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    Crise politique au Brésil: Dilma Rousseff finalement poussée vers la sortie?

    media La présidente brésilienne Dilma Rousseff, le 3 mai 2016 à Brasilia. REUTERS/Adriano Machado

    Dilma Rousseff vit peut-être ses dernières heures à la présidence du Brésil. Ce qui ne l’empêche pas de se battre jusqu'au bout. Mardi soir, la chef de l’Etat a présenté un recours de dernière minute devant le Tribunal suprême fédéral, alors que les sénateurs brésiliens doivent se prononcer ce mercredi 11 mai 2016 sur l'ouverture de son procès en destitution.

    Il y a une véritable polémique au Brésil sur les raisons avancées par les adversaires de Dilma Roussef pour justifier l'ouverture de cette procédure d'impeachment. Bien que la présidente ne soit pas personnellement accusée de corruption, ses détracteurs lui reprochent d'avoir commis ce qu'ils appellent un « crime de responsabilité », en maquillant les comptes publics juste avant sa réélection.

    « On lui attribue une responsabilité dans des manipulations des comptes publics, qui suppose qu'elle aurait autorisé, ce qu'elle a fait effectivement, de retarder le paiement à certains agences gouvernementales fédérales, de manière à ne pas faire apparaître le déficit dans les comptes de la Fédération », explique Philippe Faucher, professeur associé au département de sciences politiques de l'Université de Montréal. « C’est une pratique courante qui date facilement d'une vingtaine d'années », mais qui jusqu'à présent, n'avait jamais entraîné de procédure de destitution contre un responsable politique brésilien.

    La revanche de la droite brésilienne ?

    De nombreux experts soulignent que la véritable raison pour la destitution de Dilma Roussef est d'ordre politique. L'opposition de droite, qui a perdu quatre élections successives, n'a jamais digéré la réélection de la présidente de gauche en 2014.

    « Le motif juridique avancé est en fait un simple prétexte, et souvent assumé comme tel par ceux qui le défendent », souligne Maud Chirio, maître de conférences à l’Université Paris-Est et spécialiste de l’histoire contemporaine brésilienne. « Ce motif sert à se débarrasser d’une cheffe de l'Etat considérée par son opposition comme néfaste, comme une mauvaise présidente. Cette opposition considère que du fait de l'impopularité et de l'échec politique de Dilma Rousseff, il est légitime d'interrompre son mandat pour parvenir au pouvoir. »

    Dilma Rousseff isolée dans son pays

    Pour cette raison, la présidente du Brésil dénonce un coup d'Etat institutionnel. Mais elle a peu de chance d'être entendue. Le contexte lui est plus que défavorable. Le tentaculaire scandale de corruption au sein du géant pétrolier Petrobras et la crise économique ont fini par isoler Dilma Roussef et son gouvernement. Ses anciens alliés se sont retournés contre elle.

    « C'est un jeu politique, soutient Philippe Faucher. Le taux de soutien de la population au gouvernement et à Dilma elle-même est désormais inférieur à 10 %. Or, des élections municipales se tiendront en automne prochain. Les députés et sénateurs pensent avant tout à leur carrière personnelle. Ils pensent n’avoir rien à gagner en soutenant la présidente. Si on regarde qui a voté pour la destitution de Dilma, 68 % des députés qui faisaient partie de la coalition gouvernementale ont voté contre elle. »

    Les prochaines étapes du processus

    Ce mercredi, les sénateurs risquent d’en faire autant que les députés. Un vote à la majorité simple, c'est à dire 41 sénateurs sur 81, suffira pour prononcer la mise en accusation de Dilma Roussef. Sauf énorme surprise, le résultat devrait être sans équivoque : une cinquantaine de sénateurs devraient voter pour. Dilma Roussef serait alors immédiatement écartée du pouvoir. A Brasilia, les ministres de son gouvernement sont d’ailleurs déjà en train de faire leurs cartons.

    C'est son vice-président et désormais rival, Michel Temer, qui assurerait l'intérim pendant un maximum de 180 jours. Pendant ce temps s'ouvrirait le procès contre la présidente, sous l'égide du Tribunal suprême fédéral. Un procès qui devrait se clore sur un nouveau vote au Sénat. Cette fois, deux tiers des voix seraient requises pour la destitution définitive de Dilma Roussef. Et ainsi pourraient se terminer 13 ans de règne du Parti des travailleurs dans le pays.

    Maud Chirio regrette un rendez-vous manqué avec l’histoire du Brésil : « On a le risque de rendre totalement impossible une réforme du système politique qui, depuis maintenant 120 ans, laisse presque toujours les mêmes élites au pouvoir », estime l’historienne. « Ces élites font de la politique pour s'enrichir. Elles utilisent le système politique pour maintenir ce précarré au sein de l'Etat brésilien », ajoute-t-elle. Sauf intervention in extremis du Tribunal suprême, la séance pour le vote au Sénat s'ouvrira ce mercredi.


    ■ À relire sur RFI :

    Pour ou contre la destitution de Rousseff, les Brésiliens sont dans la rue

    → La revue de presse des Amérique du mardi 10 mai 2016

    Petit tour du monde des procédures de destitution de chefs d’État

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