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    Amériques

    Zika: l’Eglise face à la question de l'avortement en Amérique latine

    media Une future mère brésilienne, enceinte de 5 mois, se protège avec de l'anti-moustique, à Rio de Janeiro, le 28 janvier 2016. REUTERS/Pilar Olivares

    Avec l’expansion du virus Zika en Amérique latine, l’ONU et plusieurs associations ont appelé à faciliter l’accès des femmes à la contraception et à l’avortement. Des représentants de l’Eglise catholique de plusieurs pays n’ont pas tardé à élever la voix, alimentant un débat délicat dans une région où l’Eglise est encore très influente sur les questions de société.

    Le virus Zika, transmis par des moustiques de type Aedes, est soupçonné d’entraîner une grave malformation cérébrale chez les fœtus et les embryons. Devant les risques de voir se multiplier les naissances de bébés victimes de microcéphalie, plusieurs pays, dont le Brésil et la Colombie, gravement touchés par l’épidémie, ont conseillé de retarder toute grossesse pour le moment.

    Mais le Haut-commissariat de l’ONU aux droits de l’homme a estimé que cet avertissement était inutile dans des pays où l’accès à la contraception et l’avortement sont interdits ou limités. Dans un communiqué, le Haut-commissaire Zeid Ra’ad Al Hussein a enjoint les gouvernements de ces pays à s'assurer que les populations aient accès « à des services et des informations de qualité sur la santé et la reproduction, sans discrimination », incluant « le droit à la contraception, aux soins maternels et à l'avortement dans un environnement sécurisé ».

    Une affiche de prévention anti-zika, à Tegucigalpa, au Honduras, le 6 février 2016. REUTERS/Jorge Cabrera

    Une position partagée par la Fédération internationale pour le Planning familial (IPPF). « Dans les régions affectées, environ la moitié des grossesses ne sont pas prévues. Les femmes pauvres ou vivant en région rurale sont à la fois les plus susceptibles d’être infectées et celles pour qui l’accès à la contraception est le plus difficile », a commenté son directeur-général Tewodros Melesse dans un communiqué. Il a recommandé aux gouvernements de renforcer « l’accès aux services d’avortement sans risques pour les femmes qui en ont besoin ».

    Des évêques montent au créneau

    Si le Vatican est pour le moment resté silencieux sur le sujet, plusieurs représentants de l’Eglise catholique dans la région n’ont pas tardé à réagir. Le cardinal péruvien Juan Luis Cipriani a comparé l'ONU à « Hérode », roi de Judée qui, d’après l’Evangile selon Matthieu, avait ordonné le massacre d'enfants. « Aujourd'hui, nous sommes encerclés d'Hérodes (...). Les Nations unies, face au virus Zika, ont décrété que nous devrions approuver l'avortement et tuer les enfants. Il faut vraiment être très bête », a déclaré samedi l'archevêque de Lima durant son émission de radio.

    Par la voix de la psychiatre Daniela Cardona Lozada, la Conférence épiscopale de Colombie dénonce, dans un article du 5 février publié sur son site, les pressions « du lobby pro-avortement pour libéraliser l’IVG en Colombie, avec le soutien des Nations unies et des grandes multinationales ». Elle rappelle que les liens entre le virus Zika et la microcéphalie ne sont pas encore scientifiquement prouvés. « Nous sommes surpris de constater que l'on mette en place un plan de contrôle démographique pour résoudre une épidémie se transmettant par des vecteurs », réagit-elle.

    Même son de cloche du côté des évêques brésiliens. Dans un communiqué daté du 4 février, ils estiment que l’état d’urgence sanitaire décrété par l’OMS ne « justifie pas de préconiser l’avortement en cas de microcéphalie ». Tout comme les prélats colombiens, la Conférence épiscopale brésilienne pointe du doigt les actions de « certains groupes » qui montrent, selon elle, un « manque total de respect pour le don de la vie ».

    Pour le professeur de sociologie des religions Jean-Pierre Bastian, la position des hommes d’Eglise latino-américains n’est pas surprenante, même au regard de la gravité de la situation. « La réaction de l’Eglise se base sur l’affirmation qu’il faut respecter toute vie, même diminuée ou amoindrie, à tout prix. Le respect de la vie humaine est une valeur non-négociable », rappelle-t-il. « Cela touche à l’idée que l’Eglise se fait de son rôle social », et d’ajouter : « même si l’épiscopat doit se rendre compte du tragique de la situation, il y a une sorte d’acceptation que pères et mères doivent se sacrifier et endurer pour le respect absolu de cette vie ».

    Un couple de parents avec leur fils de deux mois atteint de microcéphalie, à Salvador, au Brésil, le 28 janvier. AFP PHOTO / Christophe SIMON


    Le Brésil au centre du débat

    L’Amérique latine représente environ 40% de la population catholique mondiale, avec 425 millions de fidèles dans la région, l’influence de l’Eglise sur les questions de société et de politiques publiques est encore forte. Et dans la majorité de ces pays, l’avortement ou la contraception sont strictement encadrés, limités, voire tout simplement illégaux. En Colombie et au Brésil, par exemple, l’IVG est interdite sauf en cas de viol ou de danger de mort pour la mère.

    Pour autant, cela ne devrait pas empêcher les femmes d’avoir recours à des méthodes contraceptives, estime l’historien et sociologue Jean-Pierre Bastian, spécialiste de l’Amérique latine. « Il y a toujours une distance entre la doctrine de l’Eglise et les catholiques eux-mêmes, qui ne suivent pas forcément ses recommandations », précise-t-il. « Même s’il y a un profond respect de cette vie, il n’y a pas de doute, elles vont utiliser la contraception au plus vite, au vue de la dangerosité du virus », analyse le chercheur.

    Au Brésil, le plus grand pays catholique du monde, un groupe de militantes, avocats et médecins ont décidé de déposer un recours auprès de la Cour suprême pour qu'elle autorise l'interruption de grossesse dans des cas de microcéphalie. « Comment obliger une femme à avoir un enfant lourdement handicapé en raison d'un facteur qui est complètement hors de son contrôle ? C'est inhumain », affirme le docteur Thomaz Gollop, membre de ce groupe, interrogé par l’AFP. Il recommande à ses patientes de reporter leurs projets de parentalité « jusqu'à ce que nous ayons une meilleure dimension de ce qui se passe. »

    Avec plus de 404 cas de bébés nés avec une microcéphalie depuis octobre au Brésil et 3 670 autres cas suspects associés au Zika, contre 147 confirmés sur l'ensemble de l'année 2014, le Brésil, pays le plus touché par le virus, est au cœur de l’épidémie et du débat qu’elle soulève autour de l’avortement et de la contraception.

    Un employé du ministère de la Santé pulvérise de l'insecticide dans une église de Caracas, au Venezuela, pour lutter contre les moustiques porteurs du virus, le 5 février 2016. AFP PHOTO/JUAN BARRETO

    Jubilé de Miséricorde

    L’année dernière, le pape François avait demandé que les prêtres accordent le pardon aux fidèles ayant avorté ou provoqué l’avortement, dans le cadre du Jubilé de la Miséricorde. « Je connais bien les pressions qui les ont conduites à cette décision. Je sais qu’il s’agit d’un drame existentiel et moral », avait-il déclaré. Une position qui, sans contredire la doctrine de l’Eglise sur l’avortement, démontre une certaine sensibilité du pape à ce sujet.

    À la fin du mois prochain, François doit délivrer une exhortation apostolique sur la vie familiale, qui devrait prendre en considération les recommandations des évêques du monde entier, après le synode sur la famille qui s’est tenu l'automne dernier. Interrogé par CNN, l’historien de l’Université du Michigan, Daniel Ramirez, estime que « la situation avec Zika pourrait amener le Vatican à ajouter quelques remarques au document issu de ce synode ». Il juge par ailleurs qu’il « devrait y avoir une certaine marge de manœuvre sous l'ère François pour une approche plus nuancée sur la question de la contraception ».

    Selon un sondage du grand réseau de chaînes de télévision hispanophone Univision, 91% de Colombiens et des Argentins, 93% de Brésiliens et 88% de Mexicains de confession catholiques supportent l’usage de contraceptifs.
     

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