GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Jeudi 25 Août
Vendredi 26 Août
Samedi 27 Août
Dimanche 28 Août
Aujourd'hui
Mardi 30 Août
Mercredi 31 Août
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Dernières infos
    Amériques

    Vendredi à haut risque dans les rues d'un Brésil au bord du chaos politique

    media Des manifestants anti-gouvernementaux et anti-Rousseff, à Sao Paulo le 17 mars 2016, après la prise de fonctions de Lula da Silva. REUTERS/Paulo Whitaker

    Les Brésiliens sont dans la rue. Ce vendredi 18 mars, les partisans du gouvernement devraient de nouveau se montrer, alors que les opposants ont encore battu le pavé jeudi pour réclamer, toujours plus fort, le départ de la présidente, en marge de la prise de fonctions controversée de Lula en tant que ministre. Une entrée au gouvernement bloquée par les juges, tandis que la procédure de destitution visant Dilma Rousseff est relancée.

    Ambiance survoltée au Brésil. Déjà à la peine économiquement, le géant émergent d'Amérique du Sud vacille désormais pleinement sur le plan politique. Alors que la majorité parlementaire menace d'imploser, et que Dilma Rousseff risque une destitution, les contestataires n'en finissent plus de battre le pavé.

    Dimanche, des masses s'étaient déjà rassemblées en très grand nombre dans les rues du pays pour exiger le départ de la présidente de gauche, élue en 2010 et réélue en 2014. Le retour de son prédécesseur au gouvernement n'a rien arrangé. Dès mercredi, jour de l'annonce de la nomination de Lula, les réactions ont été épidermiques.

    Sur l’avenue Paulista de Sao Paulo, devant le siège du patronat, les manifestants réclamaient encore, jeudi soir, la démission ou la destitution de Dilma Rousseff, comme l'a constaté notre correspondant sur place, Martin Bernard. Des tentes ont été installées, et des manifestants s’apprêtaient à passer la nuit sur place.

    Problème : les militants locaux du Parti des travailleurs de Dilma Rousseff et de Lula doivent à leur tour se rassembler ce vendredi, juste à côté d'eux devant le musée d’arts de la ville. Le PT, avec la Centrale unique des travailleurs (CUT) et d'autres mouvements proches du gouvernement, ont convoqué des manifestations dans plus de 30 villes ce vendredi.

    Des accrochages sont donc à craindre entre les deux camps. Jeudi, les rues brésiliennes étaient déjà émaillées de tensions, voire d'escarmouches entre partisans et adversaires de la présidente. La police s'est efforcée de les séparer.

    A Brasilia aussi, des milliers de personnes ont continué de manifester contre Mme Rousseff toute la soirée de jeudi. Ils se sont massés devant la présidence et le Congrès, poussant la police à intervenir, cette fois à l'aide de gaz lacrymogènes et de bombes assourdissantes. La pression est clairement montée d'un cran après le retour de l’ancien président au gouvernement.

    La tension est réelle, et palpable, entre les partisans et les opposants au gouvernement brésilien. A gauche, un manifestant hostile au gouvernement. A droite, un soutien. Brasilia, 17 mars 2016. REUTERS/Ricardo Moraes

    Lula, un retour aussitôt plombé

    Lula da Silva a prêté serment jeudi matin à Brasilia. Il est ministre d'Etat, chef de la maison civile, un poste quasiment équivalent à celui de Premier ministre en France. Mais sa nomination a été suspendue aussitôt par un juge de la capitale, qui estime que l'entrée au gouvernement de cette icône de la gauche continentale pourrait constituer un délit d'entrave à la justice de la part de Dilma Rousseff.

    Un sentiment renforcé par la publication, par le juge fédéral Sergio Moro, en charge de l'enquête sur le scandale Petrobras, de nouvelles écoutes téléphoniques qui ont eu l'effet d'une bombe politique. Datée du jour de l'annonce du grand retour de Lula, cette conversation téléphonique laisse penser que la présidente a suggéré à son prédécesseur de se servir, si nécessaire, du décret de sa nomination pour éviter un placement en détention avant son installation.

    La justice fédérale soupçonne l'ancien président de corruption et de blanchiment d'argent. Avant son retour dans l'arène politique, elle l'avait déjà interpelé à son domicile pour un interrogatoire. D'autres enregistrements publiés jusqu'ici laissaient d'ailleurs penser que Lula redoutait une nouvelle opération de police imminente, dirigée par un juge dont il a dit publiquement, récemment, qu'il était moins honnête que lui.

    Dilma Rousseff s'est elle aussi insurgée contre les méthodes du juge fédéral Sergio Moro. « Nous voulons savoir par qui et pourquoi a été autorisée et divulguée cette conversation, qui ne contient rien qui puisse susciter le moindre soupçon sur le caractère républicain » de Lula, a-t-elle affirmé. L'ancienne opposante politique a même lâché : « C’est comme ça que commencent les coups d’Etat ! »

    Signe du trouble politico-judicaire régnant, le Tribunal régional fédéral (TRF) de Brasilia a annulé la suspension provisoire prononcée dans la matinée par un juge de première instance après la prise de fonction de Lula, donnant raison au gouvernement qui avait fait appel de cette décision. La suspension « interfère dans les attributions du chef du pouvoir exécutif de nommer ou destituer les ministres de l'Etat et constitue une ingérence juridictionnelle dans la sphère » du pouvoir exécutif, a considéré le TRF.

    Mais une juge de l'Etat de Rio de Janeiro a aussitôt rendu cette décision sans effet. La magistrate Regina Formisano a en effet ordonné à son tour la suspension de l'entrée de l'ex-président au gouvernement, y voyant encore une fois une tentative illicite de le « protéger » des enquêtes menées actuellement par la justice ordinaire. Après cette journée agitée, Lula garde officiellement son titre, mais ne peut pas gouverner.

    Dilma Rousseff, brandissant le décret d'investiture de Lula, signé, comme un trophée, pendant la cérémonie d'installation de l'ancien président jeudi 17 mars. REUTERS/Adriano Machado

    Dilma Rousseff est au plus mal

    Si Lula entre au gouvernement, il échappe à la juridiction du juge Moro, et tombe sous celle du Tribunal suprême fédéral, chargé d'instruire le volet politique du dossier. Mais pour l'heure, l'incertitude est totale. Pour les opposants, l'attitude des juges est une victoire. Mais selon les militants qui s’étaient rassemblés à Brasilia pour assister à l'investiture de l'ancien syndicaliste au poste de ministre d'Etat, chef de la maison civile, il s’agit d’un coup monté.

    Dilma Rousseff apparaît vraiment affaiblie. Si la présidente a fait appel à son combatif mentor, l'homme du miracle socio-économique brésilien des années 2000, c'est précisément parce que ce dernier était attendu comme le Messie par un gouvernement au bord du naufrage. Le scandale Petrobras a sérieusement écorné l'image de la majorité. Le grand parti centriste PMDB, un pilier de la coalition majoritaire lui-même très affecté par l'affaire, s'est donné, samedi dernier, 30 jours pour décider d'abandonner, ou non, le navire en perdition.

    Jeudi après-midi, les députés ont relancé la procédure de destitution qui empoisonne le second mandat de la présidente en exercice. Déclenchée en décembre par l'opposition, cette procédure avait été freinée par le Tribunal supérieur fédéral (STF), qui en a finalement définitivement fixé les modalités mercredi. Dilma Rousseff est accusée par l'opposition d'avoir maquillé sciemment les comptes publics en 2014, l'année de sa réélection, pour atténuer les effets de la crise aux yeux des électeurs.

    Les élus ont mis en place, jeudi, une commission spéciale de 65 députés, chargée de rédiger un rapport préconisant ou non la poursuite de la procédure. Le rapport de la commission spéciale mise en place jeudi sera transmis à l'Assemblée plénière du Congrès des députés. S'il préconise la destitution, la procédure devra être approuvée par deux tiers des députés (342 sur 513). Si ce n'est pas le cas, elle sera enterrée. Mais si c'est la cas, une mise en accusation sera formulée contre la présidente.

    Alors, Mme Rousseff serait provisoirement écartée de ses fonctions, pendant 180 jours au maximum. Et c'est le Sénat qui trancherait définitivement. Les deux tiers des voix de la Chambre haute seraient à nouveau nécessaires pour destituer la chef de l'Etat (54 voix sur 81). Le « hic », c'est que la majorité parlementaire, issue des législatives de 2014 et forte de 314 députés, prémunissait jusqu'ici Mme Rousseff contre le risque d'une destitution. Alors que nul ne sait désormais quels sont les réels rapports de force au Congrès.

    L'opération Lula, censée aider la présidente Rousseff à surmonter le risque d'implosion de sa majorité, en remontant le moral des troupes à l'aide d'une stature encore forte, risque finalement d'accélérer le naufrage politique du Parti des travailleurs. Jeudi, la Bourse de Sao Paulo a bondi de 6,6 %. Les marchés voient manifestement dans cette agitation complexe les signes avant-coureurs d'une chute. Celle d'un gouvernement paralysé politiquement, en pleine récession économique. Ce serait la fin d'une époque.

    Dilma Rousseff fut le fidèle lieutenant du président Lula avant de lui succéder. C'est désormais lui qui se retrouve ministre. A moins que la justice et les protestataires ne parviennent à l'en empêcher. Brasilia, 17 mars 2016. REUTERS/Adriano Machado

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.