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    Amériques

    Imagine Yoko Ono

    media Yoko Ono dans son installation « We Are All Water » (2006). Photo : Stephan Crasneanscki. Yoko Ono

    Elle incarne la force des idées et le pouvoir de l’imagination. Dès les années 1950, Yoko Ono commence à écrire « une nouvelle histoire de l’art ». Pourtant, aujourd’hui, très peu de gens savent d’où elle vient. L’artiste a longtemps été cantonnée au rôle de la femme de John Lennon et son Plastic Ono Band. Avec « Lumière de L’aube », le Musée d’art contemporain (MAC) de Lyon nous offre sur trois étages la plus grande rétrospective jamais réalisée sur l'œuvre de cette grande artiste conceptuelle née en 1933.

    Dès l’entrée, vous pouvez laisser votre empreinte sur le monde qui nous entoure. Yoko Ono a tapissé les murs du hall d’accueil avec des cartes du monde. Un tampon encreur nous incite à estampiller un pays de notre choix avec le slogan magique : « imagine la paix ». L’installation Imagine Map Peace, ressuscitée treize ans après sa première réalisation, symbolise bien l’esprit de cette exposition consacrée à Yoko Ono au Musée d’art contemporain (MAC) de Lyon : participatif, expérimental et complètement différent de toute autre rétrospective jamais organisée sur l’artiste japonaise:

    « Mon idée est d’être au plus près du projet de Yoko Ono, de faire en sorte que le public participe, qu’il achève lui-même l’œuvre, que l’œuvre ne soit pas une fois pour toute un original qu’on ne touche plus, affirme le commissaire Thierry Raspail. Ici, vous pouvez monter sur des échelles, jouer aux échecs, entrer dans des sacs, pratiquer la lumière… »

    Changer le monde

    Dans son art, Yoko Ono assume vouloir changer le monde. D’où aussi le titre de la rétrospective, Lumière de L’aube. « Elle m’avait donné le titre après les attentats du 13 novembre à Paris. Alors, je me demande s’il n’y a pas derrière quelque chose qui l’a influencée », confie Thierry Raspail.

    Lumière est aussi le titre de la pièce spécialement créée pour le MAC de Lyon. Avant d’entrer dans cette boîte blanche, merci de vous déchausser et de vous revêtir d’un sac noir pour affronter la lumière la plus intense et le noir le plus profond : « A l’intérieur du sac, on voit ce qui se passe dehors, mais les gens dehors ne voient pas ce qui se passe dans le sac. C’est un mélange entre le comportement qu’on peut avoir et l’influence de l’extérieur qui nous pénètre. Pour Yoko Ono, la lumière est une source d’interaction avec le monde et qui nous permet d’être un peu meilleurs. »

    « Imagine Map Peace », dans l’exposition Yoko Ono à Lyon. Première réalisation en 2003. Siegfried Forster / RFI

    Les instructions de Yoko Ono

    Peintures, installations, vidéos, slogans, affiches, musique, arbres à vœux… Les idées de l’artiste s’avèrent à la fois grandioses et de petite taille. Car, la plupart du temps, ses œuvres sont basées sur des « instructions », quelques lignes couchées sur un papier. Après, tout dépend de la mise en œuvre de l’imagination artistique. Les espaces généreux de l’exposition nous permettent de vivre cette expérience : une phrase accrochée au mur peut aboutir sur une performance de deux secondes ou une installation de plusieurs centaines de mètres carrés. Entre 1955 et 1962, au début de sa carrière new-yorkaise, Yoko Ono avait provoqué avec cette technique une véritable révolution copernicienne dans l’histoire de l’art, avance Thierry Raspail : 

    « Chez elle, l’instruction, la formule poétique, est à l’origine de tout. Prenons l’exemple Peinture pour le vent. L’œuvre est finie quand on dit : « Une peinture pour le vent ». Ensuite, Yoko Ono peut la réaliser elle-même ou vous dire : réalisez-la. Et vous pouvez la réaliser sous toutes les formes : film, vidéo, performance, livre… Cela ne correspond pas du tout à l’idée qu’on a de l’œuvre d’art. Donc la question de l’original, du statut, de l’interprétation, tout cela est complètement remis en question. Ce sont des choses auxquelles on n’avait pas songé avant elle. »

    Fille d'une famille riche et artistique

    Comment expliquer que cette fille, née le 18 février 1933, à Tokyo, dans une des plus riches familles du Japon, deviendra cette star emblématique et avant-garde que lon connaît aujourd’hui ? « Vous savez, Frédéric le Grand était aussi compositeur. Et malgré le fait d’être roi de Prusse, il faisait merveilleusement de la musique, remarque Jon Hendricks, l’un des meilleurs spécialiste de l’œuvre de Yoko Ono et co-commissaire de l’exposition. Pendant son éducation, Yoko Ono était exposée à beaucoup d’idées différentes : la philosophie, la musique d’avant-garde, son père était pianiste et traduisait l’un des constructivistes russes en japonais. Donc sa famille avait un esprit très ouvert. »

    Avec une mère peintre et un père à la fois banquier et pianiste, elle reçoit dès son plus jeune âge une formation musicale classique poussée en piano et chant. A son école Jiyu-Gakuen, littéralement « Ecole du libre esprit », elle apprend à écouter et à transcrire en notes de musique son environnement. Un détail révélateur quand on sait l’importance de la dimension sonore de ses œuvres et sa carrière mondiale.

    « Helmets » dans l’expo Yoko Ono à Lyon. Ensemble de casques de la Seconde guerre mondiale suspendus de telle sorte qu’ils contiennent des morceaux de puzzle représentant le ciel. Reconstituer le ciel, telle est l’ambition du visiteur. Siegfried Forster / RFI

    La faim et le ciel

    Quant à son idée de 1966, Sky-TV, d’enregistrer le ciel et le diffuser en direct sur un téléviseur, elle rappelle son expérience vécue à la fin de la Seconde guerre mondiale. D’abord protégée par le bunker antiaérien familial, Yoko Ono, accompagnée par sa mère et son frère, avait finalement fui la ville sous les bombardements pour se réfugier à Karuizawa : « J’avais faim… Allongés sur le dos, regardant le ciel à travers un trou dans le toit, nous échangions des menus dans les airs et utilisions nos pouvoirs de visualisation pour survivre », se souvient-elle dans Acorn, publié en 2013.

    Après la guerre, Yoko est la première femme à étudier la philosophie à l’université Gakushuin, normalement réservée aux membres de la famille impériale, y découvrant aussi bien le marxisme que l’existentialisme ou les idées pacifiques. En 1953, elle suit sa famille à New York pour étudier la poésie et la composition avant de s’enfuir avec son amant et futur mari, le compositeur japonais Toshi Ichiyanagi. Grâce à lui, elle rencontre John Cage, mais aussi Morton Feldman, David Tudor et Merce Cunningham. Dans la même année, Yoko Ono présente Lighting Piece et devient une des premières artistes à créer des Event Scores, des partitions d’événement.

    Yoko Ono et Fluxus

    « En décembre 1960, elle loue un loft sans eau chaude au 112 Chambers Street à New York. Pendant six mois, avec La Monte Young, elle organise des Event Scores. On y retrouve la nouvelle chorégraphie, la nouvelle sculpture, mais aussi John Cage, Marcel Duchamp… Donc autour de l’atelier de Yoko Ono se cristallise une nouvelle idée de l’œuvre d’art, souligne Thierry Raspail. C’est elle, l’idée qu’une œuvre puisse avoir toutes les formes possibles et imaginables. C’est profondément nouveau. Elle influence aussi George Maciunas qui assiste tous les soirs aux concerts chez Yoko Ono. Ensuite Maciunas crée Fluxus et elle invente l’art conceptuel. »

    Pendant toute sa carrière, Yoko Ono a été entourée d’hommes créatifs sans perdre son indépendance et son imagination. En 1962, lors de la tournée de John Cage au Japon, elle s’allonge sur un piano à queue pour interpréter la performance musicale Music Walk. Dans la même année, elle fait calligraphier par son premier mari Toshi Ichiyanagi ses Instructions for Paintings, la première exposition de peintures sans peintures. Avec le cinéaste et artiste conceptuel Anthony Cox, son deuxième époux, rencontré lors d’un séjour dans un sanatorium à Tokyo et épousé en 1963, elle présente un an plus tard la première de sa célèbre Cut Piece.

    « Smile », vidéo de 49’29’’ dans l’exposition Yoko Ono à Lyon. En 1968, l’artiste japonaise réalise à Londres, à partir de deux longs plans couleur tournés en extérieur, un portrait au ralenti de John Lennon souriant. Siegfried Forster / RFI

    Quand John Lennon entre dans sa vie

    Dans cette performance, elle reste stoïquement agenouillée et invite les spectateurs à monter sur scène pour découper ses vêtements. Lors de ce striptease forcé, Yoko Ono réussit l’exploit de dévoiler sur scène à la fois la fragilité et la force de la femme ainsi que le voyeurisme et la violence entre les hommes. « C’est considérée comme une des plus importantes pièces de Yoko Ono, explique Jon Hendricks. Elle a un aspect féministe et beaucoup d’autres dimensions. A l’époque, c’était un travail très radical et il l’est resté jusqu’à aujourd’hui. Il pose toujours plein de questions. »

    John Lennon, son troisième mari, marquera à jamais le destin de Yoko Ono. Ils font connaissance à Londres, le 9 novembre 1966, la veille du vernissage de son exposition à l’Indica Gallery, autour de sa pièce Hammer A Nail : « Quelqu’un est entré et a demandé si ça ne posait pas de problème de planter un clou dans le tableau. J’ai dit que ça ne posait pas de problème s’il payait 5 shillings. Au lieu de payer, il a demandé si c’était d’accord pour qu’il plante un clou imaginaire. Ce type était John Lennon » raconte Yoko Ono dans ses mémoires.

    Sur un pied d'égalité

    Commence alors « une collaboration artistique sur un pied d’égalité. John était influencé par Yoko et Yoko était influencée par John », affirme Jon Hendricks. Est-ce que la musique prend le pas sur les arts plastiques ? « Quand elle rencontre John Lennon, lui, il va faire l’artiste, il va faire du 'sous-Yoko-Ono", ce qu’on ne dit jamais, s’offusque Thierry Raspail. Ce qui va changer, c’est que Yoko Ono sera un peu moins expérimentale dans la musique qu’elle va faire avec John. Et John Lennon sera un peu plus expérimental que la musique qu’il fait avec les Beatles. »

    John prête son sourire pour Smile, enregistré avec une caméra haute vitesse pour être projeté ensuite en ralenti pendant vingt minutes. Leur relation dure quatorze ans, rythmée par des Bed-In pour la paix et de plusieurs albums, jusqu’à l’assassinat de John Lennon en décembre 1980 : « Après, Yoko Ono, [très] éprouvée, arrête un peu les arts plastiques, raconte Thierry Raspail. Elle recommence peu à peu avec la musique. Pour cela, on a le sentiment que, pendant vingt ans, elle est d’abord que musicienne. »

    Témoignage d’une femme qui accompagne l’installation vidéo « Arising ». L’œuvre dénonce les violences faites aux femmes et rassemble de très nombreux témoignages, y compris ceux qui sont laissés par le public au cours de l’exposition (1ère réal. 2013). Siegfried Forster / RFI

    « I love you »

    La centaine d’œuvres au musée d’art contemporain de Lyon montrent à quel point sa carrière comme artiste conceptuelle a continué : « Ce dernier temps, les scènes électro américaines ont toutes remixé ses œuvres. Donc elle est plus connue comme ça. D’où l’importance de montrer la partie arts plastiques, sans négliger la partie musicale. »

    Empêchée par une grippe, Yoko Ono n’a pas pu venir au vernissage à Lyon. Prévoyante, cette combattante pour la paix a néanmoins tenu à nous donner par vidéo le code lumière de son amour : allumer une fois, puis deux fois, puis trois fois une lampe de poche pour signaler : « I love you ».

    Yoko Ono : Lumières de L’aube, rétrospective jusqu’au 10 juillet au MAC de Lyon

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