GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Dimanche 17 Septembre
Lundi 18 Septembre
Mardi 19 Septembre
Mercredi 20 Septembre
Aujourd'hui
Vendredi 22 Septembre
Samedi 23 Septembre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Dernières infos
    Amériques

    Témoignage: les dérives de l'isolement carcéral aux Etats-Unis

    media L'ex-Black Panther Robert King a passé 31 ans en prison dont 29 à l'isolement de manière abusive. ©Amnesty International/France

    Amnesty International publie ce mardi son rapport sur la torture dans le monde et lance une campagne pour dénoncer des pratiques qui se sont poursuivies dans plus de 140 pays au cours des cinq dernières années. L'ex-Black Panther Robert King témoigne des 29 ans qu'il a passé à l'isolement dans une prison des Etats-Unis, l'une des formes de torture dénoncées par Amnesty.

    La détention à l’isolement est pratiquée dans les prisons de haute sécurité aux Etats-Unis. Robert King, 71 ans, a lui-même passé près de 30 ans dans la tristement célèbre prison d’Angola en Louisiane. Soutenu par Amnesty International, il était à Paris pour le lancement de la campagne « Stop Torture ».

    Robert King, 29 ans à l’isolement

    Robert King fait partie des trois détenus de la prison d’Angola, en Louisiane, tous membres des Black Panthers, qui luttaient contre la ségrégation et les conditions carcérales, et ont été accusés sans preuve du meurtre d’un gardien. « J’ai été arrêté, puis innocenté pour un crime que je n’avais pas commis. Mais j’ai passé 31 ans en prison dont 29 à l’isolement. J’ai été libéré en février 2001 et, depuis, je voyage dans le pays et à travers le monde pour dénoncer la détention à l’isolement », explique Robert King.

    La prison d’Angola, surnommée « l’Alcatraz du Sud », fut autrefois une plantation où travaillaient des esclaves d’origine angolaise. Construite sur un espace de 73 hectares bordé par le Mississipi et des marécages infestés de crocodiles, entourée d’épais barbelés, elle est considérée aujourd’hui comme l’une des pires du pays, avec Pelican Bay en Californie. 76 % des détenus sont des Noirs. Les prisonniers sont utilisés comme main d’œuvre pour travailler à la production et dans les champs. « Je dirais que la prison est presque pire que l’esclavage, martèle Robert King, car vous pouvez vous enfuir en tant qu’esclave, alors que c’est très difficile de s’enfuir d’une prison comme Angola. »

    L’isolement carcéral pour « rééduquer »

    L’emprisonnement en isolement a été expérimenté aux Etats-Unis dans les années 1800 pour « rééduquer » les prisonniers les plus violents, et les faire rentrer « dans le droit chemin ». Les détenus étaient alors jetés dans des trous, des cachots immondes. Mais ce système a été abandonné, car l’administration pénitentiaire a réalisé que les prisonniers ne changeaient pas, bien au contraire : ils devenaient encore plus violents.

    Bloc 14 de l'ancien pénitentier d'Etat de Philadelphie ouvert en 1829 avec le système "d'isolement avec travail", Pennsylvanie, le 30 avril 2014. REUTERS/Mark Makela

    Pourtant, dans les années 1980, l’isolement a de nouveau été mis en place pour contrer la violence dans les lieux de détention, et comme forme de punition. L’administration pénitentiaire a équipé des ailes entières de bâtiments dédiés à ce type de cellules : ce sont les « supermax », les prisons de sécurité maximale. Aujourd’hui, les Etats-Unis comptent plus de prisonniers à l’isolement qu’aucun autre pays occidental.

    Des cellules aseptisées, d’un seul bloc, déshumanisées

    Les cellules sont d’un seul bloc, sans meubles, avec sanitaire et douche intégrés, totalement aseptisées, avec lumière artificielle, où la privation sensorielle du temps et de l’espace s’exerce de façon continue. Des cellules minuscules, comme le décrit Robert King. « C’est une cellule de deux mètres sur trois, avec sanitaires, on y reste 23 heures sur 24, ou plus. Dès qu’on se déplace on doit être enchaînés, menottés. Parfois on vous autorise des livres. Les visiteurs, les avocats, les amis, la famille, nos enfants doivent nous voir toujours menottés et enchaînés. Certains reçoivent des visiteurs, mais à l’extérieur les gens perdent espoir de revoir un jour leur proche en liberté, ils espacent les visites, les prisonniers deviennent un poids économique, et les visites finissent par s’arrêter. »

    L’impact psychologique de l’isolement carcéral : des automutilations fréquentes

    Amnesty International considère que l’isolement carcéral infligé pendant des années constitue une torture physique et morale. Pour le rapporteur spécial des Nations Unies contre la torture, Juan Mendez, qui a présenté en 2011 un rapport sur cette question et qui a fustigé son utilisation à Pelican Bay en août 2013, la détention à l’isolement peut être considérée comme une forme de torture, un traitement cruel, inhumain et dégradant et doit être abolie en toute circonstance.

    Robert King a tenu dans ces conditions grâce à son innocence, dit-il. Mais beaucoup se tapent la tête contre les murs et se mutilent au bout de plusieurs semaines à l'isolement. « On voit arriver des types plutôt ouverts qui, petit à petit, se replient sur eux-mêmes. J’ai vu des types qui se sont littéralement coupé les testicules et qui les ont jetés dans le couloir. Ou ils se coupaient les veines à la gorge, aux poignets, ils tentaient de se pendre, de se suicider. Certains étaient envoyés dans les unités psychiatriques. »

    Lorsqu’on lui demande comment il a fait pour rester sain d’esprit, Robert King sourit. « A cela je réponds : "Attendez, je ne vous ai pas dit que j’étais sain d’esprit !" Sérieusement, vous ne pouvez pas tomber aussi bas dans la bouse et en ressortir sans l’odeur. L’isolement vous affecte, que ce soit visible ou non. Je m'étais habitué par exemple à ne voir qu’à de courtes distances. Aujourd’hui encore, il m’arrive de me retrouver perdu près de chez moi, car je suis parti dans la mauvaise direction... »

    Des Etats abolissent l’isolement carcéral ou le limitent

    Environ 80 000 prisonniers seraient actuellement enfermés à l’isolement aux Etats-Unis. Mais quelque chose a changé depuis cinq ans, constate Robert King. « Amnesty International dit clairement que l’isolement carcéral est un système qui déshumanise les détenus, c’est une pratique inhumaine, et les Etats-Unis ont dépassé les limites de son utilisation. On a observé quelques réussites : je suis allé trouver de nombreux députés dans plusieurs Etats. Le Maine a aboli l’isolement, je crois que le Mississipi aussi, on a de plus en plus de soutien pour dénoncer la détention à l’isolement. » Et un député de Louisiane, Cedric Richmond (Parti démocrate) vient de déposer un projet de loi, le 8 mai dernier pour en faire autant.

    C’est aussi ce que constatent plusieurs organisations américaines qui se dressent contre ces pratiques, comme l’ACLU (l'Association pour les libertés civiques) et le CCR  (Centre pour les droits constitutionnels). Plusieurs mouvements initiés par des prisonniers ont attiré l’attention des citoyens et des médias sur l’enfermement, la surpopulation carcérale, l’utilisation abusive de l’isolement, les conditions sanitaires déplorables, le manque de traitement adéquat pour les personnes souffrant de problèmes mentaux.

    « J’étais récemment à Chicago lors d’un congrès de médecins contre l’isolement carcéral. Il y avait là de nombreux médecins et de neurologues convaincus de l’impact psychologique de cette pratique, qu’il soit visible ou non », explique Robert King. L’impact sur les individus est immense, ainsi que sur la communauté lorsque les détenus sont libérés, parfois directement propulsés depuis leur cellule aseptisée, sans aucun soutien psychologique, ce qui entraine un taux de récidive important.

    Les Etats-Unis « hypocrites »

    Les mentalités commencent elles aussi à changer, constate Robert King. « Les citoyens maintiennent désormais une certaine pression sur le gouvernement, mais il faut continuer à dénoncer cette pratique qui déshumanise, et qui s’apparente à de l’esclavage ». Mais Robert King critique âprement les autorités américaines qu’il accuse  d’hypocrisie. « Le gouvernement américain dénonce des violations des droits de l’homme partout dans le monde, et en fait tout un plat, mais il ne s’intéresse pas aux violations dans son pays, et dans les prisons : il y a plus de deux millions et demi de personnes en prison, beaucoup meurent en prison, certaines sont traitées comme des esclaves. A Angola, on nous le disait, on devenait automatiquement la propriété de l’Etat. »

    Albert Woodfox, le dernier des « Angola three »

    Parmi les trois de la prison d'Angola « the Angola Three », incarcérés pour un crime qu’ils n’ont pas commis, Hermann Wallace est décédé trois jours après sa libération en octobre dernier, et Albert Woodfox est toujours enfermé. Le rapporteur spécial de l’ONU contre la torture, Juan Mendez, avait appelé en octobre dernier les autorités pénitentiaires à en finir avec l’isolement d’Albert Woodfox qu’il a qualifié de torture. Woodfox avait été transféré en 2010 au centre correctionnel David Wade, en Louisiane. Robert King espère qu’il sera libéré cette année, après 42 ans de détention, dont la plupart à l’isolement.

    → A LIRE :  Panthers in the hole, aux éditions de la Boîte à Bulles, retrace l’histoire des « Trois d’Angola » et raconte l’univers de l’isolement carcéral


    ■ L'idée de la torture se banalise dans le monde

    Genevève Garrigos, présidente d Amnesty International France, était invité sur RFI, ce mardi 13 mai. Elle revient sur le rapport, assorti d'un sondage, et juge que « la guerre contre le terrorisme à la suite du 11 septembre 2001, et toute la politique de George W. Bush et de son administration pour justifier de l'utilisation de la torture dans les politiques de sécurité, et notamment à Guantanamo, ont eu un effet désastreux au niveau de la planète. »

    L'organisation dénonce bien sûr la situation des « Etats tortionnaires », qui ont pu adopter des lois antoiterroristes leur pemettant de continuer à réprimer toute forme de contestation, mais sa présidente dénonce également « les séries télévisées, comme "24h chrono". En montrant un héros qui en une heure va se battre et torturer pour trouver une bombe, elles ont vraiment mis à mal cette interdiction totale que nous avions, depuis la seconde guerre mondiale, d'utiliser la torture. » En outre, Geneviève Garrigos estime que l'idée véhiculée est fause, puisque  cette pratique serait alors contreproductive.

    Dans une enquête dans 21 pays, concernant la perception de la torture par les citoyens, l'organisation a montré une banalisation de telles pratiques dans les esprits. « Nous constatons qu'aujourd'hui, 36% des gens estiment que dans certains cas, on peut avoir recours à la torture. Et là, on voit la régression énorme qu'il y a eu depuis 1948, où a été adoptée la déclaration universelle des droits de l'Homme. »

    Geneviève Garrigos Présidente d'Amnesty International France 13/05/2014 - par Véronique Gaymard Écouter

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.