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    Amériques

    Les militaires violées de l'armée US photographiées par Mary Calvert

    media Tiffany Berkland et Elisha Morrow ont rejoint la Garde côtière américaine et ont été victimes d’abus sexuels de la part d’un commandant de compagnie pendant leur formation. Rongées par la culpabilité, elles regrettent de ne pas avoir parlé plus tôt. © Mary F. Calvert / Zuma Press

    L’an dernier, 26 000 viols et abus sexuels ont été commis dans l’armée des Etats-Unis. Seule une victime sur 7 signale l’agression, et sur ce nombre, seul un cas sur dix débouche sur un procès. Car si l’armée française est surnommée « la grande muette », l’armée américaine ne vaut guère mieux : les victimes sont systématiquement poussées à quitter l’armée, alors que leurs agresseurs sont peu punis, voire pas du tout. La photographe américaine Mary Calvert est allée à la rencontre de ces femmes. Ses photos sont actuellement exposées à Perpignan à Visa pour l'image.

    Une femme coupée en deux : c’est la première image à laquelle le public est confronté lors de cette exposition. Natasha Schuette est allongée sur un lit, la photo a été prise au niveau du sol : on ne voit que le bas de son corps, habillé d’un pantalon de treillis, qui pend dans le vide face à nous. Une image simple, qui indique combien cette jeune militaire a été brisée. Car si Mary Calvert n’a pu montrer les violences que ces femmes ont subies, elle a pu en photographier les conséquences : « Les symptômes des traumatismes sexuels dans l’armée, ce sont l’isolation, la paranoïa, la drogue, et au final le suicide. J’ai donc cherché des femmes qui en faisaient l’expérience, pour que ceux qui regardent les photos comprennent que c’est à ça que ça ressemble quand il y a eu une agression sexuelle, et le traumatisme de devoir en parler ensuite, et les harcèlements qui s’ensuivent… ça détruit votre vie, explique-t-elle. Beaucoup de ces femmes ont peur de quitter leurs maison, ça fait partie de la paranoïa. A San Diego, un bon nombre d’entre elles ont des chiens qui les aident à gérer le syndrome post-traumatique. Ce sont des chiens que des associations avaient commencé à entraîner pour aider les soldats qui reviennent d’Irak et d’Afghanistan à gérer le syndrome post-traumatique lié au combat. Ces chiens les apaisent et les aident à reprendre le cours de leur vie ».

    Trahison de la hiérarchie militaire

    Natasha Schuette, elle, a placé à côté de son lit un fusil, une machette, deux couteaux et deux chargeurs remplis de balles. Une paranoïa liée à l’agression sexuelle mais aussi au sentiment de trahison devant la réponse de la hiérarchie militaire. « Beaucoup de ces femmes sont exclues de l’armée pour troubles de la personnalité. En gros, on leur dit : " Ca ne vous est pas vraiment arrivé, en fait vous êtes folles. " A partir de là, elles perdent les avantages financiers auxquelles elles ont droit en tant que vétérans. Elles doivent montrer un document quand elles se présentent pour un travail, ce qui réduit leurs possibilités d’être embauchées. Même chose quand elles veulent s’inscrire à l’université. Ça les poursuit jusqu’à leur tombe, parce qu’elles ne sont pas autorisées à être enterrées dans un cimetière militaire. »

    La parole se libère petit à petit

    Face à ces discriminations, ces femmes se rencontrent, échangent. C’est un peu comme si personne ne pouvait les comprendre, à moins d’avoir vécu la même chose qu’elles. Un réseau se crée. Certaines mènent des actions. « A San Diego, ces femmes ont décidé de faire quelque chose pour attirer l’attention sur ce qui leur était arrivé, explique Mary Calvert. Elles ont écrit sur des rideaux de douche blancs le récit de leur viol, et les ont accrochés sur un pont devant la base navale de San Diego, en profitant de la nuit. C’était un moment de grande fierté pour elles. »

    Pourquoi l’armée se comporte-t-elle de cette manière avec ces femmes ? L’armée a cette culture depuis des années, selon la photographe américaine, mais la situation commence à évoluer, parce que le sujet est de plus en plus abordé dans les médias. Et les politiciens, qui sentent la pression monter, commencent à agir. « Auparavant, un commandant ne voulait pas signaler ces actes, parce que c’était une tache sur sa carrière. Mais récemment, un général a perdu une étoile, et il a dû verser de l’argent en prenant sur sa retraite, parce qu’il n’avait pas signalé une agression sexuelle. Le président Obama s’est exprimé sur ces questions. Et il y a toujours des débats au Congrès sur la manière de les traiter. Certains veulent que ce ne soit plus la hiérarchie militaire qui prononce les condamnations, mais tout le monde n’est pas d’accord. Donc il y a encore du chemin, mais ils ont bien vu qu’il y avait un problème, et les militaires prennent des mesures pour aider les victimes, et pour que justice soit faite».

    Mary Calvert travaille actuellement sur les agressions sexuelles, toujours dans l’armée américaine, mais dont les hommes sont cette fois les victimes.

    → Consultez le site de Mary Calvert
    → L'exposition de Mary Calvert, au Couvent des Minimes à Perpignan, jusqu'au 14 septembre

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