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    Le Forum social mondial de Montréal s’ouvre dans la douleur

    media Chico Whitaker, cofondateur du Forum mondial social, et Raphaël Canet, l'un des organisateurs de la 12e édition montréalaise, lors d'une conférence de presse, le 8 août 2016. Marc BRAIBANT / AFP

    Pendant cinq jours, cette grand-messe des mouvements et militants alternatifs de la planète devrait rassembler quelques dizaines de milliers de personnes dans la métropole canadienne. Un chiffre qui sera en deçà des précédentes éditions. Le FSM se cherche un second souffle alors que des colères grondent régulièrement dans le monde pour dénoncer un système capitaliste à la dérive.

    Pour la première fois en douze éditions, le Forum social mondial (FSM) se tient dans un pays nord-occidental. Chacun des précédents rendez-vous a eu lieu dans un pays du Sud : Tunis (2013 et 2015), Mumbai (Inde), Bamako (Mali), Dakar (Sénégal) ou encore Karachi (Pakistan). C’est à Porto Alegre, au Brésil, où le mouvement protestataire avait planté sa tente la première fois en 2001, qu’il a remporté ses plus grands succès. Une décennie bénie, lorsque le Forum attirait jusqu'à 150 000 participants, parmi lesquels chefs d’Etat et prix Nobel.

    Montréal, une ville pas si accessible

    Le FSM se veut le pendant du Forum économique mondial de Davos, ballet annuel du gotha de ce monde - chefs d’Etat et de gouvernement, d’entreprises multinationales, grandes fortunes, intellectuels influents - organisé chaque année depuis 1971 au mois de janvier dans la station suisse. Le Forum était initialement organisé aux mêmes dates que son meilleur ennemi, qui tend lui aussi à « améliorer l’état du monde ».

    Aujourd’hui, il est non seulement désynchronisé de Davos, mais il est en outre hébergé dans un pays du Nord, membre du très restreint G7, et perd donc quelque peu de sa force symbolique. Il semble en tout cas sorti d’une logique de confrontation. « Cela fait quelques années qu’il est désynchronisé », tempère Raphaël Canet, le coordinateur du Collectif du FSM, sollicité par RFI. Quant au lieu, « c’est une originalité sur laquelle on mise, justifie-t-il. On voulait sortir de l’opposition Nord-Sud car les défis globaux n’ont pas de frontières. C’est aussi un défi. C’est dur de faire venir sur quatre ou cinq jours des gens du monde entier, notamment du Sud. Et la plupart des Forums, c’est 80% de locaux et 20% d’étrangers. »

    Pourtant, dans les rangs mêmes des organisateurs, tout le monde ne voit pas les choses sous l’angle de « l’originalité ». « Dès le départ, la candidature de Montréal a suscité beaucoup de critiques, surtout de la part de groupes africains », raconte Safa Chebbi, chargée des services aux participants au FSM, au site d’information québécois Le Devoir. « L’hébergement coûte cher, surtout en août pendant la haute saison. La nourriture, le billet d’avion, le visa… tout ça coûte très cher. » Des initiatives de solidarité ont certes été enclenchées, mais le FSM 2016 est resté pour beaucoup une vue de l’esprit.

    Pour noircir le tableau, les autorités canadiennes n’ont pas fait de cadeaux, contrairement à ce que le gouvernement Trudeau, plutôt accueillant depuis qu’il est en place, aurait pu le laisser penser. Près de 230 conférenciers et invités étrangers n’ont pas obtenu le visa d’entrée sur le sol canadien. Parmi eux, deux syndicalistes palestinien et brésilien, l’altermondialiste malienne Aminata Traoré ou le Sénégalais Ababacar Mbaye Gaye, militant pour les droits des enfants en Afrique de l’Ouest. Interrogé par Le Devoir, ce dernier explique qu’il avait pourtant récolté la somme de 1450 dollars pour participer à l’événement, et avait présenté dans sa demande de visa les preuves de ses moyens financiers suffisants pour la durée du séjour. « C’est mieux de le faire [le Forum] dans un pays où tout le monde peut accéder sans problème. Sans la participation des Africains, on ne peut pas prétendre que le Forum est mondial ! », a-t-il déploré auprès de nos confrères.

    Le Forum de Montréal n'apportera rien à l'Afrique.
    Mamadou Mignane Diouf, coordinateur du Forum social sénégalais 09/08/2016 - par Gaëlle Laleix Écouter

    « Le Forum se renouvelle »

    Né en 2001, dans la foulée des grandes émeutes anti-OMC de Seattle, le FSM s’était alors saisi d’enjeux économiques et écologiques qui deviendraient centraux après la pire catastrophe économique du monde moderne, en 2008. Depuis, des mouvements alternatifs et contestataires, plus ou moins éphémères, se sont multipliés à l’échelle locale, des Indignés espagnols à la Nuit debout parisienne, en passant par Occupy Wall Street et les printemps arabes.

    Paradoxalement, le mouvement international qui pourrait fédérer cette émulation disparate s’est essoufflé à mesure que la finance mondialisée dévoilait la béance de ses failles et que les peuples payaient les conséquences de son irresponsabilité. Le nombre de participants chute d’édition en édition. A Montréal, il devrait frôler la barre des 50 000 personnes. « Je ne dirais pas qu’il s’est essoufflé, conteste Raphaël Canet. Ici à Montréal, la plupart des gens qui organisent le Forum ont pris part aux divers mouvements de protestations comme le printemps érable. Mais ensuite, ils sont allés plus loin et se sont posé la question : comment ces protestations peuvent-elles aller vers la construction et générer des propositions ? Ils se sont alors impliqués dans l’organisation de ce Forum. Une synergie s’opère donc aujourd’hui entre une nouvelle génération d’acteurs et les organisations plus traditionnelles de la société civile. Le Forum se renouvelle. Il ne faut pas juger seulement au quantitatif. »

    Dominique Plihon, porte-parole de l’ONG Attac France, admet que le FSM est en perte de vitesse et qu'il a besoin de se réinventer. Mais, selon lui, ces rassemblements militants sont nécessaires pour la construction des résistances face au néolibéralisme. « Nous allons toujours avoir besoin d'une rencontre internationale, nous devons créer des mouvements internationaux. L'idée est d'être visible, on veut faire prendre conscience aux citoyens qu'il y a des alternatives possibles », affirmait-il récemment à l’AFP.

    Chercheurs de solutions

    Les condamnations du modèle capitaliste et des déviances du système néolibéral font, sans difficulté, consensus parmi les participants. Les idées fusent, les échanges foisonnent, le « jus de crâne » coule, les cerveaux bouillonnent, et naissent des rêves de lendemains qui chantent. En revanche, quand vient le temps des propositions et de s’accorder sur des solutions durables et d’envergure face aux institutions, ce consensus semble s’évanouir. Et l’absence de réponses concrètes grossit les cohortes de déçus. « C’est vrai, reconnaît Raphaël Canet. Cette fois, nous avons pour objectif d’élaborer un calendrier commun pour avoir une vue d’ensemble des actions futures à mener. C’est inédit. »

    Il faut dire que le Forum draine une foule hétéroclite. Elus, ONG, militants des droits de l’homme, syndicats, mouvements féministes, collectifs citoyens divers, associations de solidarités… les mille visages de la gauche internationale sont représentés. Si les partis politiques ne sont pas admis en tant que tels, le rendez-vous lui est bien politique. Le FSM se décrit d'abord comme « un espace de rencontre ouvert visant à approfondir la réflexion, d'instances et de mouvements de la société civile qui s'opposent au néolibéralisme ». Raphaël Canet précise : « un rassemblement la société civile mondiale, des mouvements citoyens qui cherchent des solutions aux défis » contemporains, le but étant de « construire ensemble » un « monde meilleur ».

    Pure rhétorique et logorrhée gauchisante aux yeux de beaucoup. Pourtant, derrière les discours utopistes, le menu des conférences et ateliers est brûlant de réalisme : environnement, éducation, démilitarisation, décolonisation, migrations, racisme, partage des ressources, droits de l’homme, fondamentalisme, spiritualité, travail, évasion fiscale, solidarité... Cette énumération des thématiques au programme du FSM 2016 est loin d’être exhaustive, tant celui-ci est ambitieux pour un événement de cinq jours. Au total, 120 nationalités, 5 000 organisations de la société civile prendront part à près de 1 000 activités diverses : conférences, ateliers, échanges et spectacles. Environ 80 intervenants s'exprimeront lors des 22 grandes conférences. Parmi eux, l’environnementaliste canadienne Naomi Klein et le philosophe français Edgar Morin.

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