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    Amériques

    Mexique: disparus d’Iguala, un camouflet politique pour le président Peña Nieto

    media A Iguala, assis sur des chaises où sont accrochés des photos des 43 étudiants disparus, des habitants regardent à l'écran le président Enrique Peña Nieto, le 9 novembre 2014. REUTERS/Henry Romero

    L'affaire des 43 étudiants disparus au Mexique prend une tournure politique. Le président Enrique Peña Nieto a pourtant quitté son pays pour un déplacement en Chine et en Australie, sous le feu des critiques des familles incrédules qui continuent d'exiger la vérité sur leurs enfants disparus. Et ceci malgré l'assurance du procureur qui a annoncé vendredi l'arrestation de trois suspects qui auraient avoué avoir tué les étudiants, brûlé les corps et dispersé leurs restes dans une rivière. Ce lundi, des manifestants ont bloqué l'accès de l'aéroport international d'Acapulco. 

    Chronologie de la disparition des étudiants à Iguala

    Tout a commencé le 26 septembre à Iguala. Des étudiants de l'école normale rurale d'Ayotzinapa s'étaient réunis pour lever des fonds pour se rendre à Mexico commémorer le massacre de Tlatelolco 40 ans auparavant, le 2 octobre 1968. Attaqués par la police municipale qui a tiré à balles réelles, six sont tués, 57 disparaissent. Quelques jours après, 14 réapparaissent en vie, mais 43 sont toujours portés disparus. Une complicité est établie entre les policiers municipaux et le groupe criminel Guerreros Unidos qui contrôle le trafic de drogue dans la région. Des collusions entre le maire d'Iguala, sa femme et Guerreros Unidos sont mises au jour, le couple prend la fuite et ne sera arrêté à Mexico que mardi dernier (4 novembre). Le 6 octobre, le président mexicain confie l'enquête au procureur général. Des policiers municipaux et des membres du groupe criminel sont arrêtés. Des fosses clandestines sont découvertes, mais aucune trace des 43 étudiants d'Ayotzinapa. Jusqu'à ce vendredi, lorsque le procureur a assuré que trois membres du groupe criminel ont avoué avoir mis le feu et dispersé les restes des étudiants dans une rivière. L'affaire serait donc élucidée, selon lui.

    Les parents des étudiants disparus accusent les autorités de vouloir bâcler cette affaire bien encombrante

    Après les révélations du procureur, la colère des parents des étudiants disparus et de milliers de citoyens mexicains est montée ce week-end. Dimanche, un petit groupe de manifestants s'en est pris au palais présidentiel à Mexico, à coup de cocktails Molotov. Du côté de Chilpancingo, dans l'Etat de Guerrero, les étudiants ont incendié des dizaines de véhicules et coupé la circulation sur l'autoroute du soleil qui relie Mexico à Acapulco, comme ils le font depuis plus d'un mois.

    Le président Peña Nieto en route pour Pékin a condamné ces débordements lors d'une escale en Alaska. « La douleur et l’indignation face aux conclusions du procureur ne doivent pas justifier des actes de violence et de provocation », a-t-il déclaré. Ce lundi, des parents d'étudiants disparus et des enseignants entamaient une marche en direction d'Acapulco. Car pour les familles, il n'y pas de preuves de la mort de leurs enfants. Elles accusent les autorités de vouloir se débarrasser de cette affaire bien encombrante et refermer le dossier.

    Certains se demandent pourquoi le procureur prend pour argent comptant les aveux des trois hommes qui assurent avoir brûlé les 43 étudiants, et les offrent aux médias comme unique vérité. Lors des recherches effectuées autour d'Iguala, les enquêteurs ont trouvé plusieurs fosses clandestines avec des cadavres et des restes humains. Ce ne sont pas ceux des étudiants, mais alors qui sont-ils ? s'interrogent de nombreux citoyens et organisations de droits de l'homme.

    Le cas d’Iguala prend une tournure politique et révèle une crise de confiance des Mexicains dans leurs dirigeants

    La disparition des 43 étudiants a été la goutte qui a fait déborder le vase. Dans l'Etat du Guerrero en proie aux violences depuis des décennies, mais aussi dans le pays tout entier, c'est la question de la mauvaise gouvernance et des liens entre partis politiques, crime organisé, trafic de drogue et corruption que les citoyens mexicains rejettent en masse. Lorsqu'il a été élu en 2012, Enrique Peña Nieto, membre du PRI, le Parti révolutionnaire institutionnel, s'était targué d'être un fervent combattant contre la corruption. Mais, c'est toute la classe politique qui est visée. Le maire d'Iguala était du PRD, parti qui n'a pas décelé son train de vie pourtant surprenant. Sans oublier l'armée et la police fédérale, toutes deux accusées de collusion avec les groupes criminels. Les Mexicains disent stop et veulent maintenant que les politiques prennent leurs responsabilités. Le président Peña Nieto devra répondre devant ses citoyens à son retour de Chine et du G20 en Australie. 

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