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    Amériques

    Mexique: Enrique Peña Nieto face au ras-le-bol de ses citoyens

    media Au Mexique, la caravane des parents des 43 étudiants disparus fin septembre à Iguala arrive ce jeudi 20 novembre dans la capitale. REUTERS/Henry Romero

    C’est ce jeudi que doit arriver à Mexico la caravane des parents mobilisés sur le sort des 43 étudiants disparus le 26 septembre dernier à Iguala au Mexique. Partis le 12 novembre d’Ayotzinapa dans l’Etat du Guerrero, ils ont parcouru en bus plusieurs Etats et entendent peser sur le président mexicain, qu’ils accusent d’incompétence et de mensonge, et dont ils réclament le départ.

    Plusieurs bus ont parcouru les Etats mexicains les plus touchés par la violence, pour sensibiliser la population à la situation que vit le pays. Une situation à laquelle personne n’a fait face jusqu’à présent, explique Omar García, l’un des leaders étudiants de l’école normale d’Ayotzinapa (dont 43 étudiants ont disparu le 26 septembre dernier), qui fait partie de la caravane : « C’est le problème de l’insécurité, de la corruption, de l’impunité, des liens entre les politiques au pouvoir et les narcotrafiquants. L’opinion publique internationale sait bien que ce n’est pas un problème local : c’est un problème national qui a été occulté pendant trop longtemps, alors qu’on prétendait donner l’image d’un pays en paix. Or c’est un problème que nous tous, les Mexicains, nous vivons au quotidien, mais qu’on n’osait pas dénoncer. »

    Les Mexicains ne croient plus en leurs gouvernants locaux accusés de corruption et de collusion avec les groupes criminels liés au trafic de drogue, une situation qui a atteint les institutions et le pouvoir fédéral. Les manifestants réclament le départ du président Peña Nieto, mais la crise de confiance s’étend à tout le système politique du pays.

    Une crise politique majeure

    C’est sans doute la crise politique majeure depuis l’élection d’Enrique Peña Nieto en 2012. Lors de sa campagne électorale, il avait pourtant promis de lutter contre tout ce que dénonce Omar García. Mais la population n’a plus de patience et ne croit plus ses promesses, celles de son parti, le puissant Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), ni celles d’aucun autre parti politique d’ailleurs. Même les partis de gauche sont discrédités, notamment le Parti de la révolution démocratique (PRD) qui avait promu l’élection du maire d’Iguala, José Luis Abarca, arrêté avec sa femme le 4 novembre car soupçonné d’être l’auteur intellectuel de l’attaque contre les étudiants et de leur disparition, et proche du groupe criminel Guerreros Unidos à qui la police municipale aurait remis les jeunes normaliens. Depuis le drame, des manifestations se sont succédé pour exiger la vérité sur le sort des étudiants, qui auraient été tués et carbonisés, selon le procureur général qui se base sur les aveux de trois suspects de Guerreros Unidos arrêtés mi octobre.

    Selon Alain Musset, spécialiste du Mexique et de l’Amérique latine, ces manifestations qui continuent depuis deux mois constituent peut-être un tournant dans l’histoire politique contemporaine du Mexique. « Il y a toujours eu des mouvements d’opposition forts au Mexique, certains réprimés violemment comme les étudiants en 1968 [à Tlatelolco], avec des centaines et peut-être même des milliers de tués. Il y a eu des mouvements de guérilla, et encore au Chiapas le mouvement des néo-zapatistes. Il y a donc une continuité, rappelle-t-il. Depuis la guerre lancée en 2006 par le président Felipe Calderón contre le narcotrafic qui a fait plus de 80 000 morts, les gens en ont assez de cette corruption permanente, et de cette violence qui ne fait que s’exacerber. Il y a sans doute actuellement un mouvement qui dépasse celui des étudiants pour s’intégrer complètement à la société civile, avec un risque de déstabilisation très fort pour le pays. »

    Peña Nieto prévient contre toute tentative de déstabilisation

    Certaines manifestations ont été marquées par des actes de violence et de vandalisme, notamment dans l’Etat du Guerrero où le siège du parti au pouvoir a été incendié, ou encore à Acapulco aux abords de l’aéroport. Des violences dont se sont désolidarisés les parents des disparus d’Iguala. Le président Enrique Peña Nieto a lancé un avertissement contre toute tentative de déstabilisation. Il avait déjà exhorté les manifestants à ne pas « se réfugier derrière la douleur » de ce qui s’est passé à Iguala pour utiliser la violence.

    A Iguala, la population regarde le président Enrique Pena Nieto à la télévision, lors d'une manifestation, le 9 novembre 2014, demandant la vérité sur les 43 étudiants disparus. REUTERS/Henry Romero

    Face à l’indignation nationale et internationale qu’ont provoquées le drame des étudiants disparus et la collusion entre le maire et le groupe criminel Guerreros Unidos, le président a réitéré ce mardi, après sa tournée en Asie, son message contre les groupes violents. « On dirait qu’ils répondent à un intérêt de générer une déstabilisation et un désordre social, et surtout d’attenter au projet de la nation que nous impulsons ». Le président accuse ces groupes de vouloir « freiner le développement du pays ».

    Une attitude de défense du président Peña Nieto selon Alain Musset. « Tout pouvoir qui se sent menacé dit "c’est moi ou le chaos", et on est dans cette situation-là, avec un risque de débordements. Une situation qui fait peur au pouvoir, qui n’a pas forcément les moyens d’y répondre de manière directe, sauf par la répression. Mais une répression risque de créer à nouveau une spirale de violence dans le pays ».

    Mais il ne faut pas croire que les Mexicains avaient confiance dans leurs dirigeants avant le drame d’Iguala, souligne Alain Musset. « Ils savaient très bien que le système était gangréné. Une enquête du Sénat il y a quelques années indiquait que 70 % des municipalités étaient soit contrôlées directement, soit gangrénées par les narcotrafiquants. Avec les atrocités d’Iguala, les gens ont dit  "il n’est plus possible de continuer comme ça". Ce qui entraîne un possible risque de dérapage. »

    Un président éclaboussé par les scandales

    Enrique Peña Nieto ne bénéficiait pas d’une réputation irréprochable au moment de son élection, rappelle Alain Musset. « Avant d’être président de la République, il a dirigé l’Etat de Mexico, l’un des Etats où la corruption est la plus marquée, avec une très forte criminalité, une collusion entre les élites politiques, économiques et le monde criminel, donc ses bases ne sont pas très solides. Il a fait des promesses de lutte contre la corruption et le crime organisé qu’il est incapable de tenir. »

    A cela s’ajoutent des soupçons de conflits d'intérêts pour l'achat, par sa femme, d'une luxueuse résidence. Le président, pour couper court aux rumeurs et redorer son image, a d’ailleurs annoncé ce mercredi publier la liste de tous ses biens: « Afin de gagner la confiance de la société, j’ai décidé de rendre publique la totalité de ma déclaration de patrimoine ». Jusqu'à présent, Enrique Peña Nieto a tout misé sur les réformes économiques pour relancer la confiance. C'est insuffisant pour Alain Musset : « On présentait Peña Nieto comme le sauveur du Mexique, celui qui avait entraîné les grandes réformes, et qui allait lancer son pays sur la voie de la modernité néolibérale. Il a effectivement lancé des réformes économiques. Sur le plan politique, grâce à sa majorité parlementaire, il peut lancer de grandes transformations, mais il n’a pas réussi et ne pourra pas réussir à "soigner" le corps politique mexicain car depuis des décennies, celui-ci est compromis avec un système qui est, disons-le, criminel. »

    Le président veut éviter de jeter de l’huile sur le feu en utilisant la répression s’il y a des débordements lors des manifestations prévues ce jeudi avec l’arrivée de la caravane dans la capitale. Sur le fond, le système est gangréné, et pour l’instant, le gouvernement n’apporte pas de réponse convaincante. Sa marge de manœuvre est donc très réduite, conclut Alain Musset, « sauf si, par miracle, il réussit à faire accepter des réformes anticorruption qui sont régulièrement annoncées mais jamais mises en pratique ».

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