GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Lundi 16 Octobre
Mardi 17 Octobre
Mercredi 18 Octobre
Jeudi 19 Octobre
Aujourd'hui
Samedi 21 Octobre
Dimanche 22 Octobre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Urgent

    C'est une mosquée chiite de Kaboul qui a été visée, ce vendredi 20 octobre. Le 29 septembre dernier, un autre attentat, toujours contre une mosquée chiite de la capitale afghane, avait fait 6 morts.

    Dernières infos
    Amériques

    La pensée de Martin Luther King, selon Alain Foix

    media

    Alain Foix participait en juin dernier à Paris à un débat sur la pensée de Martin Luther King lors de la Fête de la Philo. Fin 2012, cet écrivain et dramaturge français, né en Guadeloupe, publiait chez Gallimard une biographie originale de l’apôtre de la non-violence américain, mort assassiné quatre ans après avoir reçu le prix Nobel de la paix en 1964. Alain Foix a écrit à son propos : « Trop en avant, trop lucide, il voit loin. Trop loin peut-être. Il a passé la ligne des couleurs. Son combat n'est plus seulement pour l'avancement de sa communauté car il a perçu la nécessité d'une pensée, d'une action solidaire, sociale et politique débordant des limites de la race. Il sort du rang, du cadre où l'a assigné la raison politique. » L’identité, le temps et l’action, l’amour... Voici quelques extraits de son intervention*.

    Il est essentiel de ne pas renier d'où l'on vient, mais aussi de ne pas se laisser enfermer, de passer sans cesse cette ligne des couleurs. Aux Etats-Unis ou en France, même si les règles ne sont pas les mêmes, un noir, c'est très bien lorsqu'il danse, qu'il joue de la musique et fait de la bonne cuisine, bien pimentée. Mais un noir philosophe, sociologue, écrivain, ça pose problème. Quand j'étais directeur du théâtre de Saint-Quentin en Yvelines, la Ville entendait que je fasse un théâtre adapté aux gens de ma couleur. Et à Avignon, deux personnes du Théâtre du Rond-point sont venues voir ma pièce où j’ai fait dialoguer Luther King et Mumia Abou Jamal. Ils ont dit : « C'est formidable. Mais pas assez universel pour le Rond-point »…

    L'être et le temps vont d'un même pas

    La question du temps est centrale chez Luther King. Dans un livre manifeste Why you can't wait ?, il explique qu’attendre, c’est être passif, en position de ne pas recevoir ce qu'on devrait. D'ailleurs, lorsqu'il fait cette Marche sur Washington, un siècle après l'abolition de l'esclavage, presque jour pour jour, c'est pour marquer le fait que rien n'a bougé. Luther King n'est pas simplement un religieux, un politique, un poète. C'est aussi un philosophe. Il a lu Saint Augustin qui dit que le temps est en lui, dans son être. Le temps, c'est son action. L'action, c'est la manière de poser son temps. A un moment donné, il faut agir pour se faire entendre et exister. L'être et le temps vont d'un même pas. Et c'est dans le surgissement de l'action que se fait la pensée et non pas dans l'attente. Les existentialistes disent : « L'existence précède l'essence ». Martin Luther King est proche de cela. Le droit, c'est l'acte de faire valoir son droit. Dire que les noirs doivent attendre pour que les choses se fassent, signifie simplement qu'ils n'ont pas le droit.

    La musique, c'est l'arme de guerre

    La parole de Martin Luther King, c'était une qualité de temps. Le temps, c'est l'unité, l'union, l'espace, la séparation, la ségrégation, la discrimination. C’est ce qui va unir le blanc, le noir et toutes les catégories sociales. Sa manière de parler, c'est de la musique. Et la musique, c'est l'arme de guerre. Par la musique, il arrivait à toucher les profondeurs communes des blancs et des noirs. La musique noire a bercé tous les blancs des États-Unis. Les Américains sont noirs, mais ils ne le savent pas tous. Dans sa jeunesse, King a été très influencé par le marxisme, qu’il a un peu rejeté par la suite, notamment parce que cela devenait très dangereux de l'affirmer. Mais il n'aurait pas pu y avoir de révolution autre que religieuse aux États-Unis. Tout est construit là-dessus.

    Les noirs se sont construits dans la religion. Le gospel a été l'outil de sociabilité des noirs. Depuis très longtemps, les noirs et les blancs se réunissaient dans des camp meetings, de grands rassemblements religieux où ils chantaient des cantiques ensemble dans d'immenses tentes séparées. Ils ne se croisaient pas mais chantaient les mêmes chants. Les noirs ont apporté tout ce qu'ils avaient d'Afrique, leur culture, leurs rythmes. Et ils ont intégré cet art, cette part blanche.

    Les blancs américains ne sont pas comme les Français. Ils ont un sens du rythme, un rapport au temps qui n'est pas le même. Martin Luther King l'avait très bien compris. Il a réuni cette foule immense en août 1963 sous la bannière de grands chanteurs, Joan Baez, etc. Il a fait passer son discours par leurs voix et par celles des acteurs d’Hollywood. Il a traversé cette ligne des couleurs aussi par le chant. Il a fait entendre, au-delà des mots, la vibration de sa parole qui disait aux Américains blancs quelque chose qu'ils n'auraient pas entendu autrement. La musique, et ce tempo particulier, un temps d'action qui se module. Il y a une mélodie, un rythme qui disent beaucoup plus que les mots. Une forme de poésie.

    Existentialisme ou essentialisme ?

    A propos du combat permanent entre l'existentialisme et l'essentialisme : Jean-Paul Sartre définit la négritude comme un concept opératoire qui a pour fin sa propre fin. La négritude ne peut pas exister au-delà du dépassement de cette condition-là, sinon, c’est l'essentialisme dans lequel tout est possible et d'abord le racisme. On est encore dans cette question sur la condition faite aux noirs dans certaines périodes de l’histoire où « l'être noir » est fondamental et ne peut être partagé par d'autres...

    En 2001, j'ai écrit un article intitulé Adieu Négritude dans Libération. Beaucoup de noirs contestaient ma position. Et Paula Jacques m'a invité dans Cosmopolitaine avec quelqu’un du CRAN (Conseil représentatif des associations noires), que j’avais connu en Guadeloupe, et qui a dit à la radio : « Je suis surpris de voir qu'Alain Foix est un noir. Je ne peux pas comprendre qu'un noir puisse écrire une chose pareille. » Un Noir ne peut écrire que des choses de noirs. C'est justement ce contre quoi se battait Martin Luther King.

    La dialectique américaine

    Malcolm X l'a compris. Il a fait un demi-tour qui lui a sans doute valu sa fin un peu rapide. En pèlerinage à La Mecque, il avait vu des musulmans de toutes les couleurs. Or, il était persuadé que la religion musulmane était la religion des noirs. Il a écrit son étonnement. Il en était bouleversé. Lors de la Marche de Selma, il s'est rapproché de Corretta - Martin ne voulait pas trop le rencontrer. Et il lui a dit : « Je ne suis pas là pour causer des ennuis à Martin, mais pour dire que si l'Amérique blanche ne veut pas entendre la voix du bon Martin Luther King, il devront entendre parler de nos révolvers ». Ce jour-là, il a posé la violence comme solution ultime si la non-violence ne marchait pas.

    Luther King avait aussi conscience de cela. Ce n'était pas un ange. Il avait une notion de la dialectique. Il savait que sa force provenait du fait que sa position évitait l'embrasement. Il était convaincu que la guerre raciale serait perdue pour les noirs. A 10 contre 1, on ne peut pas grand chose. Et si elle n'était pas perdue, c'en serait fini de l'Amérique. Le pardon ne se fait pas si facilement entre voisins qui se sont entretués. Son action non-violente visait à éviter le pire. Une position totalement humaniste, qui trouvait dans la part noire des blancs et dans la part blanche des noirs un dénominateur commun pour ce qu'il appelle l'Américain : on est Américain avant d'être noir et blanc. Partant, il a fermé la porte à toute cette mythologie « négriste » des Black Muslims qui a continué avec les Black Panthers.

    Aimer « son meilleur ennemi »

    Martin Luther King était Hégélien. Il avait une grande conscience de sa position dans l'Histoire. Son être était dans son propre dépassement. Il en faisait don parce qu'il savait que sa vérité ne pourrait aboutir qu'après sa mort. Il était totalement chrétien, ce qui le relie fortement à Gandhi. Il disait : « La justice se tient debout aux côtés de l'amour ». Une notion platonicienne de l'amour. Les Grecs avaient trois mots pour l'amour : Philia, Eros et Agapè. Et il parlait d'Agapè. Cet amour ne dépend pas d'un intérêt particulier. C’est l'amour de l'autre en tant qu'autre moi. Dieu est dans l'autre autant qu'il est en moi. Puisque Dieu aime l'autre, Dieu m'aime. Il nous unit en tant qu'êtres humains.

    Cette notion permet de dépasser l'opposition factice entre noirs et blancs et comprendre qu'on peut aimer, comme il dit, « son meilleur ennemi », une personne avec laquelle on devra composer une fois le combat terminé. On ne peut pas aller jusqu'à la mort de l'autre car il faudra reconstruire. Il y a un dépassement nécessaire de l'Histoire pour recréer autre chose, dépasser la notion de race. Ce n'est pas la race qui crée le racisme, c'est le racisme qui crée la race. Ainsi dit, il positionne la race comme une notion artificielle construite par le colon blanc. Le mot race au 16e siècle signifiait différence de condition. On parlait de race noble, de race paysanne, pas de couleur de peau. Comprendre l'humain plutôt que la race.

    Un système qui développe le racisme

    En fait, je pense qu'il a rejoint Marx. Il y a eu deux Martin Luther King. Celui qui se battait contre les lois de la ségrégation raciale dans le Sud avec des outils politiques et économiques, mais sur la question du droit. Et celui qui a découvert, lorsqu'il est monté dans le grand ghetto du Nord où la loi n’existait pas, que la ségrégation économique et sociale s'appliquait de fait. Cette analyse n'était pas loin du marxisme.

    Il a découvert un système clos qui enfermait le noir dans sa condition. Et le racisme antisémite des noirs, qu'il ne connaissait pas du tout dans le Sud où les juifs venaient se faire tuer pour la cause des noirs. Il l'a expliqué par le système propre au ghetto où les commerçants juifs usaient et abusaient de leur position de monopole, ce qui faisait que les noirs les désignaient comme exploiteurs. Il disait que ce système était fait pour créer et développer le racisme, et que le problème était plus largement économique et social que simplement éthique. C'est pourquoi il a pris fait et cause contre la guerre du Vietnam, qui empêchait le combat des noirs pour l'égalité. Son discours frisait le marxisme et il est devenu très dangereux pour le pouvoir américain avec sa fameuse « Marche des pauvres gens » qui devait avoir lieu juste après sa mort.

    La banalisation du noir

    J'entends beaucoup, et cela vient souvent des noirs : « Barack Obama, c'est un pourri » ! Mais justement, c'est cela qui est formidable. Il est noir américain et « aussi pourri que les autres », comme ils disent, c'est à dire qu'il n'est pas meilleur. A la limite, pour prendre les choses à contre pied, pourquoi faudrait-il qu'il soit forcément meilleur parce qu'il est noir ? Au contraire, ce qui est magnifique, c'est que ce rêve de Martin Luther King s'est quand même en partie réalisé : la banalisation du noir. Et je suis très content que ce monsieur-là soit président des Etats-Unis.


    Martin Luther King. Biographie. Alain Foix. Paris, Folio biographies Gallimard, 2012. 320 pages. 8,20 euros. Consultez le premier chapitre de l'ouvrage.

    * Comme dans l’édition de sa biographie chez Gallimard, nous avons adopté le parti de l’auteur pour cet article. Alain Foix écrit « blanc » ou « noir » sans capitale initiale (à l’encontre de la convention).

     

     

     

    Sur le même sujet
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.