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    «Le gouvernement est enfin là. Le président de la République, chef de l'État, a enfin signé l'ordonnance. Donc aujourd'hui, le gouvernement ayant été constitué, on se mettra bientôt au travail», a déclaré à la presse le Premier ministre Sylvestre Ilunga, lui-même nommé le 20 mai 2019.

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    Michel Temer, nouveau président d'un Brésil en ébullition

    media Le nouveau président du Brésil, Michel Temer, le 31 août à Brasilia lors de son investiture. REUTERS/Ueslei Marcelino

    Une page se tourne en Amérique latine. Michel Temer, qui aura 76 ans à la fin du mois de septembre, a remplacé Dilma Rousseff, 68 ans, à la tête du Brésil. Réélue pour un second mandat de quatre ans en 2014, la présidente a été destituée par le Sénat fédéral mercredi 31 août 2016, accusée d'avoir maquillé les comptes publics avant la dernière présidentielle. Un procès controversé, sur fond de crise économique et de scandales de corruption multiples. L'ancien vice-président a deux ans pour faire ses preuves.

    Avec notre envoyé spécial à Brasilia,  Achim Lippold

    Michel Miguel Elias Temer Lulia, de son nom complet, hérite d'un pays en pleine crise économique. Les caisses sont vides, l’Etat brésilien doit se serrer la ceinture. Celui qui assurait déjà l'intérim, depuis la mise à l'écart de Dilma Rousseff en vue de son procès en destitution, s'est exprimé mercredi à l'issue du Conseil des ministres.

    Mais le nouveau chef de l'Etat était pressé. Il devait s'envoler en Chine pour le G20. Du coup, son investiture au Sénat a été expédiée en 11 minutes. Quelques « selfies » avec ses amis députés, et Michel Temer était déjà parti, laissant en fait derrière lui un discours pré-enregistré à l'attention du peuple brésilien.

    Dans ce premier discours en tant que président officiel du pays, le centriste, membre du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), et qui avait déjà formé un nouveau gouvernement détonnant dès le mois de mai, a donné un avant-goût de son programme, qui tranche avec l'héritage du Parti des travailleurs (PT) de Lula da Silva.

    Il a promis de « remettre le Brésil sur les rails », lançant déjà une première mesure impopulaire. « Afin de garantir le paiement des retraites, nous devons réformer le système de sécurité sociale. Sans réformes, le gouvernement n'aura plus de quoi payer les retraites d'ici quelques années », a-t-il prévenu.

    Et de s'adresser à son équipe, un gouvernement exclusivement formé d'hommes : « Remettre le Brésil sur les rails ; ce critère doit vous guider dans la gestion de vos portefeuilles. L'objectif, c'est qu'à la fin de notre mandat, dans deux ans et quatre mois, les Brésiliens nous applaudissent. »

    « Ce ne sera pas facile, prévient-il, ce ne sera pas un long chemin tranquille, car nous avons presque 12 millions de chômeurs, un chiffre qui fait froid dans le dos. Et je dois dire qu'il n'y a rien de plus indigne que le chômage. Cela heurte l'un des principes fondamentaux de la Constitution, qui est la garantie de la dignité humaine. »

    « Donc, notre première préoccupation doit consister à créer des emplois, conclut le nouveau chef d'Etat, pour respecter ce droit inscrit dans la Constitution. Car c'est le chômage qui provoque cette douleur, qui fait que les gens descendent dans la rue pour manifester. Mais au fur et à mesure que notre politique va générer des emplois, cette douleur va disparaître. »

    La présidente Dilma Rousseff, entourée de son prédécesseur Lula (à droite), et de son vice-président Michel Temer, lors de son entrée en fonction le 1er janvier 2011 à Brasilia. REUTERS/Paulo Whitaker/File Photo

    De retour dans l'opposition, le Parti des travailleurs serre les dents

    Pour l'heure, le Brésil se trouve en effet aux antipodes du pays pacifié que Michel Temer appelle de ces vœux. Et la présidente déchue, qui conserve finalement le droit d’exercer des fonctions publiques et dont l'avocat a annoncé un recours devant la Cour suprême, se montre d'ores et déjà combattive.

    Car Dilma Rousseff, de retour dans l'opposition, avait anticipé l'arrivée de réformes vigoureuses : « Ce coup d'Etat n'est pas seulement dirigé contre moi et mon parti. Ce coup d'Etat vise aussi les mouvements sociaux et organisations syndicales, et tous ceux qui luttent pour les droits, sans aucune exception », a-t-elle prévenu dès mercredi.

    Ancienne résistante pendant la dictature militaire, Dilma Rousseff a même promis à son ex-vice-président, cet allié centriste qui l'avait lâchée au cœur de la tempête pour finalement prendre sa place, « l'opposition la plus déterminée à laquelle puisse s'attendre un gouvernement de putschistes ». Des propos qui annoncent une relation pour le moins difficile entre le nouveau gouvernement, le PT et ses soutiens.

    « On ne va pas rester silencieux, on va continuer à dénoncer un coup d’Etat et le caractère illégitime de ce gouvernement. On restera plus que jamais mobilisés pour combattre ce coup. Son objectif est de réduire les droits sociaux, sans avoir eu l’approbation électorale. Aujourd’hui est un jour de honte, d’infamie ! », assure la sénatrice Fatima Bezerra.

    En attendant, le nouveau gouvernement, clairement conservateur, provoque déjà des réactions fortes, à l’intérieur comme à l’extérieur du Brésil. A Sao Paulo, des accrochages ont eu lieu, opposant des manifestants pro-Dilma Rousseff et la police, et ce pour la 3e nuit consécutive.

    Mais la réaction la plus virulente est venue de l'étranger : Bolivie, Equateur et surtout Venezuela se sont désolidarisés. Le gouvernement bolivarien de Caracas a gelé ses relations avec le Brésil, l'équipe de Nicolas Maduro fustigeant elle aussi « un coup d’Etat » contre Dilma Rousseff.

    Mercredi, à l'annonce des résultats au Sénat (61 voix pour et 20 contre la destitution), certains sénateurs commençaient à chanter l’hymne national. D’autres élus brandissaient le drapeau brésilien pour célébrer la chute de Dilma Rousseff et du Parti des travailleurs, au pouvoir depuis 13 ans. Après l'euphorie, reste à voir comment le Brésil accueillera la nouvelle équipe.

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