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    Vers une suspension de la licence bancaire américaine de BNP Paribas?

    media La menace d'une amende record aux Etats-Unis pour BNP Paribas a plombé son cours en Bourse ce vendredi 30 mai. REUTERS/Charles Platiau

    La justice américaine réclame plus de 10 milliards de dollars (7 milliards d'euros) à BNP Paribas. Ce montant représente l’une des plus importantes amendes jamais infligées à une banque. C'est le non-respect par la banque française de l'embargo décidé par les Etats-Unis à l'encontre de l'Iran, du Soudan et de Cuba qui est visé dans cette affaire. Mais plus que la sanction financière, ce sont les conséquences qui pourraient être plus délicates à gérer pour la banque, à savoir une interdiction temporaire de travailler sur le sol américain. Philippe Herlin, économiste, répond aux questions de RFI.

    RFI : Tout d’abord, pouvez-vous nous rappeler ce qui est réellement reproché à BNP Paribas ?

    Philippe Herlin : Ce qu’on reproche à BNP Paribas, c’est d’avoir facilité les opérations de négoce avec des pays qui sont sur la liste noire des Etats-Unis, c’est-à-dire l’Iran, le Soudan et Cuba.

    Pas de surprise, BNP Paribas savait, elle avait provisionné des fonds en ce sens. Pas assez visiblement, on entre dans une vraie phase de négociations ?

    Là, on commence à atteindre des montants qui peuvent être un peu dangereux parce que 10 milliards de dollars, ça représente presque deux années de bénéfices et ça commence à devenir dangereux pour BNP Paribas. Même si BNP reconnaît la faute, et il y a eu faute effectivement, ces montants doivent nous étonner et nous mettre la puce à l’oreille parce qu’il faut aussi comprendre la dimension géopolitique qu'il y a derrière. On se rappelle que les Etats-Unis ont combattu le secret bancaire suisse et ont infligé de fortes amendes à UBS, à Crédit Suisse par exemple, mais il y avait aussi derrière une volonté d’éjecter ces banques-là du marché américain, en tout cas de les ramener à une position beaucoup plus faible qu’avant. On a l’impression que vis-à-vis de BNP Paribas, il y a la même volonté de réduire BNP Paribas à une petite position sur le marché américain alors que pour la banque française, c’est un axe de développement important. Il ne faut pas être naïf.

    Vous pensez que les Américains visent de plus en plus les Européens et les banques européennes ?

    Oui. On peut prendre un exemple qui sort de la banque d’ailleurs. C’est l’exemple de Peugeot, qui fabriquait des voitures en Iran. Et quand General Motors est rentré au capital de Peugeot, les Américains ont fait pression pour que Peugeot ferme ses usines en Iran et quand ensuite, l’accord a été signé entre les Etats-Unis et le président iranien et l’Europe pour faciliter les échanges économiques, les entreprises américaines se sont précipitées en Iran. Donc il faut nous, Français et Européens, arrêter d’être un peu naïfs et comprendre tout l’aspect géopolitique qu'il y a derrière les conflits juridiques qui peuvent effectivement exister entre les entreprises et les Etats. Je m’étonne que le gouvernement français et les institutions européennes ne donnent pas un peu de la voix sur ce dossier-là.

    Aujourd’hui, il y a l’ancien ministre du Commerce extérieur Pierre Lellouche qui monte au créneau, et qui estime que de telles sanctions comme cet embargo ne peuvent pas se justifier puisqu’ils ne font pas l’objet d’accords multinationaux entre les Etats-Unis et en l’occurrence la France. Ça va à l’encontre du droit international. C’est aussi votre opinion ?

    Oui, tout à fait. Et ce qui est assez étonnant, c’est que tout cela se passe alors qu’actuellement on négocie le Traité transatlantique qui, normalement, sert à créer un marché commun entre les Etats-Unis et l’Europe, c’est-à-dire un des sujets débattus pendant la campagne des européennes. Et on a l’impression que les Américains veulent faire le ménage avant d’ouvrir leur marché. Ils veulent mettre à la porte les concurrents étrangers, suisses, français et autres, qui pourraient prendre des positions importantes sur le marché américain avant d’ouvrir leur marché. Ça, il faut l’avoir à l’esprit. Et même le Traité transatlantique ne va pas forcément nous garantir contre ce genre de décisions qui sont tout à fait unilatérales. Et Pierre Lellouche a raison de le signaler.

    Les négociations visiblement sont en cours. Le montant annoncé par le Wall Street Journal est assez impressionnant, 7 milliards d’euros. Quelles vont être les conséquences pour la banque et pour ses clients ?

    Le risque, c’est qu’il y ait une suspension temporaire ou permanente de la licence bancaire de BNP Paribas aux Etats-Unis, ce qui l’empêcherait de faire des opérations sur le territoire américain, et ce serait un dommage très important pour cette banque qui a vocation à être une banque internationale, universelle, présente sur tous les continents. Ça, il faut bien y veiller et je renouvelle mon étonnement devant le manque de réaction des responsables gouvernementaux aussi bien français qu’européens. Il y a d’autres banques européennes qui sont dans les tuyaux, qui ont aussi fait des opérations. Ce qu’il faut comprendre aussi, c’est que quelqu’un qui achète du pétrole à l’Iran, on peut considérer qu’il est en tort étant donné que c’est une situation concrète. Mais une banque qui facilite le négoce, elle commet aussi une faute mais la distance, c’est quand même une opération dérivée, secondaire. Et à ce tarif-là, on peut quasiment attaquer toutes les banques européennes qui, à un moment ou à un autre, ont facilité les transactions en dollars avec un pays sur la liste noire des Etats-Unis. Il faut quand même se méfier et monter un peu la voix pour dire aux Américains de ne pas commencer à attaquer toutes les banques européennes de la même façon que BNP Paribas. J’ai l’impression que BNP Paribas était peut-être un test et que, s’il n’y a pas de réaction, il y en a d’autres qui vont passer derrière.

    Les conséquences : 7 milliards d’euros. Ça représente quoi pour BNP Paribas ?

    C’est plus d'une année de bénéfices. Ça ne remettrait pas en cause la survie de BNP Paribas, qui a des fonds propres et qui peut provisionner. Ceci dit, c’est quand même une ponction importante qui l’empêcherait de renforcer ses fonds propres alors qu’actuellement les banques européennes sont requises de le faire par les nouvelles normes bancaires Bâle 3. Ça empêcherait évidemment BNP Paribas de réaliser des investissements pour s’agrandir à travers le monde. Donc ce serait quand même un sale coup porté au développement de cette banque.

    Ce serait un coup dur aussi pour les actionnaires ?

    Oui. On voit déjà que le cours de l’action baisse. Donc, si un tel montant était confirmé, il est évident que ça ferait baisser le cours de BNP Paribas, ça l’handicaperait et surtout s’il y a une suspension temporaire ou permanente de la licence bancaire américaine, là ça pourrait avoir des conséquences quand même plus graves pour la banque. Donc il est important de réagir.

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