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    Amériques

    Mort de M. Brown: le policier s'en sort, la colère éclate à Ferguson

    media Malgré les appels au calme de la famille de Michael Brown et de Barack Obama, les manifestants s'en sont pris à la police à coup de jets de pierre. REUTERS/Stephen Lam

    Aux Etats-Unis, le policier qui a tué Michael Brown ne sera pas poursuivi par la justice américaine, a décidé un grand jury populaire. L'homme avait tué de six balles un adolescent noir de 18 ans en août, dans la ville de Ferguson, dans le Missouri. Après la stupéfaction, cette décision a provoqué la colère des habitants.

    Article régulièrement mis à jour

    Ferguson était en ébullition, dans la nuit de lundi à mardi. Une douzaine d'immeubles ont été incendiés, a indiqué le chef de la police du comté de Saint Louis, John Belmar, lors d'une conférence de presse. Vingt-neuf manifestants ont été arrêtés, a-t-il ajouté, mais aucun mort n'a été signalé dans les violences qui secouent cette petite ville du Missouri. Plus de 150 coups de feu ont aussi été recensés. Des véhicules de police ont été pris pour cible. Les forces de l'ordre ont répliqué avec des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes.

    L'annonce tant redoutée par la communauté afro-américaine

    Devant le poste de police de Ferguson, dans un silence de mort, quelques milliers de personnes ont écouté lundi soir, par téléphone portable, le procureur du comté de Saint Louis expliquer pourquoi le grand jury n’inculpera pas le policier qui a tué Michael Brown. Ce dernier avait été abattu en plein jour de six balles, au début du mois d’août 2014. Il avait 18 ans et ne portait pas d'arme. L'évènement avait provoqué de graves émeutes dans cette ville du Missouri. « Le devoir d'un grand jury est de séparer les faits de la fiction (...). Nous ne retiendrons aucune charge criminelle contre Daren Wilson », a déclaré à la presse le procureur Robert McCulloch.

    À l’annonce de la nouvelle, il y a eu trente longues secondes de stupéfaction parmi les habitants de Ferguson massés devant le poste de police, avant que la colère n’éclate, comme a pu le constater l'envoyée spéciale de RFI à Ferguson, Anne-Marie Capomaccio. La mère de Michael Brown était présente, debout sur le capot d’une voiture, en larmes. Elle n’a pas pu aller au bout de ce qu’elle voulait dire. Elle a appelé au calme et s’est effondrée. C’est comme si personne ne parvenait à croire à cette décision, alors que tout indiquait, et notamment des fuites pendant les délibérations, que Darren Wilson ne serait pas inculpé.

    « Les jeunes ne lâcheront pas »

    « Nos jeunes ne voient pas cette affaire comme une injustice individuelle, ils voient cela comme une agression contre toute une génération, analyse Dr Cornell William Brooks, président fédéral de la NAACP, le plus important lobby afro-américain. C’est une manière de dire que, quand vous avez un Afro-Américain sur trois qui ira en prison au cours de sa vie, quand un Afro-Américain sur quatre dit avoir été maltraité par la police chaque mois, selon un sondage Gallup, quand les Afro-Américains ont 20 fois plus de risques que les autres de mourir, tués par un officier de police, nous avons un réel problème. Nous avons une génération de jeunes qui comprend cela, et ils n’abandonneront pas. Et nous ne pourrons pas les convaincre qu’ils sont impuissants. D’ailleurs, qui sommes nous pour leur dire qu’ils sont impuissants ? »

    La situation s’envenime après la stupéfaction

    Ferguson ne parvient pas à comprendre comment les 12 jurés ont pris leur décision, après trois mois de travail, après avoir entendu des dizaines de témoins des faits qui ont mené à la mort de Michael Brown. Des témoins qui, d’après le procureur, se sont contredits. Les manifestants ont alors crié des slogans devant les quelques dizaines de policiers armés, protégés par des casques et des boucliers. « Nous ne sommes pas une démocratie », ont hurlé des jeunes, avant de lancer des pétards. Ils ont également lancé leurs téléphones portables et leurs pancartes sur les policiers. Des vitrines ont été brisées et au moins deux voitures incendiées. Des coups de feu ont été entendus et des gaz lacrymogènes ont été tirés.

    Les policiers ont immédiatement reçu des renforts, des dizaines d’hommes armés, casqués, invectivés par les manifestants. « Notre vie n’a aucune valeur, il ne peut y avoir de paix sans justice », a scandé la foule. « Les policiers massacrent et tuent des gens depuis de nombreuses années, et le système judiciaire les soutient toujours. Nous sommes fatigués, ça nous rend malades. Nous allons leur faire comprendre, c’est terminé, ça suffit ! », témoigne un manifestant. « Cela signifie, poursuit un autre homme, surtout dans l’Etat du Missouri, que les justifications pour tuer une personne sont minces, qu’ils peuvent dire à peu près n’importe quoi. Il y aura une excuse qui les exemptera. Mais avec la jeune génération, et avec les médias sociaux, ils ne peuvent plus passer sous la couverture radar. »

    « Nous devons accepter », assure Barack Obama

    Peu après l’annonce, le président Obama a demandé aux personnes massées dans les rues de Ferguson de manifester dans le calme, et à la police de faire preuve de « retenue ». « Tout d’abord et avant tout, a déclaré le président américain, nous sommes une nation de lois, et par conséquent, nous devons accepter le fait qu’il revenait au grand jury de décider. Il y a des Américains qui sont d’accord avec la décision et il y en d’autres qui sont profondément déçus, et même en colère. C’est une réaction compréhensible. Mais je me joins aux parents de Michael Brown en demandant à tous ceux qui s’opposent à cette décision de le faire de façon pacifique. »

    « Laissez-moi répéter ce qu’a dit le père de Michael, a poursuivi Barack Obama : “ Blesser quelqu’un ou briser des vitrines n’est pas la solution. Quelle que soit la décision du grand jury, je ne veux pas que la mort de mon fils ait été en vain. Je veux qu’elle mène à des changements importants, des changements positifs, des changements qui feront de Saint Louis une meilleure région pour tout le monde. ” Les parents de Michael ont perdu plus que n’importe qui, et nous devrions honorer leur souhait. Je fais aussi appel aux forces de l’ordre de Ferguson et de la région pour qu’elles fassent preuve de retenue quand elles contrôlent les manifestations pacifiques qui peuvent se produire. »

    Le débat ne fait que commencer sur le cas Brown….

    Même si tout le monde s’attendait à une relaxe du policier Darren Wilson, la décision du grand jury a stupéfié Ferguson. Trois mois de débat pour aboutir à cette décision, c’est incompréhensible pour cette communauté. Le procureur n’a suivi aucune procédure habituelle. Il n’avait pas l’obligation de réunir un grand jury, ni d’entendre l’officier Wilson, qui a ainsi eu l’occasion de se défendre. Puis plus de 30 personnes ont témoigné. C’est d’après de nombreux juristes présents à Ferguson une manière de diluer les informations, et d’entraîner les 12 jurés vers la décision qui était la sienne depuis le début.

    Et lorsque Barack Obama parle d’un manque de confiance entre la police et la communauté noire, c’est un euphémisme. Les faits ont la vie dure : un Afro-Américain sur trois ira en prison au cours de sa vie. Si l’abcès s’est concentré sur Ferguson, c’est d’après les manifestants parce que la communauté afro-américaine n’est pas respectée. Dans cette petite ville du Missouri, 70% de la population est noire, mais 85% des policiers sont blancs. Quant aux appels au calme, ils ont été anéantis par la colère.

    La colère dans tout le pays

    Ailleurs dans le pays, la colère de la communauté noire s'est aussi manifestée mais sans violence. A New York, Chicago, Seattle, Los angeles et à Washington, des milliers de personnes ont dénoncé à chaque fois, « le racisme de la police », y compris devant la Maison Blanche. Quelques heures auparavant, Barack Obama avait admis que le cas de Ferguson était emblématique de la méfiance entre la police et les communautés de couleur; mais il a en même temps exhorté la population à accepter le verdict du jury populaire, qui a entendu une soixantaine de témoins, et conclu qu'il n'y avait pas assez d'éléments pour inculper le policier Darren Wilson.


    Les parents de Michael Brown en conférence de presse

    Les parents de Michael Brown, étant trop émus pour s'exprimer, ont laissé leur avocat prendre la parole. Maitre Benjamin Crump a remis en cause la procédure judiciaire qui a mené à la fin des poursuites contre le sergent Darren Wilson. La cible des critiques est le procureur de l'Etat du Missouri, Bob McCulloch. « Nous avions dit que nous avions très peu confiance en cet homme », a expliqué l'avocat et le pasteur noir Al Sharpton également présent. Selon lui, le procureur a non seulement discrédité un grand nombre de témoins qui ont accusé le policier mais il a aussi eu « un comportement provocateur et irresponsable » en discréditant Michael Brown alors que ce dernier ne peut plus se défendre.

    La famille en appelle à l'Etat fédéral pour qu'il poursuive son enquête et écoute tous les témoins. « Nous allons continuer à demander la justice », a affirmé l'avocat de la famille Brown. « Nous espérions que la police traite nos enfants comme n’importe quel autre enfant. Le système n'est pas juste envers les citoyens or nous sommes tous des citoyens américains. Il faut changer ce système au nom de Michael Brown qui doit pleurer dans sa tombe comme des milliers d'autres enfants noirs. »
     

     

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