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    Amériques

    Venezuela: climat tendu pour l’investiture de la nouvelle Assemblée

    media Le député de Caracas Henry Ramos Allup (en conférence de presse le 4 janvier 2016) est le nouveau président de l'Assemblée nationale vénézuélienne. REUTERS/Marco Bello

    La nouvelle Assemblée nationale élue le 6 décembre dernier prend ses fonctions ce mardi 5 janvier. L’opposition a remporté la majorité qualifiée avec 112 députés élus sur 167, une première victoire électorale depuis 17 ans face au parti chaviste. Mais cette première session s’annonce houleuse. Car les chavistes tentent de verrouiller tous les postes clés. Et le Tribunal suprême de justice a suspendu l’élection de trois députés de l’opposition, la privant ainsi de la majorité des deux tiers. Malgré cette suspension, l’opposition a déclaré que ses 112 députés se rendraient tous à l'Assemblée pour prêter serment.

    Le Tribunal suprême de justice a suspendu fin décembre le processus dans l’Etat d’Amazonas, et donc les trois députés élus de l’opposition et un chaviste. Malgré cela, la MUD (Table de l’unité démocratique, coalition de l’opposition) a appelé ses militants à accompagner ses 112 élus jusqu’aux portes du bâtiment. Elle a dénoncé un « coup d’Etat judiciaire » et entend conserver ses trois sièges.

    Le président Nicolas Maduro avait pourtant reconnu les résultats le soir des élections, mais 48 heures après, il a multiplié les tentatives de verrouiller les postes clés du pouvoir. Le président sortant de l’Assemblée nationale Diosdado Cabello, numéro deux du régime, un ex-militaire ancien bras droit de Hugo Chavez, lui, a institué une assemblée communale parallèle qui a siégé pour la première fois ce lundi 4 janvier 2016, pour limiter le pouvoir de la nouvelle Assemblée dominée par l’opposition. L’assemblée sortante s’est aussi dépêchée de renouveler 13 juges de la Cour suprême et 21 suppléants pour garder la main, des nominations contestées par le camp adverse.

    Henry Ramos Allup à la tête de l'Assemblée

    Avec trois députés suspendus, du moins provisoirement, l’opposition ne compterait plus que 109 députés et n’aurait plus la majorité des deux tiers (minimum 111 députés). Elle n’aurait plus le pouvoir de convoquer un référendum, une assemblée constituante ou réduire le mandat du président. Mais elle pourrait encore rétablir l’équilibre entre les pouvoirs législatif et judiciaire, jusqu’à présent exclusivement aux mains du parti chaviste, estime Paula Vasquez, chargée de recherches au CNRS : « Cette nouvelle Assemblée a comme premier défi de faire face à une décision de justice qui a été prise d’une façon extrêmement arbitraire le 31 décembre. Il y a toute une série d’irrégularités qui peuvent être remises en cause par ce "muscle politique" de l’opposition vénézuélienne. C’est pour cela qu’aujourd’hui est un jour très important. »

    Pour affronter le parti chaviste, la coalition de l’opposition a choisi ce dimanche comme nouveau président de l’Assemblée un homme expérimenté, le député de Caracas Henry Ramos Allup. Ainsi pour la première fois en dix-sept ans, le président de l’Assemblée nationale ne sera pas du parti chaviste. Le secrétaire général d’Acción Democrática, un des plus anciens partis du pays, est aussi le vice-président de l’Internationale socialiste ; il succèdera à Diosdado Cabello qui a dirigé la chambre sans partage pendant quatre ans.

    Et Henry Ramos Allup n’a pas la langue dans sa poche. L’avocat est un tribun chevronné et redoutable, il critique aussi bien son proche camp que les chavistes au pouvoir. Lors d’une conférence de presse dimanche, il a promis de représenter tous les Vénézuéliens. « La célébration, c’est d’abord de respecter le vote des Vénézuéliens. C’est de pouvoir regarder notre peuple en face et lui dire : "nous tenons notre engagement pour le changement, et nous respectons le vote que nous avons exprimé dans les urnes". Et nous serons aussi les députés de ceux qui n’ont pas voté pour nous ! Car nous devons en finir une fois pour toutes avec ce concept terrible que beaucoup ont transformé en devise de leur politique, le mot "hégémonie" ! »

    Des réformes économiques attendues

    La coalition de l’opposition, composée d’une multitude de partis depuis la gauche jusqu’à la droite, a opté pour une présidence tournante qui sera renouvelée tous les ans. Un système similaire sera instauré pour les autres postes clés de l’Assemblée.
    Selon le politologue Eduardo Valero Castro, professeur à l’Université centrale du Venezuela, le pays est entré dans un nouveau cycle politique. Et le choix de Henry Ramos Allup pour cette première année de présidence de l’Assemblée nationale était important pour l’opposition, car l’homme, âgé de 73 ans, connaît bien les rouages de l’instance législative : « On parle d’un des parlementaires qui a la plus grande carrière du Venezuela. Et pour cette première année qui sera tellement difficile, je pense que Henry Ramos Allup a la sagesse nécessaire, car il a été parlementaire pendant de longues années, il connaît bien l’Assemblée nationale, et je pense qu’il peut donner un poids politique et de [la] sagesse pour bien gérer la polarisation et l’émotivité qui perdure des deux côtés, ce qu’on ne doit pas oublier. »

    La nouvelle Assemblée devra surtout voter des lois pour faire face aux attentes des Vénézuéliens. L’opposition a promis de voter une loi d’amnistie pour les prisonniers politiques comme Leopoldo Lopez. Et surtout une loi pour relancer la production nationale, redresser l’économie et lutter contre la corruption. Des voix dissidentes à l’intérieur du chavisme critiquent aussi les politiques économiques menées par le président Nicolas Maduro depuis deux ans.

    Corruption et criminalité : les deux fléaux du Venezuela

    Car le Venezuela est plongé dans une crise économique, aggravée par la chute des cours du pétrole. Le pays est miné par la corruption et la violence. Nicolas Maduro a mis en garde les Vénézuéliens contre les politiques d'austérité antirévolutionnaires de l'opposition, qui mettraient fin aux programmes sociaux des « missions » logement, santé, mis en place par Hugo Chavez.

    Le rapport 2014 de Transparency International sur la corruption dans le monde place le Venezuela à la 161e place sur 175. Il sera donc primordial de s’attaquer aussi à la lutte contre la corruption et la criminalité organisée qui ronge le pays. « Il n’y a eu aucune enquête judiciaire sur les cas de corruption au cours des cinq à dix dernières années », s’alarme Paula Vasquez. Tout ceci a une incidence sur la crise économique que vit le pays, assure-t-elle. « L’année 2016 sera sans doute une année très dure pour les Vénézuéliens car la crise économique est très profonde, elle relève aussi d’une défaillance du système productif national. » L’opposition s’attellera donc rapidement à « ouvrir des procès pour corruption pour en finir avec ce système qui a mené le pays à la faillite économique ».

    Autre dossier brûlant : la lutte contre l’insécurité. Selon l’Observatoire vénézuélien de la violence, une ONG indépendante, le pays aurait enregistré plus de 27 000 morts violentes en 2015, faisant du Venezuela le deuxième pays le plus violent au monde parmi les pays qui ne sont pas en guerre.

    Appels au calme et à la responsabilité

    L’opposition a appelé les Vénézuéliens qui ont élu ses députés à les accompagner jusqu’aux portes du bâtiment. Et de leur côté, sept organisations chavistes ont annoncé des rassemblements dès 9 heures du matin (heure locale), en soutien aux politiques sociales lancées par l’ancien président Hugo Chavez et qui pourraient selon eux être mises en danger par l’opposition.

    Selon le politologue Eduardo Valero Castro, les Vénézuéliens ne veulent plus de joutes verbales mais des actes. « J’espère que les manifestations seront pacifiques et civiques, je pense que le peuple vénézuélien n’en peut plus de ces joutes verbales violentes. Dans tout le pays, il y a des problèmes de pénuries, de distribution de denrées alimentaires, d’inflation qui atteint de plein fouet le portefeuille des Vénézuéliens. Le pays veut un changement. Les gens veulent une ouverture, une normalisation, et ils réclament à cor et à cris plus de sécurité et qu’on s’occupe de tous ces problèmes. »

    Dans un message télévisé lundi soir, le président Nicolas Maduro a assuré avoir donné l’ordre aux forces de sécurité vénézuéliennes de garantir la prise de fonction pacifique de la nouvelle assemblée. Un signe d’apaisement, même si Nicolas Maduro a déclaré : « Que ce 5 janvier le Parlement bourgeois prenne ses fonctions », il a aussi appelé ses partisans, « les révolutionnaires, à travailler, corriger, lutter et construire » la révolution bolivarienne.

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