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    Amériques

    Maya Selva, un supplément d’âme dans l’univers du cigare

    media Franco-Hondurienne, Maya Selva est la seule femme fabricante de cigares au monde, à Paris, le 27 février 2014. RFI/C. Arsenault

    Il n’y en a pas deux comme elle au monde. Maya Selva est en effet la seule femme fabricante de cigares à évoluer dans cet univers aussi feutré que masculin. Bien au-delà de la curiosité, cette Franco-Hondurienne est parvenue en une petite vingtaine d’années à faire reconnaître et apprécier ses produits chez les amateurs européens.

    On n’y peut rien, quand on la voit élégamment drapée dans son châle vermillon, on pense à Carmen. Ça la fait rire, Maya Selva, qui répète « merci, merci, à la belle héroïne de Bizet ». La belle Franco-Hondurienne exerce en effet un métier où peu de femmes se sont risquées. Elle est même la seule en vérité à s’être lancée, depuis une vingtaine d’années déjà, dans la fabrication de cigares. 

    Mais de quoi elle se mêle, celle-là ?

    Les racines française (de Clermont-Ferrand, par sa mère) et hondurienne par son père se sont conjuguées chez Maya Selva en un intéressant mélange d’audace et de raffinement. L’audace, il lui en fallait une bonne dose quand au début des années 1990, elle file au nord-ouest du Honduras pour découvrir la culture du tabac et toute la longue chaîne qui aboutit à la fabrication du cigare. C’est son grand-père, Francisco Morillo Selva qui lui aura transmis l’envie d’aller découvrir les secrets de ces fameux cigares qu’il apprécie tant. Le cigare, disait-il à sa petite-fille, c’est « un supplément d’âme ».

    Forte de cette promesse, Maya, qui est à l’époque jeune ingénieure EISTI et consultante dans un cabinet de conseil parisien, tourne casaque et part faire ses « classes » sur le terrain.  L’accueil qui lui est réservé sur place, au milieu des cultivateurs et ouvriers du tabac, n’est pas franchement hostile. Non, se souvient-elle, c’était plutôt sur le mode : « Mais de quoi elle se mêle, celle-là ? ». Il en faudrait plus pour la décourager de faire de A à Z un vrai « stage d’ouvrier » ; elle observe, fait le tour d’une quinzaine de fabricants sur les trente qui existent, et ainsi découvre qu’un cigare c’est « une centaine de paires de mains » qui œuvrent durant deux à trois ans, inlassablement pour obtenir un produit à la hauteur.

    Terroir et cépage
     

    Un échantillon de la production Flor de Selva RFI/C. Arsenault

    La culture française la pousse en même temps à utiliser les mots du vin pour caractériser l’identité et la recherche d’un goût particulier qui la guide pour faire ressortir la facette du tabac qu’elle recherche. Maya Selva parle d’ailleurs de « terroir, de cépage » quand elle évoque les tabacs des différentes vallées honduriennes. Alors qu’à l’époque, hors de Cuba et de la République dominicaine, il n’est de bon tabac qui vaille, Maya se lance le défi d’initier les Français à ces nouveaux goûts plus marqués en arômes de végétal, de bois... Surtout, ne pas imiter l’un ou l’autre, insiste-t-elle, je crée donc ma propre recette. « Ça ne ressemble pas à ce que vous connaissez, venez faire le voyage gustatif avec nous, laissez-nous vous emmener ».

    Son invitation a convaincu, probablement parce qu’elle a réussi à créer des assemblages originaux où l’exigence de qualité entre en écho avec la culture gustative hexagonale. Maya Selva lance sa propre marque en 1995, Flor de Selva, des cigares à la palette aromatique subtile. Suivront plus tard le Cumpay avec des tabacs du Nicaragua, plus puissant, et enfin, le Villa Zamorano, élégant au caractère marqué, mais dénué d’agressivité. Ses créations ont conquis leur public et Maya Selva, qui emploie près de 90 personnes au Honduras et une petite équipe parisienne, réalise aujourd’hui 2,5 millions d’euros de chiffres d’affaires. Sa démarche originale et un travail acharné lui ont valu 25 récompenses en 20 ans, une jolie reconnaissance.

    Maya fait école  
     

    Une cigarière du Honduras en pleine activité, roule les cigares à la main. DR/Jorge Travieso

    Le tabac et le Honduras, c’est une histoire qui remonte aux Mayas, mais qui reste bien ancrée dans le présent. Bien que le tabac soit aujourd’hui une plante qui évoque le « diable », à juste titre en matière de santé publique, remarque Maya Selva, il n’en reste pas moins que dans l’élaboration du cigare cela reste un artisanat, un pur produit agricole. C’est le temps qui a le dernier mot et les cultivateurs font de gros efforts pour diminuer les engrais et adopter une agriculture raisonnée, en attendant le tabac bio. « Dès le départ, cela a été le sens de ma démarche, ma philosophie pour un projet respectueux de la nature », résume-t-elle.  

    Un cigare fait par une femme ? « Mais ça ne veut rien dire », s’exclame Maya Selva. « Quand je me suis lancée, je n’ai pas eu une sensation de transgression et si jamais j’avais affaire à une attitude hostile, je me sentais assez légitime pour ne pas y prêter attention ». Jusqu’à maintenant, elle est bien seule dans le métier, mais les choses changent. Ainsi, se réjouit-elle, « quelques jeunes trentenaires, filles de propriétaires de fabriques au Honduras, se sentent prêtes à se lancer à leur tour ». Maya fait école.

    Et puis, puisqu’on parle plus largement de la place des femmes dans le monde, Maya Selva se prend à rêver d’un 8-Mars à son goût où sociologues et sémiologues aident les femmes à renouveler leur discours, à réinventer les mots du commandement et de ses codes. « Je crois beaucoup dans le pouvoir des mots pour changer le comportement », insiste Maya. C’est dans cette idée de bouger, d’avancer pour les femmes, qu’elle dit à quel point le puissant message de l’héroïne de Harry Potter, l’actrice Emma Watson devant l’ONU, l’a touchée. La jeune ambassadrice de l’ONU Femmes y a fait un plaidoyer ardent pour le féminisme que Maya Selva recommande aux plus jeunes, hommes et femmes, avec la dernière énergie.

         

     

     

     

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