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    Argentine: Scioli-Macri, duel entre deux frères jumeaux

    media Le candidat de l'alliance Cambiemos, Mauricio Macri (2e à droite) et son épouse, à côté du candidat du Front pour la Victoire (FPV) Daniel Scioli et sa femme, à la fin du débat télévisé le 15 novembre 2015. REUTERS/Marcos Brindicci

    Ce dimanche 22 novembre, 32 millions d’électeurs élisent le successeur de la présidente Cristina Kirchner, qui termine son second mandat le 10 décembre. Entre le candidat du parti péroniste au pouvoir et celui de l’opposition, les ressemblances l’emportent sur les différences. Portraits croisés.

    Par notre correspondant à Buenos Aires,

    Ils sont riches et liés au monde de l’entreprise, ils ont moins de 60 ans et sont venus à la politique sur le tard, après s’être fait connaître par le sport. Leurs femmes sont belles, médiatiques et se témoignent de l’amitié. Eux-mêmes se disent - se disaient plutôt - amis. Aujourd’hui, ils s’affrontent en un duel à mort. L’un d’eux sera le nouveau président de l’Argentine. Ce dimanche 22 novembre, en un second tour qui s’annonce passionnant, 32 millions d’électeurs désigneront l’un de ces deux hommes comme le successeur de Cristina Kirchner, élue en 2007 et réélue en 2011, qui termine son mandat le 10 décembre.

    Frères jumeaux, passagèrement ennemis, Daniel Scioli, le candidat du Front pour la victoire (FPV) et Mauricio Macri, celui de l’alliance Cambiemos (Changeons) ? L’analyste Orlando D’Adamo n’est pas loin de le penser et signale d’autres points communs entre eux : « S’ils appartiennent maintenant à la classe politique, Macri et Scioli ne sont pas des politiciens traditionnels. Par leurs origines, mais aussi par leur style, très proche. Ce sont des modérés, ouverts au contact avec les gens. Ils ne cherchent pas l’affrontement, contrairement à ce que nous avons vu ces dernières années à la tête de l’Etat en Argentine. On peut parfaitement imaginer que l’un ou l’autre se réunisse publiquement avec des leaders de l’opposition pour parvenir à un accord, chose impossible sous le gouvernement actuel. Trentenaires dans les années 1990, celles du libéralisme triomphant, tous deux ont une bonne relation avec les milieux d’affaires. »

    Le politologue Rosendo Fraga complète ce troublant portrait croisé : « Dans d’autres pays, Macri et Scioli seraient des candidats de centre droit, un espace politique qu’il n’est pas bien vu de revendiquer en Argentine, mais qu’ils partagent. S’ils veulent évidemment accéder à la présidence, aucun d’eux n’est prêt à tout pour arriver au pouvoir. Ils restent de mauvais orateurs, même s’ils ont fait des progrès sur ce plan. Macri est ingénieur, Scioli a une maîtrise en marketing. Celui qui sera élu sera le deuxième président de l’histoire du pays qui ne sera pas avocat, et le premier non issu de l’université publique. Ajoutons, même si cela peut paraître anecdotique, que les deux sont d’origine italienne, Macri par son père, Scioli par son grand-père. »

    L’un est péroniste, l’autre pas

    Alors, blanc bonnet et bonnet blanc ? Pas de différences entre les deux candidats ? Si, quand même : l’un est péroniste, l’autre pas. En réalité, l’un a choisi le péronisme (et a d’abord été choisi par ce dernier) pour entrer en politique. L’autre est plutôt allergique au mouvement fondé il y a 70 ans par Juan Perón, qui a été élu président en 1946, en 1952 et en 1973, - parti qui prend la défense des travailleurs et des plus défavorisés et occupe ici la place dévolue à la gauche en Europe -, mais il a quand même tenu à inclure des péronistes dans son équipe. En Argentine, on n’y échappe difficilement. Mais que l’élu soit Scioli ou Macri, après la véhémence de Cristina Kirchner, l’Argentine va vers une présidence apaisée.

    Daniel Scioli est né le 13 janvier 1957 à Buenos Aires, au sein d’une famille bourgeoise et riche. Son père possédait une chaîne de distribution de produits électroménagers où il a lui-même travaillé. Dans les années 1980 et 1990, il a été huit fois champion du monde de motonautisme. Sa carrière sportive a été marquée par un grave accident en 1989, où il a perdu son bras droit (depuis, il porte une prothèse), ce qui ne l’a pas empêché de reprendre la compétition et de gagner de nouveaux titres.

    Il se retire en 1997, au faîte de sa gloire, et c’est alors que le président péroniste Carlos Menem l’invite à intégrer son équipe. Député, puis secrétaire d’Etat, il adhère à la politique libérale de son mentor. Après la crise de 2001, c’est le péronisme de gauche, très critique à l’égard des années Menem, qui prend le dessus. Mais Néstor Kirchner n’hésite pas à proposer à Scioli de l’accompagner comme candidat à la vice-présidence dans le ticket avec lequel il gagnera les élections de 2003. En 2007, quand Cristina Kirchner succède à son mari, qui décèdera trois ans plus tard, Scioli est élu gouverneur de la province de Buenos Aires, la plus importante du pays (près de 40% de la population et du PIB).

    Réélu à la tête de la province en 2011, quand Cristina Kirchner est plébiscitée pour un second mandat avec 54% des voix dès le premier tour, Daniel Scioli s’installe dans le paysage politique comme une des figures les plus populaires du pays, avec des scores parfois supérieurs à ceux des Kirchner. Sans doute parce qu’il est proche de gens, mais aussi et peut-être surtout parce qu’il fait entendre sa différence. Si l’homme s’est éloigné du libéralisme de Menem, on sent qu’il ne communie pas tout à fait avec le péronisme dans sa version « kirchnériste » d’une présidente qui se voit construire une geste «  nationale et populaire ». S’il accompagne le mouvement, Scioli reste un modéré et un centriste. Cela lui assure des sympathies dans la société bien au-delà de l’électorat péroniste traditionnel, mais suscite la méfiance de l’aile gauche du parti et des proches de Cristina Kirchner, qui le voient parfois comme un infiltré.

    Du statut de favori à celui d'outsider

    Pourtant, quand il faut chercher un candidat à la succession de la présidente, empêchée de se représenter par la disposition constitutionnelle qui interdit plus de deux mandats successifs, il faut se rendre à l’évidence : de tous les barons du péronisme, Scioli est le seul capable de gagner. Le parti s’y résout à contrecœur et la présence à ses côtés de Carlos Zannini, un proche de Cristina Kirchner, ne suffit pas pour qu’il soit soutenu avec enthousiasme par son camp dans la première phase de la campagne. Seule son épouse, la belle Karina Rabolini, ancien mannequin aujourd’hui à la tête d’une ligne de cosmétiques, se bat vraiment pour lui. Résultat, alors qu’il partait grand favori et était crédité de près 40% des intentions de vote, le 25 octobre, au soir du premier tour, il obtient à peine plus de 37 % des voix. Surtout, et c’est la surprise, il ne devance Mauricio Macri que de moins de 3 points. Comme la candidate de ce dernier au poste de gouverneur de la province de Buenos Aires, María Eugenia Vidal, s’impose aussi dans ce fief péroniste, le vent semble commencer à tourner.

    Pour le second tour, les « kirchnéristes » se mobilisent derrière leur candidat jusque-là mal aimé. Scioli n’est plus Scioli : il se « kirchnérise », adoptant un style agressif et passant plus de temps à attaquer son rival, accusé de vouloir revenir au libéralisme sans frein des années 90 (qu’il avait pourtant embrassé) qu’à faire valoir ses propositions. Peut-être pas la meilleure manière de rallier les indécis et l’électorat indépendant, comme semblent le dire tous les sondages, qui annoncent une victoire de Macri ce 22 novembre.

    Mauricio Macri n’a pas répondu aux attaques de Scioli. Cet ingénieur né le 8 février 1959 à Tandil, dans la province de Buenos Aires, et dont la famille est encore plus riche que celle de son actuel adversaire, a eu du mal à se faire un nom. S’il a occupé des postes dans des entreprises du groupe Macri (travaux publics, construction automobile, commerce international), un des plus puissants du pays, il a été rejeté par son père et en a souffert, ce qui l’a conduit à s’en éloigner. En 1995, tout en conservant des fonctions dans des sociétés, il est élu président du club de foot Boca Juniors, le plus populaire du pays avec son rival River Plate. Il y reste jusqu’en 2008 et montre ses capacités de gestionnaire : le club est modernisé, ses finances sont assainies et Boca connaît sur le plan sportif la phase la plus brillante de son histoire, avec 17 titres nationaux et internationaux. Même s’il reste froid et que son élocution est médiocre, Mauricio Macri devient un homme populaire. En 2003, l’année ou Scioli est élu vice-président avec Néstor Kirchner, il se lance en politique en créant son parti, Coalición por el Cambio (Coalition pour le changement) qui deviendra Propuesta Republicana (Proposition républicaine), plus connu comme Pro, en 2005.

    Après une défaite honorable en 2003, Macri gagne les élections municipales de la ville de Buenos Aires, la capitale fédérale du pays (et qui ne fait pas partie de la province de même nom), en 2007. À la tête du deuxième district le plus important de l’Argentine (7,5% de la population et près de 20% du PIB), sorte de ville-Etat qui a rang de province, il se montre encore bon gestionnaire, ce qui lui permet d’être réélu facilement en 2011 et d’installer son dauphin à la mairie en 2015. Au début de l’année, après avoir confirmé ses ambitions présidentielles, il forme une alliance avec le parti radical, traditionnellement la deuxième force politique derrière le péronisme, et d’autres formations, Cambiemos (Changeons). Ce faisant, il élargit son électorat potentiel et rompt avec l’image de droite libérale qui était accolée au PRO, les radicaux étant au centre de l’échiquier politique après avoir longtemps été au centre gauche.

    Macri, favori dans les sondages

    Parallèlement, Macri améliore ses capacités oratoires et prend confiance en public. Son discours est simple : il met en avant la gestion, l’équipe et le dialogue. Très critique à l’égard des présidences Kirchner, il n’oublie pas que la majorité des Argentins est attachée au rôle actif de l’Etat dans l’économie et aux réformes sociales qui sont considérées le socle de la politique des douze dernières années, tout en étant lassée du style de gouvernement de combat de l’actuelle présidente. Habilement, il désamorce ainsi à l’avance l’effet des attaques de Scioli en fin de campagne, en reconnaissant, dès avant la première manche, le bilan positif du kirchnérisme et en annonçant qu’il ne reviendrait pas sur ces acquis.

    Dans sa campagne, il est aidé par des femmes. Un peu par son épouse, la belle Juliana Awada, créatrice et propriétaire d’une grande marque de prêt-à-porter, beaucoup plus discrète que son amie Karina Rabollini, beaucoup par deux jeunes cadres issus du PRO : Gabriela Michetti, sa colistière dans le ticket présidentiel, handicapée suite à un accident de voiture, et María Eugenia Vidal, aujourd’hui gouverneure de la province de Buenos Aires. Deux des femmes les plus populaires d’Argentine, entrées en politique à l’appel de Macri il y a seulement dix ans. Dans son équipe il y a aussi d’anciens radicaux et, au premier plan, des péronistes, dont l’un, Diego Santilli, est aussi un dirigeant important du club de foot River Plate, le grand rival du Boca Juniors de Macri.

    Fort des 34% des voix obtenues le 25 octobre, Mauricio Macri a fait campagne pour le second tour en appelant à la fin des divisions et à l’unité des Argentins. Sans plus de précisions sur son programme de gouvernement, il a fait rêver à un avenir meilleur sur la base de ce qui a été construit. Selon les sondages, il aurait convaincu une majorité des électeurs. Il faut évidemment être prudent et attendre le verdict des urnes, ce dimanche 22 novembre. Mais si Macri était élu, ce serait la troisième défaite du péronisme en 70 ans et la première victoire sur ce dernier d’un candidat non issu du parti radical, ce qu’étaient Raúl Alfonsín (1983) et Fernando de la Rúa (1999). Un changement, sûr ; peut-être même, pour ce qui est de l’histoire politique argentine, une révolution.

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