GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Samedi 24 Septembre
Dimanche 25 Septembre
Lundi 26 Septembre
Mardi 27 Septembre
Aujourd'hui
Jeudi 29 Septembre
Vendredi 30 Septembre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Dernières infos
    Amériques

    Les accusations contre Bergoglio sont-elles fondées ?

    media

    Selon les informations disponibles et compte tenu de ce qui a été acté par la justice, le pape François, alors supérieur des jésuites en Argentine, n’a pas collaboré avec le régime militaire au pouvoir dans son pays entre 1976 et 1983, ni ne peut être tenu pour responsable comme le disent certains, de l’enlèvement de deux religieux sous la dictature.

    De notre correspondant à Buenos Aires,

    Mais qui est Bergoglio ? Beaucoup se sont posé cette question le 13 mars, en apprenant le nom du nouveau pape. Il est vrai que Jorge Mario Bergoglio, désormais pape François, n’était pas parmi les favoris à la succession de Benoît XVI. Son élection a été une surprise, bien qu’il ait obtenu 40 votes face à Joseph Ratzinger en 2005. De Buenos Aires, où Bergoglio est né en 1936, les journalistes ont alors dressé le portrait d’un homme simple. Un prêtre « de la rue », comme l’a dit un curé rockeur, qu’on pouvait effectivement croiser dans la rue et qui, tout archevêque de la capitale argentine qu’il était, prenait le métro ou le bus. Un homme proche des gens, et d’abord des plus pauvres, comme n’ont pas manqué d’en témoigner les curés villeros (de villa, bidonville) qu’il a toujours encouragés à travailler dans les quartiers populaires.

    Le rôle des réseaux sociaux

    Peu après, pourtant, une autre image est apparue, à travers les réseaux sociaux, inondés de messages qui dénonçaient la « complicité » du nouveau pape avec la dictature au pouvoir dans le pays entre 1976 et 1983. Certains incluaient des photos montrant un prélat avec les anciens membres de la junte militaire Jorge Videla et Emilio Massera. En réalité, il s’agissait de montages ou d’images d’un autre prêtre, Carlos Berón de Astrada, beaucoup plus âgé que Bergoglio, qui avait 39 ans quand a eu lieu le coup d’État de mars 1976. Un peu plus tard, les accusations étaient reprises par des personnes liées aux organisations de défense des droits humains en Argentine, comme la présidente des grands-mères de la place de Mai, Estela de Carlotto et, surtout, le journaliste et président du Cels (Centre d’études légales et sociales) Horacio Verbitsky. D’autres personnalités ont pris par la suite la défense de Bergoglio, dont le prix Nobel de la paix Adolfo Pérez Esquivel, l’ancienne membre de la Conadep (comission sur les disparitions créée en 1983 par le président Raúl Alfonsín, dont le travail a débouché sur le procès des juntes militaires en 1985) Graciela Fernández Meijide et l’ex-juge Alicia Oliveira.

    Il convient de signaler que le monde des droits humains en Argentine est divisé entre les organisations proches du pouvoir et celles qui sont indépendantes, souvent critiques à l’égard de la présidente Cristina Kirchner. Sauf exception, ceux qui attaquent le pape font partie des premières et ceux qui le défendent, des secondes. Il faut mentionner aussi que, pour l’aile gauche de la coalition gouvernementale, l’ancien archevêque de Buenos Aires se serait comporté parfois comme un opposant et c’est plutôt de ce côté-là que proviennent les accusations.

    Cette mise en contexte ne doit pas empêcher, évidemment, que soient évaluées les accusations contre Bergoglio, indépendamment du démenti officiel du Vatican de ce 15 mars. Il y a un reproche d’ordre général concernant son attitude sous la dictature : selon ses détracteurs, il aurait fait preuve de passivité, sinon de complicité. Et une accusation précise, concernant deux jésuites qui ont été séquestrés par les militaires et conduits à l’Esma (École de mécanique de la marine), le plus important centre de détention clandestin de l’époque, avant d’être libérés six mois plus tard. Selon certains, Bergoglio, alors supérieur de la congrégation en Argentine, aurait livré les religieux aux militaires.

    Pas de liens avec la dictature argentine

    Les allégations de complicité avec la dictature ne reposent sur aucun élément concret. Au contraire, de nombreux témoignages, confirmant les déclarations de Bergoglio aux journalistes Sergio Rubin et Francesca Ambrogetti dans le livre Le Jésuite, décrivent un homme qui a caché au collège Máximo de la Compagnie de Jésus des personnes qui étaient poursuivies par les militaires et les a ensuite aidées à quitter le pays. « Pour lui, c’était très risqué », affirme aujourd’hui l’ex-juge Alicia Oliveira, qui a dû aussi se cacher pour ne pas être arrêtée. Particulièrement risqué a été le subterfuge utilisé pour sauver un jeune qui avait une certaine ressemblance avec lui, que Bergoglio a fait passer au Brésil avec sa propre carte d’identité et habillé en prêtre.

    « En plus, ajoute l’ex-archevêque dans le livre, j’ai fait ce que j’ai pu, avec l’âge que j’avais et le peu de relations que je comptais, pour les personnes séquestrées ». C’est dans ce cadre que Bergoglio reconnaît avoir approché à deux reprises Videla et autant de fois Massera. À l’époque, ce n’était pas sans danger d’intercéder ainsi pour de supposés « subversifs », ceux qui osaient le faire pouvant eux-mêmes être suspectés. Par ailleurs, on peut difficilement lui reprocher de ne pas avoir dénoncé publiquement les crimes de la dictature : le faire, c’était signer son propre arrêt de mort, comme en témoigne le cas emblématique du journaliste Rodolfo Walsh, assassiné en mars 1977, vingt-quatre heures après avoir publié une « Lettre ouverte » à la junte militaire. On ne peut pas non plus associer Bergoglio à l’attitude ambigüe et parfois complaisante à l’égard de la dictature d’une hiérarchie de l’Église à laquelle il ne pouvait appartenir, compte tenu de son âge et du poste qu’il occupait.

    Responsable de la séquestration d’Orlando Yorio et de Francisco Jalics ?

    Il reste l’accusation concernant la séquestration, en mai 1976, d’Orlando Yorio et de Francisco Jalics, deux jésuites qui travaillaient dans un bidonville de Buenos Aires. Selon ses détracteurs, Bergoglio leur aurait demandé de quitter l’endroit et, devant le refus des religieux, il les aurait expulsés de l’Ordre, avant d’informer les militaires de ce qu’ils ne comptaient plus avec l’appui de l’Église, ouvrant ainsi la voie à leur enlèvement. Cela a été avancé il y a plusieurs années, sans qu’il n’ait jamais été apporté la moindre preuve de ce que le provincial de la Compagnie de Jésus se soit comporté ainsi.

    Mais il est vrai que l’un des accusateurs était Yorio, qui a rompu avec Bergoglio après avoir été libéré, bien que ce dernier se soit alors occupé de faire sortir du pays les deux prêtres. Rentré en Argentine après le rétablissement de la démocratie, Yorio est mort sans avoir repris contact avec son ancien supérieur. En revanche, Jalics ne s’est jamais prononcé publiquement en ce sens. Installé en Allemagne, il est revenu à Buenos Aires pour des visites au cours desquelles il a revu Bergoglio et donné des messes avec lui. Ce 15 mars, il a déclaré: « Je me suis réconcilié avec tout ce qui s’est passé et je considère que le dossier est clos ».

    Selon Bergoglio, les prêtres n’ont pas été expulsés de l’ordre. Il affirme qu’ils voulaient créer une nouvelle congrégation, pour laquelle ils avaient rédigé des règles, dont il dit avoir conservé un brouillon. En conséquence, le père Arrupe, alors supérieur général des jésuites, a demandé qu’ils choisissent entre leur projet et la Compagnie. Toujours d’après Bergoglio, Yorio et Jalics ont demandé à quitter la congrégation à laquelle ils appartenaient. Puis, en mars 1976, à quelques jours du putsch, dont tout le monde savait en Argentine qu’il était imminent, il leur a suggéré de quitter le bidonville et de s’installer à la maison des jésuites. « Je n’ai jamais cru qu’ils aient été mêlés à des "activités subversives", comme le soutenaient ceux qui les pourchassaient. Mais ils étaient exposés à la paranoïa de chasse aux sorcières du moment », a-t-il déclaré à Rubin et Ambrogetti, avant d’ajouter : « Ils ont été libérés, parce qu’ils n’ont rien trouvé contre eux et parce que nous nous sommes démenés comme des fous. Si j’ai rencontré deux fois Videla et deux fois encore Massera, c’était pour eux ».

    L’enlèvement de Yorio et Jalics a été jugé il y a deux ans, dans le cadre de ce qu’on a appelé le procès Esma, qui s’est terminé sur la condamnation de nombreux anciens militaires, dont Alfredo Astiz, pour la mort des religieuses françaises Léonie Duquet et Alice Domon, et de quelques civils. À cette occasion, à la demande des parties civiles qui l’accusaient, Bergoglio a déclaré pendant quatre heures et a convaincu les juges de son absence de responsabilité dans cette affaire. Germán Castelli, un des trois magistrats qui composaient le tribunal, n’a aucun doute au sujet de son innocence : « Il est absolument faux de dire que Jorge Bergoglio a livré ces prêtres. Nous avons entendu cette version, analysé les preuves avancées et conclu que ses actes n’ont eu aucune implication juridique dans cette affaire. Si cela n’avait pas été le cas, nous l’aurions inculpé ».

    La justice donne crédit au récit de Bergoglio. Il est très vraisemblable qu’il ait cherché à protéger les deux prêtres en leur suggérant de quitter le bidonville et qu’il ait œuvré ensuite pour qu’ils soient libérés. À l’époque, Tous ceux qui réalisaient un travail pastoral ou social dans des quartiers populaires, qu’ils aient eu ou non des relations avec de supposés guérilleros, étaient vus comme des « subversifs » par les militaires. Beaucoup ont payé de leur vie l’engagement avec les pauvres que prône aujourd’hui le pape François. Il est compréhensible, aussi, que certains, dont Yorio, aient pu penser que Bergoglio avait renforcé la vulnérabilité des deux prêtres en leur demandant, suivant l’ordre reçu de son supérieur, de choisir entre la Compagnie de Jésus et la congrégation qu’ils entendaient former. Mais cela n’autorise pas à continuer de l’accuser de les avoir livrés aux militaires.

    Requête rejetée

    Un homme maintient pourtant cette accusation : le journaliste Horacio Verbistky, qui a enquêté sur le rôle de l’Église sous la dictature, publié des livres et articles sur le sujet et est à l’origine de la mise en cause de Bergoglio. Sans preuves concernant les faits eux-mêmes, Verbitsky se dit maintenant convaincu de la responsabilité de Bergoglio en faisant référence à un épisode postérieur à l’enlèvement. En 1979, Jalics, alors résident en Allemagne, doit renouveler son passeport périmé. Légalement, il lui faut rentrer en Argentine pour cela, mais il craint d’être arrêté.

    Il écrit alors à Bergoglio, en lui demandant de présenter une requête pour que, à titre exceptionnel, la démarche soit réalisée au consulat de Bonn. Celui qui est encore le supérieur des jésuites accepte et rédige une lettre en ce sens, sans mentionner, évidemment, que Jalics a peur de rentrer : il justifie la demande par le coût élevé du voyage. Il remet la lettre à un fonctionnaire du secrétariat d’État aux Cultes, qui le questionne sur les raisons qui ont conduit Jalics à quitter le pays. « Lui et son compagnon ont été accusés d’être des guérilleros mais ils n’avaient rien à voir  » , déclare avoir répondu Bergoglio. La requête est finalement rejetée.

    Dans cette histoire, qu’est ce qui permet à Verbitsky de soutenir ses allégations ? Une note du fonctionnaire qui a reçu Bergoglio, un certain Orcoyen, où l’on peut lire ceci : «Père Francisco Jalics/Détenu à l’École de mécanique de la marine 24/5/76 XI/76 (6 mois)/accusé avec le Père Yorio/Soupçonné contacts guérilleros ». En Nota Bene, le fonctionnaire ajoute : « Informations communiquées à Monsieur Orcoyen par le Père Bergoglio signataire de la note avec recommandation spéciale de ce qu’il ne soit pas donné suite à ce qu’il demande ». En première lecture, cette phrase suggérerait que Bergoglio recommande que les autorités rejettent la demande qu’il a lui-même présentée par écrit. Contradictoire, sinon incompréhensible. Ce qui autoriserait à penser que c’est plutôt le signataire de la note, donc Orcoyen, qui recommande de ne pas donner suite à la demande et qu’il a tout simplement mal rédigé son N.B.

    Ainsi, l’épisode devient cohérent et conforte les déclarations de l’actuel pape dans le livre précédemment cité, où il remarque que tout ce qu’a trouvé son accusateur est un « bout de papier » d’un fonctionnaire de la dictature, en signalant également que Verbitsky omet de mentionner la lettre par laquelle il « se mettait en avant pour Jalics et présentait la requête ». Une fois de plus, la position de Bergoglio paraît solide et l’accusation, faible.

    Au vu des informations disponibles et compte tenu de ce qui a été acté par la justice, la mise en cause de Bergoglio ne semble pas fondée. Verbitsky lui-même le reconnaît implicitement : « Il n’y a pas de preuves terribles contre lui, mais les jésuites avec lesquels j’ai parlé m’ont raconté qu’il y avait eu une opération de nettoyage dans la compagnie contre ceux qui s’opposaient aux militaires et voulaient dénoncer les violations des droits de l’homme ». Des propos qui marquent un recul, alors qu’au sein du gouvernement argentin se multipliaient les déclarations favorables à Bergoglio à la veille de l’audience de la présidente Cristina Kirchner avec le pape ce 18 mars.

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.