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    Martin Luther King: la force d'un prophète

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    Le discours prononcé le 28 août 1963 par Martin Luther King à Washington devant 250 000 personnes a marqué un tournant décisif dans la lutte pour les droits civiques. Cinquante ans après, « I have a dream » fait encore rêver. Comment cet adepte de la non-violence est-il parvenu à défier le système sans effusion de sang ? Retour sur un épisode à la fois sombre et glorieux de l’Histoire des États-Unis.

    C’est sous les acclamations que Martin Luther King monte à la tribune, ce 28 août 1963, l’air incrédule. Autour du bassin rectangulaire, il contemple la foule qui s’est amassée devant le Mémorial Lincoln, jusque dans les arbres : près de 250 000 personnes en extase, toutes couleurs confondues, sont venues soutenir le célèbre pasteur, apôtre de la non-violence, qui porte ce jour-là au cœur de l’Amérique blanche son message pour le respect des droits civiques des Américains noirs du sud des Etats-Unis où la ségrégation est à l’oeuvre. Et sa portée a pris un tour universel. D’autant que les grandes stars de la chanson, Mahalia Jackson, Joan Baez, Bob Dylan, et aussi des vedettes de cinéma, Sydney Poitiers, Marlon Brando, Paul Newman, Harry Belafonte ont répondu présents, et aussi l’écrivain James Baldwin. Ces images devenues mythiques étaient retransmises en direct à la télévision.

    Le discours du 28 août 1963 14/10/2013 Écouter

    Sa voix portée par des gestes ascendants s’envole dans le ciel de la capitale fédérale des Etats-Unis quand il évoque ce moment « qui restera dans l’Histoire comme la plus grande manifestation pour la liberté de notre nation ». Il rend hommage à ce « grand Américain » dont « l’ombre symbolique » plane sur la foule. Derrière lui, trône la statue monumentale du président Abraham Lincoln, celui qui a signé un siècle plus tôt la Proclamation d’émancipation. Un espoir pour les millions de Noirs en captivité. Mais l’abolition de l’esclavage, qu’il tentait d’imposer, déclencha la colère des propriétaires du Sud. Et la guerre de Sécession (Civil War), très meurtrière. Les Nordistes l’emportèrent. Et l’esclavage fut aboli en 1865. Mais les « lois Jim Crow » établirent une ségrégation raciale dans les Etats du Sud.

    « Cent ans après, les Noirs ne sont pas encore libres » et leurs vies sont « tristement paralysées pas les menottes de la ségrégation et les chaînes de la discrimination », tonne le King. Ils vivent « dans l’île déserte de la pauvreté au milieu d’un vaste océan de prospérité. Marqués par les flammes d’une injustice foudroyante, ils languissent encore dans les recoins de la société américaine (…) en exil dans leur propre pays. » Il est temps, affirme-t-il, de réaliser le « rêve américain ». Comprenez : la fusion des différentes communautés.

    Martin Luther King et les leaders du mouvement pour les droits civiques avec John F. Kennedy à la Maison Blanchele, le 28 août 1963. DR

    Martin Luther King rêve à haute voix. Il rêve de liberté et de justice pour les Noirs de Géorgie, du Mississippi, d’Alabama, du Tennessee, de New York, les Noirs de chaque village, de chaque Etat. Dans la foule, on brandit des pancartes, « I am a man », « Civil Rights Now »… Noirs et Blancs, émus aux larmes, se tiennent au coude à coude. « Tous les hommes sont créés égaux, rugit le pasteur. Tous les enfants du Bon Dieu, les Noirs et les Blancs, les juifs et les gentils, les catholiques et les protestants… ». Il loue « le merveilleux militantisme qui s’est nouvellement emparé de la communauté noire » mais il met en garde aussi les siens. « Comme l’atteste leur présence aujourd’hui en ce lieu, nombre de nos frères de race blanche ont compris que leur destinée est liée à notre destinée (…), que leur liberté est inextricablement liée à notre liberté »...

    Si elle marque le point culminant de l’action de Martin Luther King, la marche de Washington n’est pourtant qu’une étape dans son combat entamé huit ans plus tôt. Le documentaire King: A Filmed Record... Montgomery to Memphis produit en 1970 par Ely Landau montre le jeune pasteur au visage lumineux qui, du haut de sa chaire de la Dexter Baptist Church de Montgomery, Alabama, demande le 5 décembre 1955 à ses fidèles d’appliquer leur citoyenneté en faisant respecter les lois divines et la Constitution américaine. Dans la foulée, il lance le « boycott des bus ». Cinq jours avant, Rosa Parks, une militante très respectée de la National Association for the Advancement of Coloured People (NAACP) a été jetée en prison pour avoir refusé de céder sa place à un voyageur blanc.

    A bicyclette, en carriole ou à pied

    Ce pasteur de 26 ans qui officie depuis un an à peine à l’église Dexter a été placé, quelques heures plus tôt, à la tête de la Montgomery Improvement Association (MIA) et il tient ce meeting improvisé à l’église devant des « fidèles » enthousiastes qui entonnent des gospels avant de se lever et de suivre leur nouveau leader dans la rue pour passer à l’action. Cette église « était née de la Reconstruction, moment où, après la guerre et l’abolition, les noirs eurent enfin droit à leurs propres lieux de cultes ». C’est de ce « temple naturel de la contestation noire » que Martin Luther King lance « son armée non violente pour libérer les Noirs du joug de Jim Crow et de ses lois scélérates », explique l'écrivain guadeloupéen Alain Foix dans sa biographie parue en 2012 et sobrement intitulée Martin Luther King.

    Lieux de sociabilité et d’entraide, les églises jouent un grand rôle dans la résistance de la communauté noire sous la houlette de pasteurs baptistes ou méthodistes. C’est dans ce berceau que Michael (Martin) Luther King Junior a vu le jour le 15 janvier 1929 à Atlanta. Son père, Martin Luther King Senior, a succédé en 1931 à son beau-père comme pasteur de l’église baptiste d’Ebenezer. Et en 1944, il a donné une conférence en Géorgie intitulée « Le Noir et la Constitution ». Un solide héritage pour Junior qui n’a rien d’un pasteur parmi d’autres.

    Martin Luther King en tête à tête avec le président Lyndon B. Johnson le 18 janvier 1964 à Washington. DR

    A bicyclette, en carriole ou à pied, on voit les gens parcourant des kilomètres dans les rues de Montgomery. Un système de covoiturage est organisé entre privés et chauffeurs de taxis volontaires tandis que les bus circulent à vide... Au point que la compagnie périclite. Le boycott va durer 381 jours... Dans cette période, la maison de Martin Luther King et son église sont dynamitées. Un membre du Ku Klux Klan, cette secte qui veut faire respecter le White Power, explique dans le film d’Ely Landau qu’il est opposé au « melting pot » (creuset) de l’intégration. La guerre est déclarée aussi avec les autorités. Par deux fois, Luther King est emprisonné.

    Qu’importe. Coretta Scott, rencontrée à Boston en 1952 et devenue son épouse en 1953, lui apporte un soutien sans faille. Et puis, son rythme et son inspiration viennent de donner le coup d’envoi du « mouvement pour les droits civiques » qui va occuper l’espace public américain toute la décennie à venir. Premier combat. Première victoire. Le 13 novembre 1956, la Cour suprême autorise les Noirs à s’asseoir aux côtés des Blancs dans les transports en commun du pays. Le boycott est levé. Reste à faire appliquer cette décision au Sud. Pour l’heure, elle fait les gros titres de la presse locale mais personne n’en mesure encore la portée. La grande presse, elle, consacre déjà des articles à ce personnage populaire qui se transforme au fil des jours en figure nationale.

    Ni revanche ni vengeance. La méthode de non-violence active de Martin Luther King, à l’opposé de celle du Klan, s’inspire d’abord des préceptes de Jésus-Christ. Et de ceux du Mahatma Gandhi, dont la pensée lui a été transmise lors d’une lecture faite en 1950 par Mordicai Johnson, le président de son université de Boston, dont il sort docteur en théologie en 1955. Il a aussi obtenu en 1948 un diplôme de sociologie du Morehouse College d'Atlanta. Est-ce cette autre passion qui l’amène à ancrer son action « au cœur même des exclus » ? Cette stratégie lui permet de grossir la congrégation des fidèles quelque peu embourgeoisés, explique Alain Foix.

    Lances à eau, gaz lacrymogènes, chiens d’attaque…

    L’église de Dexter devient partenaire de la NAACP locale. Et en 1957, Martin Luther King fonde sa propre association qu’il présidera jusqu’à sa mort. La Southern Christian Leadership Conference (SCLC) fédère les associations non-violentes, religieuses ou non, et coordonne les actions locales. Une nouvelle génération de militants noirs, décidée à appliquer les décisions de la Cour suprême, monte des actions spontanées dans les villes. A Little Rock, en 1957, Elizabeth Eckford, 16 ans, avec neuf autres lycéens, force les portes d’un collège réservé aux Blancs et parvient à ses fins avec la protection des troupes fédérales. Des sit-in dans les lieux ségrégués, restaurants, cafés, sont organisés à partir de 1960 par le Congress of racial Equality (Core) – dont émerge une association plus radicale, la Student Non-Violent Coordinating Committee (SNCC), où milite Stokeley Carmichael, futur adepte du Black Power.

    Dans le Sud, la police s'est montrée impitoyable envers le mouvement pour les droits civiques. DR

    Martin Luther King accueille à Atlanta en mai 1961 le premier « voyage de la liberté » qui a fait le trajet « Washington-La Nouvelle Orléans ». Ces jeunes de toutes couleurs échappent à un lynchage en Alabama. A Birmingham, le shérif Eugene « Bull » Connor les jette en prison où ils chantent « We shall overcome », un gospel qui devient l’hymne du mouvement des droits civiques. Ce dernier décide de cibler les villes qui peuvent lui procurer un retour médiatique et politique. Ainsi, au printemps 1963, la campagne de Birmingham vise au « boycott des entreprises » qui discriminent les Noirs à l’embauche.

    Lances à eau, gaz lacrymogènes, chiens d’attaque… « Bull » donne à voir un spectacle qui révulse l’opinion publique américaine et au-delà. Une centaine d’arrestations sont opérées dont celle de Martin Luther King, toujours en première ligne. Il est d’ailleurs sans cesse l’objet de menaces de mort et d’une tentative d’assassinat. Cette fois, il écope de 45 jours de prison, avec son allié, Ralph Abernathy. Dehors, les fidèles s’agenouillent sur la pelouse devant la prison.

    De derrière les barreaux, le 16 avril, il écrit sa fameuse Lettre de la prison de Birmingham où il explique la nécessité de la « désobéissance civique » en plus des protestations non-violentes : « Pourquoi il est difficile d’attendre… » Le mouvement s’amplifie. Les prisons se remplissent de lycéens qui rentrent dans les cargos en chantant : « Freedom, Freedom »… Les forces de l’ordre sont débordées. La tension est extrême. Des contre-manifestants arborent des pancartes : « Gardons l’Alabama blanc ».

    L’état de grâce est de courte durée

    Une fois libre, Martin Luther King interpelle les politiques qui, dès lors, sont sommés d’agir et de sortir de leur paternalisme condescendant à l’égard des Noirs. Entre 1953 et 1960, le président Eisenhower a tergiversé, consentant du bout des lèvres à rencontrer le pasteur King en 1958 après « Little Rock »… Quant à John Fitzgerald Kennedy, favorable à la déségrégation, il tergiverse lui aussi. Son frère, Robert, a de son côté téléphoné au pasteur en prison. Les négociations sont laborieuses. Il s’agit de faire progresser le Civil Rights Act par une loi réaffirmant la constitutionnalité de l’égalité des Noirs et des Blancs. Kennedy en fait l’annonce le 11 juin. Pour le soutenir face aux démocrates sudistes du Congrès, est organisée le 28 août 1963 la Marche de Washington « pour l’emploi et la liberté ».

    D'Abraham Lincoln à Martin Luther King, un siècle de lutte pour l'égalité. DR

    L’état de grâce est de courte durée. Le 14 octobre, Martin Luther King reçoit le prix Nobel de la paix à Oslo. Mais le FBI, dirigé par Edgar Hoover, fait circuler en hauts lieux des enregistrements des ébats extraconjugaux supposés du King, dans le but de ternir son image. Le 22 novembre, John F. Kennedy est assassiné. Le Civil Rights Act peut attendre. Son successeur, Lyndon B. Johnson, le signe enfin le 2 juillet 1964. Mais le combat continue. Fin 1964, M.L. King est encore emprisonné avec plus de 200 manifestants alors qu’il marche pour le droit de vote à Selma. Le 2 février 1965, Coretta rencontre brièvement Malcolm X. Le leader radical des Black Muslims est assassiné le 21 du même mois, alors que démarrent des marches de protestation de Selma à Montgomery contre le meurtre d’une militante par le Klan.

    « Nous avons le droit de prendre la route principale pour nous rendre d’une ville à l’autre », explique le pasteur King aux reporters tout en marchant. « How long not long! », lance-t-il encore lors d’une étape. « Oh No », répondent en écho ceux qui l’entourent. Le 7 mars, le convoi est bloqué par la police sur un pont qui enjambe le fleuve Alabama. Le « Bloody Sunday » (dimanche sanglant) a son lot de blessés. Peu à peu, son discours se radicalise. Le 17 août 1965, il appelle à l’arrêt des bombardements au Vietnam où des soldats noirs meurent tous les jours dans les combats. Au risque de contrarier le président Johnson...

    Des émeutes raciales ont éclaté quelques jours plus tôt à Los Angeles, faisant une trentaine de morts. Martin Luther King découvre que la ségrégation existe aussi de facto dans les ghettos du Nord. En janvier 1966, il lance la « campagne de Chicago » où il s’installe. Toute l’année, des émeutes opposent des Blancs en colère aux marcheurs des droits civiques. En mai 1967, il appelle à une redistribution plus radicale du pouvoir économique et social. Et le 4 décembre, épuisé, harcelé par ses ennemis, intérieurs et extérieurs à la communauté, il lance la « campagne des pauvres gens ». Elle n’aura jamais lieu.

    En pleine grève des éboueurs, ces damnés de la terre dont Alain Foix décrit avec brio l’horreur des conditions de travail, il prononce son dernier discours au « Mason Temple » de Memphis, où il affirme que son peuple « atteindra la Terre promise ». Le lendemain, 4 avril 1968, il est assassiné sur le balcon du Lorraine Motel. A-t-il pardonné ce geste à ses ennemis comme il l’a tant prêché ? Héros, « juste » ou suppôt des Blancs ? La dernière image est celle d’une foule éplorée, en ce 9 avril à Atlanta, qui suit en silence le simple cercueil en bois monté sur une carriole tirée par deux ânes comme il est d’usage pour les prophètes.


    Pour en savoir plus :

    King: A filmed record. From Montgomery to Memphis. Produit en 1970 par Ely Landau assisté de Richard Kaplan. The Martin Luther King Film Project. Archives de 35 mm restaurées: 2 DVD (181’). Kino Classics. Library of Congress. Moma. Kino Lorber 2013. $34.95. www.kino.com

    Mort à Memphis. Le Mystère de l’assassinat de Martin Luther King. Documentaire de Michel Noll. Diffusé le 4 août 2013 sur La Chaîne parlementaire. Débat avec Alain Foix, dramaturge, Gaston Kellermann, écrivain, et André Kaspi, historien.

    Martin Luther King. Biographie. Alain Foix. Paris, Folio biographies Gallimard, 2012. 320 pages. 8,20 euros.

    Les Noirs américains en marche pour l’égalité. Pap Ndiaye. Paris, Découverte, Gallimard, 2009. Histoire no 542. 159 pages.

    Martin Luther King. Autobiographie. Textes réunis par Clayborne Carson. Paris, Bayard, 2000. 24 euros.

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