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    Amériques

    Jean-Michel Rampal sur RFI: l'arrestation du chef du cartel des Zetas «est une victoire politique pour le président Pena Nieto»

    media Des photographies de Miguel Angel Trevino, montrées lors d'une conférence de presse du gouvernement mexicain, après son arrestation, le 15 juillet 2013. REUTERS/Secretaria de Gobernacion/Handout

    C’est une arrestation au Mexique sans le moindre coup de feu échangé. La marine de guerre a en effet réussi à intercepter le chef du cartel des Zetas, ce redoutable groupe criminel. Miguel Angel Trevino était recherché, sa tête mise à prix par Mexico, mais également par Washington. Entretien avec Jean-Christophe Rampal, journaliste et spécialiste de l’Amérique latine. Il a consacré de nombreux ouvrages au Mexique, à son histoire, à sa criminalité en particulier.

    RFI : Qui est Miguel Angel Trevino, l'homme qui a été arrêté lundi ?

    Jean-Christophe Rampal : C’est un homme très intéressant puisque c’est un enfant de la frontière, c'est-à-dire que c’est quelqu’un qui a été élevé des deux côtés de la frontière, entre le Mexique et les Etats-Unis, et qui est aussi une figure particulière puisque les Zetas, le cartel qu’il commandait, était un cartel qui était composé essentiellement de militaires, et lui était un civil.

    Comment est-il justement arrivé de ces jeunes années jusqu’au sommet de ce cartel des Zetas ?

    Au début, il a travaillé pour un autre cartel qui était le cartel du Golfe, qui avait embauché les Zetas pour être leur appareil militaire, et il a été très efficace puisqu’il connaissait très bien la frontière, notamment pour tout ce qui était trafic puisqu’il parle parfaitement l’anglais et l’espagnol, et donc il est monté dans cette organisation. Et après quand les Zetas ont décidé de travailler pour leur propre compte, il a intégré le groupe des Zetas.

    Est-ce qu’il y a justement une dimension géographique dans ces groupes criminels qui contrôlent aujourd’hui le Mexique ?

    Tout à fait. On parle du cartel du Golfe, on parle du cartel de Sinaloa qui était justement en opposition avec les Zetas, on a d’autres cartels - le cartel de Ciudad Juarez - il y a une dimension géographique, d’ancrage géographique. Mais ce qui est important dans le cas présent, c’est que cette organisation des Zetas était non seulement un cartel de la drogue, mais elle avait diversifié ses activités. C’est-à-dire qu’elle intervenait aussi dans le racket, le trafic de migrants et Miguel Angel Trevino est connu comme quelqu’un de particulièrement violent et cruel puisqu’il a pratiqué la torture et les assassinats de migrants.

    Et des massacres particulièrement épouvantables ont été attribués à son organisation des Zetas…

    Oui. C’était essentiellement des immigrants d’Amérique centrale qui étaient regroupés et il y a eu des dizaines de personnes tuées par les Zetas.

    Comment ça se passe dans ce type d’organisation, quand un chef, quand un caïd tombe, est-ce que la succession donne lieu à une guerre des hommes ou plutôt tout est prévu ?

    C’est en partie prévu, puisqu’on connaît déjà son successeur qui n’est autre que son frère Omar, qui s’appelle, lui, « Z-42 ». Il devrait prendre la tête de l’organisation. Devrait, parce qu’il n’est pas impossible que d’autres lieutenants souhaitent aussi prendre la direction, et dans ce cas-là, même si un cartel est affaibli ou si l’organisation est affaiblie, il peut y avoir une recomposition très rapide, soit de l’organisation, soit le territoire du cartel affaibli est repris par un autre cartel au terme d’une bataille souvent sanglante.

    Vu l’étendue de l’insécurité aujourd’hui au Mexique, on peut forcément donner à cette action une dimension politique, d’autant plus que le nouveau président ne s’est pas installé il y a si longtemps que cela au palais présidentiel de Mexico.

    Effectivement, c’est une victoire politique pour le président Pena Nieto, qui prouve que la politique qu’il a choisie, une politique d’affrontements peut-être moins directs avec les cartels, porte ses fruits, puisque là c’est une figure qui était poursuivie à la fois par le Mexique, mais aussi par les Etats-Unis car Miguel Angel Trevino avait eu des activités des deux côtés de la frontière. Donc, c’est quelque chose de très important pour le président actuel du Mexique pour dire : « Voilà, ma nouvelle politique fonctionne ».

    Est-ce que l’on sait précisément quel rôle ont joué les Etats-Unis dans cette interpellation ?

    C’est très difficile de le savoir, en tout cas tout ce que l’on sait c’est qu’ils avaient offert 5 millions de dollars pour des informations pour arriver à la capture de Miguel Angel Trevino. Et ils avaient sans doute très mal vécu le fait aussi que Trevino ait fait liquider des gens qui étaient contre son cartel de l’autre côté de la frontière, c’est-à-dire aux Etats-Unis.

    L'intervention de l’armée signifie-t-elle qu’au Mexique la police est complètement disqualifiée ?

    Alors ça, ce n’est pas vraiment une nouveauté, puisque déjà dans la politique de l’administration antérieure, l’armée jouait un rôle très important dans la lutte contre le trafic de drogue. L’autre élément, qui est peut-être aussi important dans le cas très précis des Zetas, est que les Zetas sont d’anciens militaires qui, pour certains, étaient des déserteurs et qui étaient passés à l’ennemi, c'est-à-dire au trafic de drogue. Donc il y avait aussi pour l’armée mexicaine une volonté de laver en partie son honneur en arrêtant et en faisant tomber le maximum de Zetas.

    On parle là des groupes criminels, on parle également des forces engagées par le pouvoir mexicain pour en venir à bout. Comment se situe la population mexicaine, prise en étau en quelque sorte entre les violences et la répression ?

    On sait que la lutte contre le trafic de drogue a fait de nombreuses victimes dans la population civile et, dans certains cas, on peut dire aussi que les forces de l’ordre ont une politique qui frise, plus que friser d’ailleurs, avec les limites en matière de droits de l’homme et il y a un certain nombre d’enquêtes qui sont en cours sur des bavures, et encore le mot « bavure » est faible dans le cadre de la lutte contre la drogue.

    On parle, par exemple, de 70 000 morts pendant la durée du mandat du président précédent, Felipe Calderon.

    Oui, il faut se rendre compte que cette bataille à la fois entre les forces militaires, la police et les différents cartels a donné lieu à des exécutions parfois massives, à des scènes particulièrement horribles, des tortures, des massacres et qu’effectivement la population civile se trouve dans une situation extrêmement complexe. Il y a eu des cas où on demandait à la population civile de ne pas sortir en ville, c’était même certains cartels qui disaient ça. Les gens se réveillaient avec des messages qui étaient affichés sur des draps en disant un tel va mourir, et parfois avec des cadavres qui étaient exposés dans le but d’effrayer des ennemis potentiels.

    __________________________________

    Jean-Christophe Rampal a cosigné avec Marc Fernandez :

    Mexique : histoire, société, culture aux Editions La Découverte
    Narco football club aux Editions Moisson Rouge
    La ville qui tue les femmes, Ciudad Juarez chez Hachette Littérature

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