GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Mercredi 18 Octobre
Jeudi 19 Octobre
Vendredi 20 Octobre
Samedi 21 Octobre
Aujourd'hui
Lundi 23 Octobre
Mardi 24 Octobre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Amériques

    Quand Billie Holiday chante «Strange Fruit»

    media Billie Holiday DR

    « Les arbres du Sud portent un étrange fruit. Du sang sur les feuilles et du sang aux racines… » Billie Holiday fut notamment bannie d'Alabama pour avoir tenté de prononcer les premiers vers de ce poème écrit en 1937 par Abel Meeropol. Ce poète et enseignant américain d'origine russe n'imaginait sûrement pas que les mots cinglants de « Strange Fruit » deviendraient l'un des hymnes du combat racial aux Etats-Unis.

    D'abord mis en musique et interprété par l'épouse d'Abel Meeropol, ce texte glaçant décrit à mots à peine couverts le lynchage et la pendaison de deux citoyens noirs, Thomas Shipp et Abram Smith, par les membres du Ku Klux Klan dans la petite ville de Marion (Indiana) le 7 aout 1930. Sous le pseudonyme de Lewis Allan, Abel Meeropol présente son œuvre, en 1939, à Barney Josephson, patron du Cafe Society, un club de New York où se produit une jeune chanteuse de 24 ans, Billie Holiday.

    C'est là que « Lady Day » donne du sens à cette effroyable narration éminemment audacieuse pour l'époque. Sa voix frêle, noyée de larmes, fait frissonner les quelques spectateurs qui assistent, éberlués, à cette prestation vraiment inédite. Bientôt, « Strange Fruit » subit les foudres de l'Amérique bien pensante. Time Magazine parle de propagande communiste, les radios américaines refusent de diffuser cette composition jugée subversive, et il est évidemment périlleux de présenter cette chanson dans les États du Sud où la ségrégation est alors une réalité culturelle qui ne souffre aucune contestation.

    Billie Holiday - Strange Fruit 14/10/2013 Écouter

    L'esprit frondeur des années 30

    Billie Holiday, la voix de la rébellion, fut notamment bannie d'Alabama pour avoir tenté de prononcer les premiers vers du poème. Malgré les censures, les intimidations, cette pièce musicale majeure résiste à l'érosion du temps. De nombreux artistes et activistes

    James Carter - Strange Fruit 14/10/2013 Écouter

    afro-américains portent à leur tour ce message véhément en revitalisant l'esprit frondeur des années 30. Nina Simone, Diana Ross, Dee Dee Bridgewater, entre autres, se feront les légataires universelles de ces couplets déchirants...

    Si, au fil des décennies, les étoiles de l'art vocal se sont approprié cette incroyable mélodie, quelques instrumentistes aventureux ont tenté de recréer l'atmosphère pesante de cette incantation historique. Le bassiste Marcus Miller choisit la clarinette basse pour assombrir un peu plus la tonalité de la composition originale, et le saxophoniste James Carter fait jaillir ses émotions dans un hurlement sonore particulièrement poignant.

    Depuis 1939, « Strange Fruit » suscite l'intérêt des plus grands virtuoses de l'histoire du jazz, mais au-delà de l'intention artistique, la force expressive de cette œuvre nous invite à un examen de conscience constant. Face à ces mots, nous devons rester humbles et vigilants. Le patrimoine nous indique toujours la voie à suivre, les erreurs à ne pas reproduire...

    « Les arbres du Sud portent un étrange fruit,
    Du sang sur les feuilles et du sang aux racines,
    Un corps noir qui se balance dans la brise du Sud,
    Étrange fruit suspendu aux peupliers.

    Scène pastorale du valeureux Sud,
    Les yeux exorbités et la bouche tordue,
    Parfum de magnolia doux et frais,
    Puis l'odeur soudaine de chair brûlante !

    C'est un fruit que les corbeaux cueillent,
    Que la pluie rassemble, que le vent aspire
    Que le soleil pourrit, que les arbres lâchent
    C'est là une étrange et amère récolte »

    Lire aussi du même auteur

    Etats-Unis : Les rythmes de l’Histoire
    Etats-Unis : Cinquante ans de révolution musicale 

    Sur le même sujet
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.