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    Amériques

    Ferguson, le nouveau symbole des inégalités raciales aux Etats-Unis

    media Malgré le froid et la neige, les manifestants sont toujours dans les rues de Ferguson, ici le 27 novembre. REUTERS/Eugene Garcia

    Depuis le début du mouvement protestataire de Ferguson, dans le Missouri, les pacifistes ont été débordés par des casseurs. Les appels au calme répétés, qu’ils viennent de la famille du défunt Michael Brown, des Eglises ou de la Maison Blanche, n’ont pas été entendus. A Ferguson, certains craignent de nouvelles violences et s'arment. Mais qu'à cela ne tienne : en quelques mois, l'affaire a déclenché une vague d'indignation au niveau fédéral, dans un pays où la question raciale et son versant social ont encore une résonnance.

    Avec notre envoyée spéciale à Ferguson, Anne-Marie Capomaccio

    « Mon nom est Mike Cross, propriétaire du studio de tatouage de Saint Louis, et nous craignons les émeutiers. » Michael Cross est le propriétaire d’un studio de tatouage, dans un petit centre commercial de Ferguson. L’un de ses employés gère les affaires pendant la journée, car Michael est occupé la nuit. Avec des amis et des voisins, il organise depuis le mois d’août, depuis que Mike Brown, 18 ans et non armé, a été abattu par balle par un policier, une surveillance des boutiques. Fusil d’assaut en bandoulière, il patrouille pour effrayer les pilleurs.

    Sentiment d'insécurité croissant

    « Nous ne sommes pas des fous de la gâchette, se défend-il, nous ne souhaitons pas blesser ou tuer qui que ce soit. D’habitude, nous nous contentons de prévenir en hurlant et en montrant que nous sommes armés, et jusque là, personne n’a testé notre détermination, après avoir vu les armes… »

    C’est l’une des conséquences de la mort de l’adolescent, mais surtout des émeutes et des pillages qui ont suivi. Le sentiment d’insécurité, justifié ou non, a grandi. Les habitants de Ferguson ont ressenti le besoin de se procurer des armes, ce qui finalement fait bien les affaires de Steven King, propriétaire de la plus importante armurerie locale. « Nous avons vendu environ 50 armes aujourd’hui, à des gens qui ont peur. En temps normal, pour Thanksgiving, nous en aurions vendu 25 ou 30 », explique-t-il.

    Des gestes de désespoir

    A quelques mètres de là, les manifestants pacifiques de Ferguson tentent de faire vivre leur mouvement. Malgré le froid et la neige, les courageux qui se sont installés devant le poste de police ou dans les restaurants d'à côté ont demandé aux automobilistes de klaxonner, pour témoigner leur soutien. Chacun exprime sa colère, raconte une arrestation, une invective raciste, une intimidation de la part de la police de Ferguson.

    Les gardes nationaux semblaient d’autant plus nombreux la nuit dernière que les manifestants étaient rares. Une douzaine de véhicules anti-émeutes étaient prêts à intervenir pour soutenir les troupes. Une image de ville en guerre un peu surréaliste dans des rues quasi désertes. Si des actes de vandalisme jettent une ombre sur le mouvement, beaucoup les regardent comme des gestes de désespoir qu’il faut prendre en considération. On parle aussi beaucoup du fossé social entre communautés noire et blanche.

    Question sociale sous-jacente

    Les organisateurs, les canalisateurs du mouvement, sentent bien que c’est un combat social autant que racial que les jeunes de Ferguson veulent mener. Comme souvent dans ce genre de situations, toutes les frustrations remontent à la surface, et il s’agit tout autant des bas salaires, que du manque de respect ressenti dans les échanges avec les policiers. Le pasteur McBride a créé en Californie une association qui lutte contre la « criminalisation des Noirs ». Depuis le mois d’août, il vient souvent à Ferguson pour aider les jeunes à s’organiser.

    « Avec les jeunes nous avons rencontré le gouverneur Jay Nixon à plusieurs reprises ces dernières semaines, témoigne-t-il. Nous avons donné plusieurs exemples de ce qu’il fallait faire afin que l’annonce de la décision se passe calmement. Plutôt que d’écouter les jeunes qui ont dit : " pouvons-nous avoir 48 heures de recul ? Pouvons-nous être sûrs que la nouvelle ne sera pas annoncée la nuit ? " Ils ont fait exactement le contraire de ce que les jeunes ont préconisé ! »

    Une vague prévisible ?

    « Je ne sais pas si cela aurait changé les choses, mais là nous savions exactement ce qui allait se passer, poursuit le pasteur. Je pense que nous devons nous demander : quel climat avons-nous créé dans ce pays, pour que le seul recours soit une vague de rage, de frustration et de désespoir, alors que les jeunes savent que cela va se retourner contre eux ? Je ne pense pas que les émeutes nous permettrons d’atteindre notre objectif, mais je pense qu’elles sont une forme de communication. C’est la voix des sans voix. »

    Les parents de Michael Brown sont venus mercredi à New York où ils ont prié avec les familles de deux Noirs récemment tués par la police. Aux Etats-Unis, un policier qui tue un Afro-Américain est rarement ennuyé par la justice. « C’est assez systématique, qu’il n’y ait pas de justice chez les policiers qui tuent des Noirs ou qui commettent des viols envers des gens de couleur », analyse Andréa Ritchie, avocate à New York, spécialisée dans la défense des minorités face à la violence policière.

    Et de relater : « C’est très rare qu’un policier soit chargé devant une cour criminelle dans ces cas-là. En 1990, une vidéo montrait des policiers tuer un Noir, Rodney King. Les coupables n’ont pas été poursuivis par les autorités locales. Il a fallu que les autorités fédérales les poursuivent. »

    Les Noirs considérés plus dangereux

    « La question, c'est de savoir comment sont perçus les gens de couleur de manière générale, et surtout les Afro-américains, explique Andréa Ritchi. On pense qu’ils sont plus souvent violents. Il arrive qu’un juré, un procureur ou un juge essaye de voir comment se sentait le policier au moment où il a tué la personne. Généralement, les gens pensent que les personnes d’origine africaine sont plus dangereuses. »

    Peu de manifestants, de nombreux policiers... Certains pourraient penser que le mouvement s'essouffle. Mais il faut regarder les manifestations à l’échelle fédérale. Aux Etats-Unis, les mouvements populaires de ce genre sont rares, ce n'est pas comme en France. Bloquer une route ou perturber un évènement sportif est exceptionnel. Quand on voit que des manifestations ont eu lieu dans 130 villes, c’est considérable, et c’est ce qui donnait du courage cette nuit aux irréductibles devant le poste de police de Ferguson.

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