argentine il y a plus de trente ans. Des crimes ordinaires sous la dictature au pouvoir entre 1976 et 1983. À cela près que ceux qui sont jugés ici ont été commis à la demande d’autres dictatures, alors en place dans les pays voisins, dans le cadre du Plan Condor.

Une initiative d'Augusto Pinochet

Véritable internationale de la répression, le Plan Condor est né à l’initiative d’Augusto Pinochet. Après le putsch du 11 septembre 1973, beaucoup d’opposants s’étaient réfugiés en Argentine, ce qui enrageait le dictateur chilien. Le putsch du 24 mars 1976, qui portait au pouvoir à Buenos Aires une junte dirigée par le général Jorge Videla, devait changer la donne.

D’autant que, à la même époque, et sous l’égide des États-Unis, des dictatures militaires s’installaient aussi en Uruguay, au Brésil et en Bolivie. Au Paraguay, le général Alfredo Stroessner faisait régner la terreur depuis 1954. Et au Pérou, une junte « progressiste » réprimait toute opposition de gauche. Sept pays sud-américains dirigés par des généraux anticommunistes, formés à la doctrine de la « sécurité nationale » enseignée par les Américains, pourchassaient et tuaient les « subversifs » sur leur propre territoire. Mais certains leur échappaient en traversant une frontière.

D’où l’idée, avancée par les Chiliens au cours d’une réunion secrète, d’échanger des informations sur les opposants (ou supposés tels) recherchés et de coordonner la répression à l’échelle régionale. Le Plan Condor, du nom de ce grand rapace des Andes, commun à tous les pays concernés sauf le Brésil et le Paraguay, était né.

Plusieurs dizaines de milliers de victimes

Des dizaines de milliers de personnes auraient ainsi été détenues, torturées, assassinées ou échangées dans les années 70 et 80 en Amérique du Sud dans le cadre de ce programme. Parmi les cas emblématiques, on peut citer celui de María Claudia García, belle-fille du grand écrivain argentin Juan Gelman, assassinée secrètement en Uruguay, et dont la fille, Macarena Gelman, née peu avant sa mort, a longtemps vécu sous la fausse identité que lui avait donné la famille proche des militaires qui s’était approprié le bébé. Suite à une condamnation de la Cour interaméricaine des droits de l’homme (CIDH), l’actuel président uruguayen, José Mujica, lui-même victime de la dictature, a dû présenter des excuses à la famille Gelman.

Ce sont des archives découvertes en Argentine et au Paraguay qui ont dévoilé l’existence du Plan Condor et permis, après une enquête de près de dix ans, l’ouverture du procès en cours à Buenos Aires. Videla et ses 24 coaccusés y sont jugés pour les cas de 106 victimes, en majorité uruguayennes, mais aussi chiliennes, paraguayennes, boliviennes et une péruvienne, ainsi que pour celui de trois Argentins qui ont été séquestrés au Brésil.

Dans d’autres pays sud-américains, quelques personnes ont été condamnées pour des crimes commis dans le cadre du Plan Condor. Mais ce procès est le premier où celui-ci sera évoqué dans sa globalité. Les associations de défense des droits de l’homme et les parties civiles espèrent qu’on en saura plus sur son fonctionnement et, surtout, que l’exemple argentin soit suivi dans la région.

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