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    «Sigo siendo» de Javier Corcuera: à l'écoute des cultures du Pérou

    media La chanteuse Sara Van interprète «Cardo o ceniza » de Chabuca Granda. DR

    Faire connaître les musiques du Pérou, entre forêt amazonienne, montagne et mer. Sauver ce qui peut l'être d'une culture essentiellement de tradition orale. C'est le propos du documentaire «Sigo Siendo» de Javier Corcuera, sorti ce mercredi sur les écrans. Il a nécessité un important travail d'inventaire -sur quatre ans- pour filmer ces hommes et femmes qui font vivre les musiques du Pérou et nous livrent ici leurs souvenirs, leurs émotions. Une véritable galerie de personnages, noirs, blancs, métis, indiens, « à petits carreaux », mais tous profondément musiciens.

    Don Máximo est mort en début d'année. Lui qui voulait vivre 200 ans tant il avait de choses à faire, fait à son instrument une belle déclaration dans le film. Mon violon est « comme mon père, comme ma mère, et je l'aime. Quand je joue du violon, je me souviens d'eux et dans l'autre vie je serai aussi violoniste. Jamais je ne cesserai de jouer du violon ». Don Máximo n'est plus, le guitariste maestro César Calderón, “Cesitar” non plus. Mais comme un certain nombre de compositeurs, musiciens, chanteurs évoqués dans le film Sigo siendo, qui veut précisément dire « nous sommes toujours là », ils vivront toujours grâce à leur musique. D'ailleurs quelque part là-haut, ils doivent faire une sacrée fête tous ensemble puisqu'ils ne redescendent pas, rigole un ami du grand « zapateador », Amador Ballumbrosio, dit Amador Champita, dont les fils dansent au son du violon de Don Máximo.

    Musique indienne, musique noire, musique de la côte

    Le violon mène la danse, et appelle à lui les autres personnages, les musiciens et leurs instruments qui circulent dans de petits combis colorés sur les routes des hauts plateaux lunaires des Andes, et se retrouvent au gré des fêtes. Car il est beaucoup question de fêtes dans ce film : fêtes de village de la cordillère, fêtes de quartier de Lima, fêtes de bistrot, autant de « jaranas » où l'on peut chanter et jouer pendant des jours, parce que la musique c'est la vie et que sans musique, il n'y pas de vie qui tienne.

    Victoria Villalobos, chanteuse créole. DR

    Les fêtes mettent en danse et en musique la richesse des cultures du Pérou, pays de métissage : musique des Andes, chants à la fécondité de la terre, harpe et quena, notes aigrelettes du charango ; musique afro-péruvienne des descendants d'esclaves noirs au rythme du « zapateo », du « cajon », des güiros et des cloches ; chansons d'amour des bastringues du port de Callao sur les textes de la grande Chabuca Granda, guitare espagnole et « quijada de burro » (mâchoire d'âne) ; chant a capella de la forêt amazonienne, ode au fleuve et au cœur de l'anaconda. Tous les morceaux du film sont enregistrés en direct avec deux équipes de prise de son. Un beau travail qui rend plus sensible l'émotion du moment présent notamment dans les prises sur les scènes de fête.

    Le chant de l'eau, chant de la vie

    De la même que la vie est inconcevable sans la musique, elle est impossible sans l'eau. L'eau et la musique fertilisent les sols et fécondent les esprits. Le premier chant du film est celui de la pluie. La pluie va au fleuve Amazone et la caméra suit la silhouette de « la femme qui voyage », Amelia Panduro, dont le nom en langue shipibo-conido signifie « la mère de l'eau ». Trame narrative classique, au fil de l'eau, du grand fleuve aux cascades des Andes où les ciseaux de la danse sont baptisés, aux canaux d'irrigation nettoyés par la collectivité villageoise pour permettre les semailles, des torrents jusqu'à la mer et au port de Callao. Jusqu'à ces plages de Lima où, parce qu'il faut bien vivre, le violoniste Andrès Chimango Lares, vend des glaces.

    Chanteuse et comédienne, Magaly Solier que l'on a aussi vue dans les films "Madeinusa" ou "La teta asustada". DR

    Entre tous ces groupes de musiciens, de tout temps et encore maintenant, les contacts sont fructueux et nourris. Les partitions quand elles existent circulent, mais la transmission se fait surtout oralement. La musique est souvent une affaire de famille comme chez les zapateadores Ballumbrosio de El Carmen. La musique se raconte souvent au passé, les anciens tirent leur révérence, mais de jeunes artistes émergent comme aussi ce jeune garçon qui interprète le refrain du film au violon, composé par Andrès Chimango Lares, avec la ville de Lima à ses pieds, ou ces jeunes chanteuses : Magaly Solier, qui fait aussi une belle carrière cinématographique, ou encore Victoria Villalobos et Sara Van. La relève semble assurée même si les parents étaient peu enthousiastes à l'idée que leurs enfants mènent la « vie de bohème » et de « borrachon » (ivrogne) des musiciens.

    Un hommage à José Maria Arguedas

    Une culture vivace malgré tout, malgré les fractures politiques et sociales du pays que le réalisateur Javier Corcuera, qui travaille surtout sur des questions d'actualité, laisse percevoir. Certaines chansons de Felipe Pinglo, grand compositeur, furent interdites parce qu'elles ne plaisaient pas à « certaines classes sociales qui se sentaient accusées », rappelle le compositeur et guitariste Carlos Hayre. Dans les Andes, et notamment dans la région d'Ayacucho, le souvenir de la sale guerre contre le Sentier Lumineux est également encore douloureux. Ne plus jamais vivre ça, prie Andrès Chimango Lares, qui se souvient des corps des hommes morts et des larmes de douleurs des femmes et des enfants. Portes en bois fermées, des maisons d'adobe, fragiles petits cadenas sur des familles brisées.

    Le maître violonniste Máximo Damián, originaire de la région d'Ayacucho. DR

    D'une musique à l'autre, d'une langue à l'autre, du quechua au castillan en passant par la langue des Shipibos-Conibos d'Amazonie. Le poète et ethnologue José-Maria Arguedas a tenté de réconcilier les langues et cultures du Pérou, entre un monde indien dominé et une culture hispanique dominante. Immergé dans la culture quechua dans son enfance, quoique d'ascendance créole, il a écrit dans les deux langues. Arguedas, qui a été le « grand frère » de Don Máximo, petit Indien échoué dans la capitale dont il ne parlait pas la langue, est toujours présent, symbole du propos du film : grâce à la musique, à l'art, le fil de la vie ne se rompt pas. De la ferme de son enfance, il ne reste que les fresques abîmées de la façade et les toits rouillés de la tôle, mais sa musique et sa pensée, elles, sont encore vivantes. Grâce à cette chanson qu'il interprète lui-même et que l'on entend dans le film, José-Maria Arguedas et les autres peuvent dire « ¡Kachkaniraqmi ! », « on est toujours là ! ».

    La famille et les proches d'Amador Champita : musiques noires de la côte. DR

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