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    Amériques

    Attentat de l’Amia en Argentine: retour sur la piste syrienne

    media Cérémonie à la mémoire des victimes de l'attentat de l'Amia de 1994, le 17 juillet 2015. REUTERS/Enrique Marcarian

    En un procès sans précédent, qui s'ouvre ce jeudi 6 août, la justice argentine entend faire la lumière sur les irrégularités de la première enquête sur l’attentat contre la mutuelle juive Amia, qui a fait 85 morts et 300 blessés en 1994. Sur le banc des accusés, parmi d’autres personnalités de l’époque, le juge qui avait instruit l’affaire et l’ancien président Carlos Menem.

    De notre correspondant à Buenos Aires,

    Connaîtra-t-on un jour la vérité sur l’affaire Amia, du nom de cette mutuelle juive de Buenos Aires, dont le siège a été détruit le 18 juillet 1994 à 9h53, suite à l’explosion d’une voiture piégée garée devant l’entrée principale de l’immeuble ? Plus de vingt ans ont passé depuis cet attentat terroriste, le plus grave que l’Argentine a connu, où 85 personnes, juives et non juives, ont trouvé la mort, tandis que 300 autres étaient blessées. Les familles des victimes attendent toujours que justice soit faite. Mais elles reprennent espoir avec le procès qui s’est ouvert ce jeudi 6 août 2015.

    Sur le banc des accusés, il n’y a pourtant pas les responsables présumés de l’attentat, deux membres du Hezbollah libanais et six personnalités iraniennes de premier plan, dont cinq ont fait l’objet de mandats d’arrêt internationaux sur requête d’un juge argentin. Les prévenus sont également Argentins et ils ne sont pas poursuivis pour leur participation supposée aux faits : on les soupçonne d’avoir cherché à dévier la première enquête sur l’attentat.

    Et il ne s’agit pas de seconds couteaux, bien au contraire : le tribunal a convoqué l’ex-président Carlos Menem, au pouvoir entre 1989 et 1999, le premier juge en charge de l’affaire, aujourd’hui destitué, Juan José Galeano, et même celui qui était alors le principal dirigeant de la communauté juive, donc censé représenter la majorité des victimes, Rubén Beraja. Sont également inculpés le chef des services de renseignement de l’époque, Hugo Anzorreguy, deux anciens procureurs et plusieurs ex-policiers.

    Simulacre de justice

    Selon le ministère public, sur instructions de Menem et d’Anzorreguy, et avec le consentement de Beraja, le juge Galeano, les procureurs et les policiers auraient soudoyé témoins et suspects pour obtenir d’eux de fausses déclarations, falsifié et détruit des preuves.

    Ils auraient notamment cherché à protéger un homme d’affaires né en Syrie, pays d’origine de Menem, Alberto Kanoore Edul, que des écoutes téléphoniques impliquaient dans l’attentat. Plus généralement, ils auraient voulu effacer toute trace d’une supposée piste syrienne à l’origine de celui-ci.

    Nisman reprend le dossier

    Certaines de ces irrégularités ayant été connues, Galeano a été dessaisi du dossier en 2005 puis destitué. Un autre juge a été désigné et l’enquête est repartie de zéro sous la direction d’un procureur à qui le président Néstor Kirchner, élu en 2003, a donné pleins pouvoirs dans le but de faire la lumière sur l’attentat, Alberto Nisman.

    Ce dernier ne s’est pourtant pas intéressé à la piste syrienne. Sur la base notamment de conversations téléphoniques entre diplomates iraniens en poste à Buenos Aires et des Libanais, il a orienté ses investigations vers l’Iran et le Hezbollah. Il en a conclu que le gouvernement iranien avait financé et organisé l’attentat, l’exécution étant le fait de membres du groupe libanais.

    Avec un faisceau de présomptions et de preuves suffisamment sérieux pour que la justice argentine inculpe les huit suspects précédemment mentionnés et qu’Interpol lance des mandats d’arrêt internationaux contre sept d’entre eux.

    Un accord avec l'Iran très critiqué

    La piste iranienne paraissant établie, l’Argentine n’a cessé de réclamer que les suspects soient extradés pour être jugés. Devant le refus des autorités iraniennes, Néstor Kirchner, puis Cristina Kirchner, qui lui a succédé en 2008, en ont appelé à l’ONU. Sans plus de succès. Le droit argentin ne prévoyant pas de procès par contumace, l’attentat de 1994 restait ainsi impuni.

    La présidente, s’inspirant du précédent de Lockerbie, a ensuite proposé publiquement, toujours aux Nations unies, que le procès ait lieu dans un pays tiers. Téhéran refuse à nouveau. Enfin, en janvier 2013, Cristina Kirchner annonce avoir signé un accord avec l’Iran prévoyant entre autres que la justice argentine puisse entendre les inculpés dans leur pays. Présenté comme un moyen de débloquer la situation, cet accord, qui n’a jamais été exécuté, a été très critiqué par l’opposition, ainsi que par la plupart des institutions juives d’Argentine.

    Nisman dénonce Kirchner, et meurt

    L’accord avec l'Iran a également marqué le début de la rupture entre le procureur Alberto Nisman et le gouvernement. Rupture qui devait être consacrée le 14 janvier 2015, quand Nisman dénonce publiquement la présidente Cristina Kirchner et présente un dossier d’accusation de près de 300 pages l’accusant d’avoir en réalité ourdi un « plan criminel » pour blanchir les responsables présumés de l’attentat contre l’Amia.

    Quatre jours après, le procureur est trouvé mort à son domicile d’une balle dans la tête. L’opposition et une partie de la presse évoquent un crime d’État, certains soupçonnent les services secrets iraniens. Pour beaucoup, Nisman devient un martyr de la vérité, même si la justice, non sans raison, rejette ensuite l’accusation contre la présidente.

    Mais l’enquête sur la mort du procureur, qui n’a pas encore permis de déterminer s’il s’agissait d’un assassinat ou d’un suicide (hypothèse la plus probable), le montre sous un autre jour, beaucoup moins favorable et plus ambigu. On a ainsi appris que l’enquête sur l’Amia était en partie dirigée par un agent secret proche de la CIA et du Mossad israélien, que Nisman rendait des comptes à l’ambassade des États-Unis, qu’il entretenait des liens avec des institutions de la droite américaine et qu’il disposait de revenus non déclarés bien supérieurs à son salaire, pourtant confortable.

    De là à penser que le procureur pourrait avoir volontairement orienté ses investigations pour mettre en cause l’Iran, l’ennemi numéro un pour Israël et certains lobbys américains, il n’y a qu’un pas que certains ont franchi.

    La piste syrienne, sans doute une partie du puzzle

    Cela ne veut pas forcément dire que la piste iranienne est fausse : pour justifier les demandes d’extradition, il a tout de même fallu que Nisman étaye ses accusations contre les suspects qu’il avait identifiés. Elle pourrait être complémentaire de la piste syrienne, surtout si l’on pense au contexte international des années 1990, où Téhéran et Damas agissaient souvent de concert.

    Cette dernière serait à prendre peut-être d’autant plus au sérieux que le procureur décédé l’aurait délibérément écartée alors même que la première enquête avait cherché à la dissimuler à la demande du pouvoir. C’est ce qui justifie l’optimisme mesuré des familles des victimes de l’attentat contre l’Amia, parties civiles dans le procès contre Menem et Galeano : elles ont l’espoir qu’une partie du puzzle pourra être reconstitué.


    Le procès s'ouvre en l'absence de Carlos Menem

    Le procès a débuté ce jeudi dans la capitale argentine malgré l'absence de l'ex-président Carlos Menem, qui a invoqué des problèmes de santé, comme son ancien chef des services de renseignement Hugo Anzorreguy, également jugé à partir de ce jeudi.
    RFI

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