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    Science

    Climat: mais qui a laissé la porte du frigo ouverte ?

    media Fin avril 2007: bain de soleil sur les rives d'un fjord du Spitzberg. Le dégel de l'Arctique à lieu de plus en plus tôt dans l'année. A quand les plages au pôle Nord? (Photo : Reuters/François Lenoir)

    Encore une fois cette année, tous les records de chaleur ont été battus en Arctique, entraînant une fonte spectaculaire des glaces du pôle et du Groenland. Un phénomène annoncé scientifiquement, résultant du changement climatique en cours, aux conséquences multiples, souvent attendues et parfois surprenantes. Un peu à l’image d’un réfrigérateur dont on aurait oublié de fermer la porte.

    Cette année 2016 est encore une année record en termes de température. Le très sérieux institut américain du National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) a communiqué dans son bilan climatologique mondial de nouveaux chiffres qui établissent que le mois d’août 2016 a battu tous les records de douceur dans le monde depuis 1880, date à partir de laquelle ces relevés sont réalisés. Ce nouveau record devance pour ce mois celui des années précédentes. En 2014, l’anomalie climatique était au mois d’août de +0,79, en 2015 de +0,87 et en 2016 de +0,92. Ce nouveau record, qui est aussi celui des mois de janvier à août 2016, devrait désigner cette année 2016 comme celle qui aura connu les températures les plus chaudes depuis que ces observations existent.

    La fonte des glaces

    Le Groenland a connu à la belle saison une chaleur à laquelle il n’est pas habitué, dépassant par endroit de 6,7° centigrade la température habituelle enregistrée depuis 1949, a confirmé l’Institut météorologique danois (DMI). Un phénomène qui, en entraînant de très faibles précipitations, a paradoxalement provoqué des records de froid comme à Summit, dans le centre de l’île où la station météorologique a enregistré en plein été, en juillet, une température de -30,7°.
    Mais en dehors de ce phénomène particulier, les records de chaleur ont entraîné une fonte des glaces, plus précoce, commençant un mois plus tôt et surtout beaucoup plus vite. Soit deux fois plus rapidement de 2003 à 2010 que pendant tout le XXe siècle (source DMI). Une étude parue dans la revue Science Advances, mi-septembre, estime que le volume de glace qui fond au Groenland pourrait être plus important que prévu du fait des déformations du manteau rocheux situé sous la croute terrestre, calculant que le Groenland a perdu 2 700 milliards de tonnes de glace entre 2003 et 2013.

    Des conséquences parfois imprévisibles

    Les conséquences de la fonte des glaces peuvent être multiples. Il existe évidemment le phénomène bien connu et très étudié de l’élévation du niveau de la mer, mais pour le climatologue John Cappelen de la DMI, il y aura aussi «des tempêtes plus fortes » et des changements dans l’écosystème de l’Atlantique Nord qui auront une incidence sur la pêche et sur « la quantité de carbone que peut absorber l’océan », ce qui pourrait avoir un impact fort sur notre capacité à limiter le réchauffement climatique.

    On sait que cette fonte des glaces de l’Arctique permettra aussi d’ouvrir de nouvelles routes maritimes. Un premier bateau de croisière cet été a pu emprunter la route dite du « Nord-Ouest » avec 1 000 personnes à bord. On sait aussi que des compagnies minières sont en train de profiter de cette situation, pour créer de nouveaux sites d’extraction avec tous les risques écologiques que cela comporte. Mais il n'était pas prévu que cette fonte pourrait aussi faire réapparaître une ancienne base militaire secrète de l’armée américaine au Groenland, créée en pleine guerre froide pour pouvoir atteindre et surveiller l’Union soviétique de l’époque (600 missiles balistiques y étaient stockés). La base, dotée de nombreux radars et de toutes les technologies de pointe de l’époque, s’était équipée d’un réacteur nucléaire pour satisfaire ses besoins énergétiques. Mais cette infrastructure, appelé « Camps Century », située à 200 kilomètres de la base américaine de Thulé, a été démantelée sans que soit collectés tous les déchets radioactifs qui sont restés piégés ces dernières années dans la glace. Aujourd’hui avec la fonte des glaces, cette pollution majeure, très difficile à collecter, risque de se déverser dans l’océan, qui n’a pas besoin de cet impact supplémentaire.

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