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    Amériques

    Castro et Obama au coeur d'un historique sommet des Amériques

    media Barack Obama et Raul lors de leur arrivée respective à Panama, à la veille du VIIe sommet des Amériques, le 9 avril 2015. Reuters / Carlos Jasso / Edgard Garrido

    Le VIIe sommet des Amériques s’ouvre ce vendredi 10 avril à Panama pour deux jours. Les yeux sont rivés sur les présidents cubain Raul Castro et américain Barack Obama, qui scelleront le rapprochement diplomatique entre leurs pays, annoncé simultanément le 17 décembre dernier. Le président vénézuélien Nicolas Maduro, lui, pourrait jouer les trouble-fêtes. C’est la première fois depuis le premier sommet des Amériques en 1994 que les 35 Etats des deux continents sont réunis au grand complet.

    Cuba avait été exclu de l’OEA, l’Organisation des Etats américains, en 1962, à la demande des Etats-Unis. Washington dictait à l’époque la ligne politique de l’organisation. La dernière fois qu’une réunion formelle entre présidents américain et cubain a eu lieu, c’était en 1956 à Panama, entre Dwight Eisenhower et le dictateur cubain Fulgencio Batista.

    Lors du dernier sommet à Carthagène, en avril 2012, tous les pays à l’exception des Etats-Unis et du Canada avaient tapé du poing sur la table et voté pour inviter Cuba au prochain sommet. Certains avaient même menacé de ne pas venir. Cette fois, Cuba est bien là et c’est un événement historique, selon la politologue Janette Habel, spécialiste de Cuba et de l’Amérique latine.

    « C’est soixante ans d’histoire et de confrontation extrêmement difficile, rappelle-t-elle. Il y a aussi la symbolique de David contre Goliath, un tout petit pays d’un peu plus de 11 millions d’habitants, contre la première puissance du monde, qui a tenu tête pendant plus d’un demi-siècle, et qui a aussi remporté des victoires militaires comme lors de la tentative d’invasion américaine à la baie des Cochons. Et les tentatives de renverser le régime n’ont pas réussi. »

    Pragmatisme politique et économique à La Havane et Washington

    Cuba a tenu tête mais le pays est exsangue. Il a besoin de soupapes pour donner un nouveau souffle à sa jeunesse et à son économie. De son côté, Washington a besoin de reprendre pied dans son ancien pré carré. A un an et demi de la fin de son mandat, Barack Obama veut aussi laisser une trace positive de sa présidence, avec l’accord sur le nucléaire iranien et ce rapprochement avec Cuba. « Comme le bilan de ses deux mandats présidentiels n’est pas extraordinaire, s’il peut arriver à mettre fin à une politique qui a échoué avec Cuba, il aura déjà marqué l’histoire », estime Janette Habel.

    L’enjeu se situe autour de Cuba, insiste Thomas Snégaroff, historien et spécialiste des Etats-Unis : « On se souvient de cette phrase prononcée en espagnol par Barack Obama en décembre dernier, " somos todos americanos " (" nous sommes tous Américains "), lorsqu’il a justifié ce rapprochement avec Cuba auprès du peuple états-unien. » Cette ouverture traduit la nécessité pour Washington de reprendre pied sur le continent selon Thomas Snégaroff, « quitte à remettre en cause cette grande option géopolitique qu'était la mise au ban de Cuba, les sanctions qui ne fonctionnent pas ».

    Mais c’est surtout le pragmatisme historique, politique et surtout économique qui l’emporte, comme le souligne Thomas Snegaroff. « Barack Obama a cherché depuis quelques mois à retisser des liens avec ce continent qui est vital pour les Etats-Unis, c’est un peu " sa Méditerranée ". D’autant plus que les Chinois sont en train d’arriver, notamment dans les Caraïbes », fait-il remarquer.

    Etats-Unis : reprendre pied sur le continent américain

    Ce sommet a fonction de « recentrage sur son propre continent ». Car la concurrence s’annonce rude et Washington ne veut pas « laisser le champ libre dans son arrière-cour à l’Union européenne, à la Chine, et même aux gouvernements les plus importants de l’Amérique latine comme le Brésil », précise Janette Habel.

    Car la Chine a déjà une présence considérable en Amérique latine. « Elle contribue d’ailleurs au creusement d’un second canal au Nicaragua, parallèle au canal de Panama. Par ailleurs, l’Union européenne a levé ses restrictions vis-à-vis de La Havane, donc elle est présente de fait et le président français, François Hollande va se rendre d’ailleurs le 11 mai prochain à Cuba » rappelle-t-elle. Donc, les Etats-Unis « sont en train de voir leur influence très affaiblie dans leur arrière-cour. C’est ce qui explique les initiatives en cours. »

    Cette fois, on attend au sommet des Amériques de Panama une poignée de main entre Barack Obama et Raul Castro, qui scellera le rapprochement diplomatique entre les deux pays, après celle de décembre 2013 en Afrique du Sud lors des obsèques de Nelson Mandela.

    Le Venezuela, trouble-fête du rapprochement cubano-américain

    Une ombre plane sur les réjouissances de ce septième sommet des Amériques. Les relations entre Caracas et Washington sont à couteaux tirés, et se sont encore dégradées depuis le 9 mars dernier, lorsque Barack Obama a signé un décret portant sur des sanctions à l’égard de sept hauts fonctionnaires vénézuéliens accusés d’être responsables de violations des droits de l’homme lors de la répression contre les manifestations de février 2014.

    Washington a même accusé le Venezuela de constituer une « menace inhabituelle pour la sécurité nationale américaine », une question de formulaire, dit-on.

    Mais le président Nicolas Maduro s’est précipité dans la brèche avec la rhétorique « anti-impérialiste » et a promis d’arriver au sommet des Amériques avec 10 millions de signatures pour exiger le retrait de ce décret. Un émissaire américain envoyé à Caracas a tenté d’apaiser les tensions à la veille de l’ouverture du sommet.

    Des sanctions pourtant jugées inefficaces

    Obama a reconnu que les sanctions n’avaient servi à rien contre Cuba, mais il en impose au Venezuela. Une contradiction mal perçue par de nombreux chefs d’Etat du continent. « Ça devrait être un triomphe pour Obama », fait remarquer Janette Habel. « Mais cela devrait l’être moins que prévu à cause de l’histoire vénézuélienne et de cette gaffe, cette erreur qui a consisté à dire que le Venezuela représentait un danger pour la sécurité des Etats-Unis et qui a provoqué une réaction de rejet fort chez la plupart des chefs d’Etat latino-américains. Et là, il y a une erreur diplomatique, une gaffe, qui ternit son initiative. »

    Les Etats-Unis sentent « que le pays est au bord du chaos », estime Thomas Snégaroff et ils attendent « que le fruit soit mûr » pour le cueillir. Depuis les années 1990, le Venezuela est devenu un ennemi fort des Etats-Unis. « C’est Chavez qui a conceptualisé l’ALBA (Alliance bolivarienne pour les Amériques, NDLR), qui a su amener dans son sillage des pays comme la Bolivie, et même à un moment donné le Brésil », rappelle-t-il.

    En parallèle du sommet à Panama, le forum de la société civile devrait aussi marquer la présence des organisations de défense des droits de l’homme cubaines et vénézuéliennes. Lilian Tintori, la femme de Leopoldo Lopez, opposant vénézuélien emprisonné depuis plus d’un an, et Mitzy Capriles, épouse du maire de Caracas Antonio Ledezma lui aussi derrière les barreaux, pourraient rencontrer Obama, une première selon Paula Vasquez, chargée de recherches au CNRS, et une « reconnaissance de l’existence au Venezuela de prisonniers politiques », « ce qu’on n’avait pas eu depuis la pacification de la guérilla dans les années 1960 ».

    La fin de la diplomatie pétrolière mise en place par Chavez ?

    Au-delà des sanctions américaines contre les hauts fonctionnaires vénézuéliens, ce qui se joue, c’est la perte d’influence du Venezuela dans la région, avec l’effondrement des cours du pétrole et sa difficulté à fournir ses alliés, dont Cuba, en pétrole à taux préférentiel (système Petrocaribe). La Havane en est bien consciente, et tente de diversifier ses sources d’approvisionnement, comme l’explique Paula Vasquez :

    « Ce qui est en jeu maintenant, ce sont les engagements que Chavez a mis en place tout au long des années de négociations et d’accords qui ont été conclus. C’est la continuité de la politique de Chavez qui est en jeu par rapport à ce qu’on a appelé la diplomatie pétrolière de Caracas. » Car, fait remarquer Paula Vasquez, avec la chute des prix du pétrole, cette diplomatie énergétique a du mal à suivre. L’entreprise pétrolière vénézuélienne PDVSA peine à honorer ses engagements internationaux et son marché intérieur, ce dont est bien conscient le gouvernement de Nicolas Maduro, explique Paula Vasquez :

    « Il faut fournir la Chine, les 600 000 barils par jour pour les Etats-Unis, la demande intérieure... Il reste donc très peu pour Cuba et Petrocaribe, alors qu’on en aurait besoin pour vendre cette production sur les marchés internationaux pour récupérer des devises. Donc, les engagements avec Cuba et avec Petrocaribe sont de plus en plus difficiles à tenir. »

    Barack Obama, la star du VIIe sommet des Amériques ?

    Même s’il n’arrive pas au sommet de Panama en ayant obtenu de retirer officiellement Cuba de la liste des pays soutenant le terrorisme - ce qui serait imminent selon la Maison Blanche -, Barack Obama a redoré l’image des Etats-Unis dans la région, estime Thomas Snegaroff :

    « Le grand acteur de ce sommet, surtout avec l’affaiblissement de l’Argentine, du Brésil - Dilma Rousseff est dans une position très difficile dans son pays -, c’est Barack Obama. C’est lui qui va arriver avec la forte légitimité démocratique de sa réélection, avec sa légitimité symbolique de son rapprochement avec Cuba. Je pense que l’homme fort, c’est Barack Obama et il aura peu d’opposants, car ses opposants potentiels sont affaiblis aujourd’hui. »

    Le rétablissement des relations diplomatiques entre La Havane et Washington pourrait se faire relativement rapidement avec l’ouverture prochaine d’ambassades respectives. En revanche, la normalisation des relations entre Washington et Cuba pourrait prendre plusieurs années. Celle « entre le Vietnam et les Etats-Unis avait pris huit ans », rappelle Janette Habel. Car les contentieux sont nombreux, à commencer par l’embargo américain dont la levée dépend du Congrès à majorité républicaine - qui y est hostile.

    Il y a aussi Guantanamo, la question des droits de l’homme à Cuba, la restitution des biens nationalisés lors de la révolution cubaine, ou encore les politiques migratoires, et notamment la loi d’ajustement cubaine qui permet aux Cubains émigrés aux Etats-Unis d’obtenir la résidence au bout d’un an. Malgré cela, ce septième sommet des Amériques marque un symbole fort, un tournant, lors duquel la page de la Guerre froide pourrait être définitivement tournée.

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