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    Amériques

    Dilma Rousseff contre Aecio Neves, «dame de fer» contre «golden boy»

    media Qui va l'emporter de Dilma Rousseff et d'Aecio Neves ? Réponse ce dimanche dans les urnes. REUTERS/Paulo Whitaker

    Au Brésil, au terme d’une campagne électorale fertile en rebondissements, Dilma Rousseff convoite un deuxième mandat de présidente face à Aecio Neves, l’ancien gouverneur du Minas Gerais. Le vote a lieu ce dimanche 26 octobre 2014; Ce sont deux personnalités diamétralement opposées qui briguent ce dimanche les faveurs de l’électorat.

    Tout, ou presque, les oppose. Hormis le fait qu'ils ont tous deux vu le jour à Belo Horizonte et qu'ils sont politiquement les héritiers de quelqu’un – l’une de l’ancien président Lula da Silva et l’autre de l’ex-gouverneur de l’État du Minas Gerais Tancredo Neves (son grand-père) –, Dilma Rousseff et Aecio Neves ne viennent pas du même milieu, n’ont pas été façonnés dans le même moule, n’ont pas mené les mêmes combats et ne sont pas, bien entendu, du même sexe, vous l’aurez remarqué. « Dame de fer » contre « golden boy », l’image reflète finalement assez bien, ne serait-ce qu’en apparence, la physionomie de ce duel pour la présidence du plus grand et plus peuplé pays d’Amérique du Sud (7e économie mondiale, 203 millions d’habitants). Duel qui rendra son verdict ce dimanche 26 octobre à l’issue du deuxième tour de scrutin.

    Dilma Rousseff, de la lutte armée au pouvoir suprême

    Dilma Rousseff à 22 ans, impassible devant le tribunal militaire de Rio de Janeiro, une photo qui a alimenté sa légende. AFP PHOTO / Fondo Ultima Hora del Archivo Publico del Estado de

    Entrée au gouvernement sous Lula, Dilma Rousseff, 66 ans, la présidente sortante, s’est toujours revendiquée du très populaire ex-chef de l’État (2003-2010), même si c’est sous l’emblème du PDT, le Parti démocratique travailliste, qu’elle a accédé à son premier mandat officiel, celui de secrétaire d’État à l’Énergie de l’État du Rio Grande do Sul, de 1991 à 1995. Mais c’est beaucoup plus à gauche qu’a débuté son engagement politique. Des convictions qu’elle a payées cher, et dans sa chair, quand le Brésil était encore sous la coupe d’un régime dictatorial qui s’étira sur deux décennies, de 1964 à 1985. A priori, rien ne prédisposait pourtant cette sage jeune fille de la classe moyenne à devenir une passionaria de la lutte armée, puis un véritable animal politique.

    Fille d’une enseignante et d’un immigré bulgare qui fit carrière dans l’acier comme cadre à l’antenne brésilienne de la firme allemande Mannesmann, Dilma - qui se rêva un temps danseuse classique - a reçu une éducation bourgeoise avec cours de français et leçons de piano. Avide de lecture, elle dévore Proust et s’émancipe avec Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, deux phares de la culture de gauche au rayonnement planétaire dans les années 1950-60. Elle n’a pas encore 17 ans quand les militaires s’emparent du pouvoir. Pour elle, ce sera l’âge des révoltes et des engagements forts. L’étincelle définitive viendra encore d’un livre français : Révolution dans la révolution, manuel théorique de guérilla signé Régis Debray qu’elle découvre sur le campus de l’université de Belo Horizonte en 1968.

    Aecio Neves jugé « trop agressif » par les femmes
    Stéphane Monclaire Politologue 24/10/2014 - par Achim Lippold Écouter

    Déjà inscrite au PO, un parti trotskiste dont elle va devenir d’une des leaders, elle a alors pour modèles l’anarchiste russe Emma Goldman et l’activiste américaine Angela Davis. Devenue « Dilma la rebelle », elle échappe aux arrestations qui se multiplient dans le mouvement étudiant et entre en clandestinité. Sa cavale durera près de deux ans, avant son arrestation en janvier 1970. Estampillée « papesse de la subversion » par le gouvernement, elle est soumise à la torture mais ne lâche aucun nom, preuve d’une force de caractère hors du commun. Exhumée lors de la campagne 2010, une photo d’elle, jeune, impassible, et défiant du regard les juges du tribunal militaire de Rio de Janeiro, atteste de cette détermination.

    Condamnée à six ans de prison, elle en purgera trois. À sa sortie, elle divorce presque aussitôt de Claudio, son premier mari, pour épouser Carlos Araujo, rencontré durant sa clandestinité et avec lequel elle aura une fille, Paula, mais dont elle divorcera aussi, plus tard. Une fois le Brésil sorti de la dictature, Dilma Rousseff va progressivement faire sa place sur l’échiquier politique en participant à la création du PDT auprès de Leonel Brizola, futur gouverneur de l’État de Rio de Janeiro. Elle quittera finalement le parti en 2000 pour rejoindre le PT où elle va être remarquée par Lula, impressionné par son sérieux et sa capacité de travail.

    L’été pourri de 2013

    Dilma Rousseff a pu s'appuyer sur le soutien d'un Lula resté extrêmement populaire. REUTERS/Paulo Whitaker

    Promue ministre de l’Énergie, elle réussit à réorganiser un secteur jusqu’alors défaillant dans pays encore soumis, avant elle, à de fréquentes coupures d’électricité. À la faveur d’un scandale de corruption qui éclabousse le chef de cabinet de Lula, Jose Dirceu, elle accède en 2005 à ce poste prestigieux et stratégique qui équivaut à celui de Premier ministre, devenant du même coup la mieux placée pour briguer la succession du populaire « président des pauvres ». Son avenir semble, dès lors, tracé et rien, pas même un cancer du système lymphatique dont elle triomphe en 2009, ne va l’empêcher d’accéder au pouvoir suprême. Soutenue par Lula, elle remporte haut la main l’élection de 2010 avec un score de 46,91% au 1er tour, et de 56,05% au 2e tour face au conservateur José Serra, gouverneur de l’État de Sao Paulo.

    Dans un Brésil qui commence à s’essouffler sur le plan économique, l’état de grâce va quand même se prolonger jusqu’aux deux tiers de son mandat, avec un pic d’opinions favorables à 65%, fin mars 2013. Cette popularité va néanmoins se heurter frontalement à trois murs successifs qui vont précipiter une spectaculaire dégringolade : le scandale de corruption la mêlant, elle et une partie de son gouvernement, au géant des hydrocarbures Petrobras ; les mauvais résultats économiques avec une croissance passant de à 7,5% en 2010 à 0,4% en 2014 ; et enfin l’inattendue fronde sociale de juin 2013 qui voit des centaines de milliers de manifestants descendre dans les rues de Rio et de Sao Paulo. En l’espace de trois mois, la cote de la présidente a chuté sous les 30% d’opinions favorables, mettant du même coup en péril, à un an du terme, une réélection jusqu’alors pratiquement acquise.

    Malgré tous ces vents contraires, la « dame de fer » va faire face. Conspuée lors du match inaugural Brésil-Croatie de la Coupe du monde de football 2014, elle n’admet jamais son implication dans le scandale Petrobras et va s’employer, durant toute sa campagne, à convaincre qu’elle va maintenir les programmes sociaux comme Bolsa Familia et Minha casa, minha vida qui ont fait le succès de la politique d’un PT au pouvoir depuis maintenant douze ans et qui a permis à 40 millions de Brésiliens de sortir de la pauvreté. Seule véritable concession : la promesse de changer de ministre des Finances ajoutée à l’engagement devenu nécessaire de réformer un système politique où pas moins de 28 partis différents siègent au Parlement. Même si elle a fait un score inférieur de 6 points à celui de 2010 au 1er tour il y a deux semaines, les derniers sondages donnaient Dilma Rousseff vainqueur dimanche face à son concurrent Aecio Neves, au terme de la campagne d’une rare violence verbale.

    Aecio Neves, la certitude d’un destin

    Aecio Neves et Leticia Neves, sa deuxième épouse de vingt ans sa cadette, qui lui a donné des jumeaux en juin dernier. REUTERS/Washington Alves

    Présent au 2e tour, ce qui n’était pas acquis d’avance - on va le voir -, Aecio Neves pourrait lui aussi se targuer d’être l’héritier direct d’un président du Brésil, à ce détail près que son grand-père, Tancredo Neves, qui aurait dû être le premier chef de l’État de l’après-dictature, tomba malade la veille de son investiture pour finalement décéder cinq semaines plus tard, laissant du coup les rênes du pouvoir à son vice-président, José Sarney, en avril 1985. Contrairement à sa rivale Dilma Rousseff, Aecio - prénom qui se réfère à Aetios, le petit-fils de Poséidon dans la mythologie grecque - est issu de l’élite du Minas Gerais, un État grand comme la France et peuplé de 20 millions d’habitants dont il fut le gouverneur, à l’instar de son grand-père.

    C’est cependant à Rio de Janeiro, où Aecio Ferreira da Cunha, son père (qui sera lui-même député de l’Arena puis du PSDB), s’installe au début des années 1970, que le jeune homme de bonne famille passe son adolescence, une jeunesse dorée durant laquelle il peaufine son look de « playboy » avec toutes les frasques qui vont de pair, entre Leblon et Ipanema. Cette image de « golden boy », qu’il cultiva un temps (motos, surf et jolies filles), lui colle encore aux basques et Dilma Rousseff ne s’est pas gênée pour la lui renvoyer en pleine figure lors d’un duel télévisé lors duquel elle lui rappela qu’il avait refusé de se soumettre à un éthylotest en 2011, sous-entendant même quelle avait face à elle un « alcoolique » et un « drogué », symbole d’une campagne où les coups bas n’ont pas manqué.

    Un dernier débat musclé mais sans véritable vainqueur 25/10/2014 - par RFI Écouter

    Bien loin des geôles où a croupi son adversaire au même âge, à 21 ans, « Aecinho » goûte une première fois à la politique en direct lors de la campagne pour le poste de gouverneur menée par son grand-père en 1981 dans le fief familial du Minas Gerais. Ses réels débuts n’ont lieu que cinq ans plus tard mais le coup d’essai s’avère un coup de maître. Usant à la fois de son nom et des divisions locales, il est élu député à l’âge de 26 ans en 1986, sous les couleurs du Parti social-démocrate (PSDB), un poste qu’il conservera à trois reprises en dépit d’un certain dilettantisme. « Les fins de semaine, c’est simple, il n’y avait pas moyen de le joindre », confiait récemment au Monde un élu local l’ayant fréquenté à l’époque.

    En chemin, il se découvre quand même des ambitions nationales et actionne le deuxième étage de la fusée, briguant en 2003 le poste de gouverneur du Minas Gerais. Comme pour la députation, Aecio Neves met dans le mille à la première tentative et se retrouve donc à la tête du deuxième bassin électoral du pays et d’une région prospère, qui connaît les mêmes bonnes fortunes économiques qu’une grande partie du Brésil de l'ère Lula. Il y cultive avec aisance une image d’homme politique moderne, habile communiquant, favorable à l’entreprise et pourfendeur des déficits publics. Mais il doit cependant remettre à plus tard ses rêves de présidence et s’effacer en 2006 devant Geraldo Alckmin, puis en 2010 devant José Serra, deux candidats PSDB issus de Sao Paulo, l’État le plus riche et le plus peuplé du Brésil.

    Un trou d’air dans la campagne

    Aecio Neves (g.) et Dilma Rousseff lors du débat télévisé du vendredi 24 octobre au Brésil. REUTERS/Ricardo Moraes

    Ses regrets seront toutefois vite ravalés. Car qu’aurait-il bien pu faire face à Lula 1 ? Ou pire, face à Lula 2 ? Enfin investi par le PSDB, il aborde la campagne 2014 raisonnablement confiant dans ses chances mais un événement imprévu survient au cœur de l’été pour bousculer ses certitudes. Crédité de 10% des intentions de vote, le candidat du Parti socialiste (PSB) Eduardo Campos périt dans un accident d’avion le 13 août. Une semaine plus tard, le PSB désigne Marina Silva pour remplacer le défunt. Et cette ancienne ministre de l’Environnement de Lula va se révéler une adversaire beaucoup plus coriace que prévu.

    Quelques jours à peine après son investiture, celle qui était la candidate des Verts en 2010 (19%) est en effet créditée de 33% des intentions de vote au 1er tour. Elle est même donnée gagnante face à Dilma Rousseff en cas de duel de femmes au 2e tour, des chiffres qui portent un rude coup à la campagne du candidat Neves. Fort heureusement pour lui, Marina Silva va commettre plusieurs bourdes et voir son étoile progressivement pâlir pour finalement se trouver largement distancée le jour du scrutin, il y a deux semaines : 21,32% des voix contre 33,55% pour Neves et 41,59% pour Dilma Rousseff.

    Avec ce score, 10% de plus que ce qu’annonçaient un temps les sondages, et le soutien d’une grande partie des candidats éliminés, dont celui non négligeable de Marina Silva, Aecio Neves n’a jamais été aussi près de l’investiture suprême. Malgré des accusations de népotisme proférées par le camp d’en face (plusieurs membres de sa famille occupent des postes bien placés au Minas Gerais) et une sombre histoire d’aéroport construit dans son bastion moyennant des rétrocommissions, il se pose en candidat du changement dans un pays où certains sont lassés après douze ans de PT au pouvoir.

    Soutenu par les milieux d’affaires, il prône un changement structurel de l’économie, la réduction des déficits publics et un rapprochement avec les États-Unis, puissant voisin du nord avec lequel le Brésil est en froid depuis les révélations sur les écoutes de la NSA. Jouant carte sur table, il a même annoncé que son ministre des Finances serait Arminio Fraga, ancien directeur de la Banque centrale du Brésil sous la présidence Fernando Henrique Cardoso (1995-2003), un économiste réputé pour user de la flexibilité du taux de change et réduire l’inflation. Prudent, il a quand même promis de ne pas revenir sur les programmes sociaux mis en place par Lula et prolongés par Dilma. Alors, le dernier étage de la fusée Neves atteindra-t-il son but ? À 24 heures du verdict, les sondages en doutaient, donnant Dilma Rousseff gagnante avec 6 points d’avance, signe que le changement n’est peut-être pas encore pour maintenant dans un pays à la recherche d’un second souffle.

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