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    Amériques

    Marie-Michèle : l'exil en catastrophe

    media «L'Union fait la Force», Marie-Michèle a fait sienne la devise du drapeau haïtien. Christophe Carmarans/RFI

    Réfugiée politique avec toute sa famille après l’assassinat de son frère journaliste en Haïti au mois de décembre 2011, Marie-Michèle vit son exil forcé en France comme une chance qu’elle n’a pas provoquée.

    La vie de Marie-Michèle, et celle de toute sa famille, a précisément basculé le 3 décembre 2001, jour où son frère, le journaliste de radio Brignol Lindor (v. photo ci-dessous), était sauvagement assassiné par sept membres de la milice armée Domi nan Bwa dans un quartier de Petit-Goâve, ville haïtienne de 150 000 habitants située à un peu moins de 70 km de Port-au-Prince, la capitale. Animateur, entre autres, d’une émission politique hebdomadaire sur Radio Echo 2000, Brignol Lindor pratiquait l’alternance sur les ondes, donnant la parole à la majorité comme à l’opposition, une liberté de parole qui n’avait malheureusement plus vraiment cours dans l’île, depuis le retour au pouvoir de Jean-Bertrand Aristide, destitué plus tard en 2004.

    « On a quitté Haïti sans vraiment l’avoir voulu »

    « Tous les jeudis, Brignol invitait les partis opposants. Et la semaine suivante, les représentants du parti au pouvoir », se souvient Marie-Michèle qui n’avait que 14 ans à l’époque du drame. « Forcément, reprend-elle, les opposants avaient beaucoup plus de choses à dire et on en a voulu à mon frère pour ça. C’était pourtant une émission équilibrée ». L’enquête va être bâclée dans un premier temps et il apparaît très vite que Marie-Michelle, son père, ses trois frères et ses deux sœurs, ne sont plus en sécurité à Petit-Goâve, ni même en Haïti, où ils veulent pourtant coûte que coûte faire éclater la vérité et traîner les coupables du meurtre devant la justice.

    « Nous n’avons pas décidé nous-mêmes de notre départ », rappelle Marie-Michèle. « Mais, comme on réclamait justice, il y avait des manifestations partout et le pays était pratiquement bloqué ». Au mois d’avril 2002, c’est donc le départ pour la France, exil rendu possible grâce à des ONG et en particulier grâce à Reporters sans frontières qui estime qu’il est plus prudent pour la famille Lindor de quitter Haïti. Evidemment, l’arrivée à Paris est brutale, même après l’obtention du statut de réfugiés politiques.

    Au début, tous logent dans un petit hôtel du XIe arrondissement grâce à l’association France Terre d’Asile et à la Croix-Rouge qui les prennent en charge. « C’était quand même assez violent », admet Marie-Michèle. Elle avait certes toujours rêvé de venir en France, mais pas dans des circonstances aussi dramatiques ni de façon aussi précipitée. « Déjà, on avait quitté Haïti sans vraiment l’avoir voulu. Et puis, au début, on ne comprenait pas grand-chose du système. C’était même un calvaire ! On ne connaissait personne et les choses les plus simples, comme se déplacer dans les transports en commun, étaient vraiment très compliquées pour nous ».

    Benjamine de la fratrie, Marie-Michèle le reconnaît volontiers : c’est elle qui va pourtant le moins souffrir du dépaysement, en grande partie grâce à l’école publique, cette grande intégratrice. Evidemment, les premiers mois sont les plus difficiles au collège de la rue de la Fontaine-au-Roi. « On se moquait beaucoup de mon accent car la prononciation n’est pas la même entre Haïti et la France. La première dictée que j’ai faite, c’était catastrophique ! » sourit-elle aujourd’hui. Passé l’isolement du début, la collégienne se lie assez vite avec des Antillais du quartier puis avec des Parisiens. A ce jour, Marie-Michèle dit n’avoir jamais eu à souffrir du racisme.

    « Je n’ai pas reconnu ma maison »

    De mieux en mieux adaptée à la vie parisienne, elle a redoublé sa troisième, s’y est prise à deux fois pour obtenir le bac mais c’est du premier coup qu’elle a passé un BTS de commerce qui lui assure désormais son indépendance et lui ouvre des perspectives. Pourtant, l’exil lui pèse encore. Et la situation d’Haïti la désole. « Je n’y suis retournée qu’une fois, en décembre 2011, pour commémorer les dix ans de l’assassinat de mon frère », se souvient-elle. « J’étais effondrée de voir dans quel état se trouvait le pays après le séisme de janvier 2010 (1). Pendant deux jours, je ne comprenais plus rien. Le quartier où j’habitais était méconnaissable, notre maison était complètement aplatie. Sur le coup, je ne l’ai même pas reconnue ».

    Ce séjour avait aussi un autre but : relancer le dossier sur l’assassinat de son frère. Des sept individus inculpés du meurtre à coups de hache et de pierres, seulement deux ont séjourné derrière les barreaux, les cinq autres étant condamnés par contumace en janvier 2008. Comble de l’ironie, les deux condamnés à perpétuité ont profité, comme bien d’autres, du tremblement de terre de janvier 2010 pour s’évader de leur prison et sont toujours dans la nature à l’heure actuelle. Ces criminels en liberté font toujours planer le danger sur un éventuel retour de la famille Lindor en Haïti.

    A la question de savoir comment elle se projette dans l’avenir, Marie-Michelle répond par un très long silence, avant d’avouer : « je me sens bien en France, je suis stable. Si je retourne là-bas, je ne serai pas complètement en sécurité ». Quand on lui demande de se définir en tant que personne, les mots viennent plus facilement : « je me sens comme une jeune Haïtienne réfugiée qui a été accueillie par les Français et pour qui ça s’est bien passé ». Au fond d’elle-même pourtant, elle a cette envie de revenir en Haïti. Parce que les 364 jours de soleil par an lui manquent bien entendu, mais aussi parce qu’elle veut se rendre utile.

    « A la télé, on ne montre que les bidonvilles »

    « A la télé, quand ils parlent d’Haïti, regrette-t-elle, ils passent surtout des choses dégradantes. Mais il n’y a pas que ça en Haïti. Il y aussi des bonnes choses … mais on ne nous montre que les bidonvilles !». Sa fierté récente, c’est l’élection de Dany Laferrière à l’Académie Française. L’écrivain haïtien, québécois d’adoption, est né à Port-au-Prince mais il a, lui aussi, grandi à Petit-Goâve. « J’avais lu pratiquement tous ses romans. Alors, quand il a été élu, j’étais vraiment très contente ! », se réjouit celle qui avait dévoré L’Enigme du Retour. « C’est non seulement une fierté pour tous les Haïtiens, mais encore plus pour nous qui sommes Petit-Goâviens ! »

    En attendant de savoir quel tour prendra sa vie, Marie-Michèle, 27 ans au mois d’août, entend pousser un peu plus loin ses études même si elle est actuellement en CDI  (contrat à durée indéterminée, NDLR) en tant que manageuse assistante dans une PME du secteur de l’alimentation. Elle s’active également au sein de l’Association haïtienne de France pour le développement des jeunes défavorisés d’Haïti (AHFDJDHA). « Ca me prend du temps mais c’est quelque chose que j’aime faire, insiste-t-elle. On m’a aidée quand je suis arrivée et, pour moi, c’est tout à fait naturel d’aider aussi ces personnes-là. Je rends ce qu’on m’a donné ». Des paroles qui sont autant celles du cœur que celles de la raison.

    (1) un tremblement de terre de magnitude 7,0 sur l’échelle de Richter a ravagé Port-au-Prince et ses environ le 12 janvier 2010, faisant 220 000 morts, 300 000 blessés et laissant 1,5 million de personnes sans-abri.


    Notre dossier complet : Femmes d'ici, femmes d'ailleurs: paroles d'exilées

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