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    Europe

    Royaume-Uni: Maroula Blades, du slam à la poésie

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    Blood Orange est le premier recueil de poèmes sous la plume de Maroula Blades, poète et auteur britannique. D'origine et de culture métisses, c’est dans la langue de Shakespeare qu’elle « slame » sur les rythmiques du reggae et du jazz.

    La cinquantaine de textes que compte ce volume en anglais, primé par le prix britannique Erbacce 2012 pour la poésie, témoigne d’une sensibilité à fleur de peau, travaillée par des angoisses et des tensions qui remontent du fond de la mémoire collective. « I ache / I’ve been aching since the day I was born…» [Je suis mal/ Je suis malheureuse depuis le jour où je suis née…], proclame-t-elle dans l’un de ses poèmes autobiographiques.

    C’est du plus profond de son âme endolorie qu’écrit Maroula Blades, qu'elle dit sa souffrance, ses colères contre le monde hiérarchisé, paternaliste, destructeur. Elle clame sa nostalgie pour un passé ancestral où l’homme vivait en communion avec la nature. On pourrait dire, en détournant un peu le nom de la poétesse, Maroula « bleeds » (saigner en anglais) dans ces pages, comme d’ailleurs le suggère le titre de son recueil Blood orange, expression signifiant « oranges sanguines ». Le sang, la violence, la mort sont des thèmes omniprésents dans ce volume qui réunit des textes écrits essentiellement pour la scène, pour être déclamés, chantés, le phrasé calqué sur la rythmique du reggae ou du jazz.

    Performance poétique du slam

    Maroula Blades est poète, Blades

    Née en 1964 à Southampton, en Angleterre, Maroula Blades a fait du théâtre, du chant, avant de se lancer dans la poésie. Dans un entretien accordé à une revue en ligne berlinoise (www.aviva-berlin.de), l’auteur a raconté comment, jeune adolescente, elle a découvert, par un mauvais jour de caprices et de crise, son potentiel poétique, en lisant à haute voix à sa mère ses revendications rédigées sur une page d’écolière. Si, sur le moment, la maman Blades fut quelque peu  prise au dépourvu par cette démarche originale de sa fille, elle n’en comprit pas moins le besoin de canaliser les talents oratoires de celle-ci en l’inscrivant à un cours de chant. Remarquée quelques années plus tard par des professionnels, la jeune Maroula Blades participera à des projets musicaux parrainés par l’English National Opera, avant de s’engager dans le mouvement de performance poétique qui connaît un grand essor dans les pays anglo-saxons à partir des années 1980.

    Le monde de Blades, c’est celui du slam, celui de la poésie parlée qui relève autant de l’art poétique de la trouvaille des mots et des images que de l’art oratoire. Elle est proche de la poésie contestataire et parodique d’un Linton Kwesi Johnson ou d’un Benjamin Zephaniah, des poètes anglais d’origine caribéenne qui ont popularisé la dub poetry dans laquelle les textes sont posés (« dubbed ») sur les rythmiques du reggae. Art de spectacle oral, la poésie « dub » se caractérise par les valeurs de liberté et de dépassement des barrières sociales qu’elle transmet, mais aussi par sa démarche artistique complexe que traduit l’alliance étroite entre musique et parole, scansion et discours.

    Les textes de Maroula Blades, où se mélangent le flow hip hop et le désenchantement existentiel, sont héritiers de cette tradition de poésie orale et urbaine. C’est une poésie à messages, qui met en scène avec une grande économie de moyens les injustices, les souffrances, mais aussi le courage, celui par exemple de Rosa Parks (We owe it to you) ou celui d’une amie proche luttant avec résignation tranquille contre le cancer (Metastasis) : « Libérée des chaînes du temps,/ de la mémoire et de l’infirmité,/ elle a le regard tourné vers l’océan pourpre,/ rêvant d’y plonger (corps et âme) ». Maroula Blades chante aussi la solitude de l’artiste (Mrs Betty), sa propre condition de femme métisse reléguée à son exotisme (« I ache », « It’s a New Day »). Son inspiration puisée dans le vécu, cette poésie profondément mélancolique part des situations réelles, comme dans les pages saisissantes consacrées à un eunuque indien en quête d’amour et de maternité (The Hijra’s Blues), avant de déboucher sur des interrogations universelles sur le bonheur, le pouvoir ou l’intégrité de l’âme.

    Poétesse, Maroula Blades est aussi romancière. Elle vient de finir la première version de son premier roman qu’elle compte faire paraître prochainement. Elle prépare aussi un recueil de nouvelles à paraître cette année en Allemagne aux éditions Verbrecher Verlag. Bref, on n’a pas fini d’entendre résonner dans nos oreilles la voix si particulière de Maroula Blades, à la fois contestataire et lyrique !

    Trois questions à… Maroula Blades

    Comment définir votre travail ? De la poésie ou une performance artistique ?

    Je n’aime pas trop les étiquettes, car elles vous enferment. Mais s’il fallait absolument que je me définisse, je dirais que je suis poète, écrivain, chanteuse, arrangeur-compositeur. J’essaie de présenter aux auditeurs mes textes de la manière la plus artistique, la plus expressive et honnête possible. Mes séances de récitations sont accompagnées de musique, l’objectif étant d’inscrire la voix dans un ensemble qui permet de mieux mettre en valeur l’écrit.

    Peut-on dire que votre poésie est autobiographique puisque la voix narratrice qui traverse la cinquantaine de poèmes que comporte Blood Orange s'exprime à la première personne ?

    J’aime écrire à la première personne. Il me semble que les mots et les messages acquièrent une force quand ils sont pris en charge par le « je ». L’impact sur les lecteurs-auditeurs est plus grand. Pour ce qui est de l’autobiographique, je me contenterais de vous dire qu’il m’arrive souvent de puiser mon inspiration dans des expériences vécues, mais l’écriture transforme ces expériences en fiction.

    Quelles sont vos influences ?

    C’est une question difficile parce que mes influences proviennent de différentes formes artistiques. En poésie, j’aime Derek Walcott, D. H. Lawrence, Langston Hughes, Ted Hughes, Sylvia Plath, Nikki Giovanni, Rumi, Rainer Maria Rilke, Jayne Cortez, le Prix Nobel de littérature 2011, Tomas Tranströmer, pour ne citer que ceux-là. La musique exerce aussi une grande influence sur mon travail d’artiste. J’aime les musiques du Mali, mais aussi le reggae, le rock, le blues, le jazz, le R&B. S’il fallait citer des chanteurs-compositeurs qui m’inspirent, Billie Holiday, Ali Farka Toure, Bob Marley, Sun Ra, Jimi Hendrix sont quelques-uns des noms qui me viennent immédiatement à l’esprit. Pour moi, ces artistes sont aussi des poètes.

    Blood Orange, par Maroula Blades. Liverpool, Erbacce-press, 2012. 128 pages, £11,95 (en Angleterre)

    Chronologie et chiffres clés
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