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    Amériques

    Guatemala: Jimmy Morales, l'humoriste à qui sourit le pouvoir

    media Jimmy Morales, candidat du FCN, devant la presse à Guatemala, au soir du premier tour de l'élection présidentielle, le 6 septembre 2015. REUTERS/Jorge Dan Lopez

    Comédien et producteur, Jimmy Morales, 46 ans, a profité d’un contexte tendu au Guatemala, pays miné par la pauvreté, la corruption et l'affairisme, pour sortir en tête du premier tour de l’élection présidentielle, le 6 septembre. De son inexpérience en politique il a fait un argument massif en faveur du vote pour un candidat se présentant comme intègre et hors système. Jusqu'où pourra-t-il en jouer? Réponse ce 25 octobre.

    Avec 23,89 % des voix à l’issue du premier tour de scrutin, le 6 septembre, sa percée a fait mentir tous les paris. Jimmy Morales, du Front de convergence nationale (FCN) franchit la ligne le premier et se place en pôle position pour le second tour du 25 octobre. Ses rivaux, rompus au jeu politique, (trop) connus du grand public, aidés par des écuries puissantes, sont à la traîne. Sandra Torres, de l’Union nationale de l’espoir (UNE, social-démocrate) sera son adversaire au second tour. A quelques centaines de voix près, le candidat du parti Liberté démocratique (Lider, droite) Manuel Baldizon, est disqualifié.

    La chute du président sortant trois jours avant le vote

    Cette élection a vu une mobilisation populaire sans précédent : plus de 5,3 millions de personnes ont voté, soit un total de 70,3 % de participation, un « record » selon le tribunal électoral. Le scrutin s’est déroulé dans un contexte très troublé au Guatemala, petit pays pauvrissime d'Amérique centrale, ravagé par plusieurs années de guerres civiles, par le trafic de drogue et une corruption généralisés. Une crise sociale secouait le pays depuis les révélations, en avril, du scandale de la Ligne, un réseau de corruption au sein des douanes dans lequel serait impliqué l'ex-président Pérez Molina. Pendant cinq mois, les Guatémaltèques ont réclamé son départ lors de manifestations hebdomadaires massives.

    Une démission finalement obtenue le 3 septembre, trois jours avant les élections. Le général de 64 ans a été mis en examen le 8 septembre pour association de malfaiteurs, fraude douanière et corruption passive. Il rejoint en détention provisoire Roxana Baldetti, son ancienne vice-présidente, soupçonnée des mêmes méfaits. Sa prochaine audience devant le juge, qui décidera de l'ouverture éventuelle d'un procès, se tiendra le 21 décembre prochain.

    D’ici là, le pays aura un nouveau président. Compte tenu du contexte social, et au vu des résultats du premier tour, Jimmy Morales, inconnu au bataillon, a toutes les chances de prendre le pouvoir, le 25 octobre prochain pour devenir, à 46 ans, le plus jeune président d'Amérique latine.

    Le slogan mobilisateur d'un candidat hors système

    Propulsé favori par les urnes, l'«outsider» a vite compris qu’avec un tel contexte d’exaspération populaire, il tient une occasion en or pour se démarquer. Il dispose pour cela de nombreux atouts qu'il emploie jusque-là de manière intelligente.

    Titulaire d'une licence en administration des entreprises et d'un doctorat en sécurité stratégique, Jimmy Morales compte davantage sur ses vingt années de télévision. Producteur et acteur, il doit sa notoriété à ses « Moralejas », des sketches comiques dans lesquels, aux côtés de son frère, il caricaturait les mafias et la société. Il a en outre réalisé sept films et incarne, dans le dernier, le rôle... du président. Sa connaissance du cinéma, des médias et de leur théâtralité font de lui un tribun plus authentique, différent des rhéteurs traditionnels.

    Opportun, son slogan « ni corrompu, ni voleur » a fait mouche durant la campagne en séduisant 24 % des électeurs guatémaltèques. Notamment auprès des jeunes qui n'ont guère d'autres horizons que l'émigration aux Etats-Unis pour espérer trouver du travail. « Les électeurs n'ont pas un choix par défaut. Ils se sont massivement déplacés - c'était un enjeu - pour faire le choix de l'antipolitique. C'est évident que son slogan répond à une attente », analyse Kévin Parthenay, docteur associé au Ceri-Sciences Po et membre de l'Opalc.

    Vierge de tout mandat électoral, sans connexion forte avec le monde politique duquel, selon la presse nationale, il était un parfait inconnu il y a encore six mois. Entré en politique, coup d'essai lors des municipales de 2011, où il brigue la marie d'une petite commune, sans succès. Il revient deux ans plus tard comme secrétaire général du FCN. Aujourd'hui, il est devenu le candidat hors système idéal pour bien des Guatémaltèques. « Il a su utiliser les médias et ne s'est finalement pas beaucoup révélé. Il arrive neuf dans le combat », poursuit le chercheur. Dans ce grand classique des outsiders en politique, Morales transforme son inexpérience du pouvoir en une légitimité lui permettant de se présenter comme le candidat immaculé. L'expérience peut s'acquérir, dit-il, l'honnêteté non.

    « Il se présente comme un modèle de l’antipolitique, sur fond d’affaires de corruption qui ont fait sauter un gouvernement : c’est la clé de son succès », commente l’analyste politique Manuel Conde dans le quotidien espagnol El Pais. A ce petit jeu, il peut et sait s’appuyer sur les travers de ses concurrents : des gens moulés dans ce système en proie à la vindicte populaire depuis la « Révolution de la dignité », au printemps dernier. A l’instar de Sandra Torres, ex-première dame et ex-épouse d’Alvaro Colom (2008-2012), prédécesseur d’Otto Pérez Molina.

    Elle avait divorcé de son mari quelques mois avant l'élection présidentielle de 2012 pour pouvoir se présenter au poste suprême, une loi interdisant à des membres de la famille de se présenter à la succession d'un poste électif. Elle avait fini par renoncer à se présenter. Idem pour Manuel Baldizon : il représente pour beaucoup le politicien traditionnel guatémaltèque lié à des scandales de corruption. L'origine de sa fortune qu'il aurait bâtie dans le tourisme, le transport et l'immobilier reste controversée.

    Une bête de scène à l’humour douteux

    Armé de cette batterie d'atouts, il est cependant confronté aux défauts de ses qualités.

    A commencer par son programme. S'ils ont opéré un vrai choix, « les électeurs n'ont pas non plus une espérance démesurée dans Morales car son programme reste modeste », tempère Kévin Parthenay. Education, emploi, sécurité, voilà les trois piliers. D'ailleurs, l'Icefi, institut chargé d'évaluer la faisabilité des programmes, a jugé le sien inapplicable sur le plan économique.

    Le chercheur relève toutefois « un point intéressant: Morales souhaite, s'il est élu, refonder les institutions pour lutter contre la corruption. Pour cela, il voudrait convoquer une Assemblée nationale constituante ». Mais, faute de réseaux, sera-t-il assez puissant pour imposer sa vision aux oligarchies? « D'autres ont essayé en disposant d'un réseau et ont échoué. Lui veut essayer, mais sans réseau... » « Il n’a ni les qualités requises, ni l’assise politique suffisante pour exercer le pouvoir », tranche Manuel Conde, d’El Pais.

    Morales ne pourra pas vraiment compter non plus sur les militants des droits de l’homme qui ne le portent pas spécialement dans leur cœur. « Celui qui arrive est un candidat inconnu. C’est un homme quelconque et un comédien très raciste : tous ses sketches comiques sont basés sur la figure de l’Indien dont il se moque. Il donne une image péjorative des Indiens : des gens ignorants, bêtes… », commente pour RFI Alba Cecilia Merida, anthropologue, militante des droits de l’homme au Guatemala.

    Un racisme ordinaire qui n'est pas propre au candidat Morales. Le chercheur Alain Musset (EHESS) pointait récemment sur RFI le « racisme structurel » de la société guatémaltèque qui, selon lui, est le principal obstacle à tout changement en profondeur du pays. « La société guatémaltèque reste profondément divisée en deux : d’un côté les Métis ou les Latinos, de l’autre les Indiens. On ne se mélange pas, même dans les manifestations. »

    Des soutiens plus ou moins camouflés

    Morales dispose de supporters. Mais pas n'importe lesquels. Les anciens cadres de l'armée, aujourd'hui en retraite. Ce sont eux qui ont fondé le parti conservateur FCN, en 2008 et qui le financent aujourd'hui. Le colonel Maldonado, chef des opérations de la zone de Coban durant la guerre civile, a invité Morales à intégrer le parti. « Il est soutenu par l’association Avemilgua, une association de vétérans militaires du Guatemala, des plus réactionnaires du pays. Ça nous inquiète beaucoup parce que les militaires sont toujours très habiles pour s’implanter dans les partis et ainsi arriver aux instances de pouvoir », poursuit Alba Cecilia Merida. Ces personnes ont « la liberté » de participer à la vie politique, rétorque Jimmy Morales lorsque le sujet est abordé, rappelant qu'il y a des militaires dans tous les partis, y compris chez les socio-démocrates de l'UNE.

    Son adversaire Sandra Torres ne le ménage pas non plus, l'accusant, le 14 octobre, d'avoir perçu des fonds pour sa campagne de la part d'officiers impliqués dans le scandale de la Ligne. S'il ne nie pas que son parti revêt des couleurs kaki, Jimmy Morales rejette les accusations concernant sa campagne. Pourtant, son intégrité aurait déjà été mise à l'épreuve de vénales tentations : lorsqu’ils ont vu sa progression dans les sondages, « certains individus à la tête de capitaux émergents – cet euphémisme qui renvoie aux origines obscures de l’argent – ont frappé à la porte de Morales pour lui proposer des financements. (…) J’espère qu’il ne les a pas reçus », avait ainsi indiqué l'analyste politique Manuel Conde dans El Pais.

    Qu'importe ces accusations pour celui qui veut « être le meilleur président de l’Histoire » du Guatemala : il se dit « béni ». Une vision messianique de sa mission qu’il puise dans ses racines et sa formation spirituelles. Issu d’une famille protestante évangélique, ce père de quatre enfants est diplômé en théologie. Il est conservateur sur nombre de sujets sociétaux : opposition au mariage homosexuel lequel « génère le désordre social », à l’avortement, à la légalisation du cannabis. Mais, « quel que soit le vainqueur, il va devoir écouter la rue, rappelle Kévin Parthenay. Après ces mobilisations, le mouvement citoyen a plus de poids. La société civile est en train de s'ouvrir. Nous verrons si elle sera représentée dans les institutions. »

    A lire aussi, sur RFI, le portrait de l’adversaire de Jimmy Morales à l’élection présidentielle : « Sandra Torres a-t-elle une chance à la présidentielle ? ».

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