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    Amériques

    Sur la route de Santiago, le peuple cubain et les cendres du «Líder Máximo»

    media L'urne de l'ancien président Castro à Matanzas, le 30 novembre 2016. RONALDO SCHEMIDT / AFP

    A Cuba, le parcours de l’urne contenant les cendres de Fidel Castro s'achèvera à Santiago où il sera inhumé. Sur le bord de la route, des milliers de personnes se massent pour tenter d’apercevoir le cortège, et surtout la jeep qui transporte l’urne. La caravane a pris le chemin inverse de la route de la victoire de la révolution en 1959, lorsque les frères Castro et leurs compagnons avaient conquis le pouvoir à La Havane après avoir lancé la révolution dans les montagnes de la Sierra Maestra près de Santiago.

    Avec nos envoyés spéciaux sur la route de Santiago de Cuba,  Véronique Gaymard et Manu Pochez

    Les cendres du « Líder Máximo » continuent de traverser le pays, pour rejoindre dimanche leur dernière demeure à Santiago de Cuba, le bastion de la guérilla castriste et de la révolution de 1959. Mercredi soir, le cortège a fait une étape à Santa Clara, où se trouve le mausolée d'Ernesto Guevara. C'est dans cette ville emblématique que le « Che » avait mis en déroute l’armée de Fulgencio Batista.

    Teresita Perez de Morales est économiste à la retraite à Santa Clara. Elle est fière que sa ville ait été choisie pour réunir le temps d'une nuit les deux figures de la révolution cubaine, malgré leurs différents. « On a toujours pensé que Fidel resterait à La Havane, que ce soit ses cendres ou son corps... On ne pensait pas qu’il viendrait par ici, qu’il resterait un moment avec le Che. Mais si », explique-t-elle.

    Le même rituel partout depuis la capitale

    « Fidel a décidé que ses restes passeraient par les mêmes lieux qu’il a traversés lors du triomphe de la révolution. Il a donc été avec le Che, et quoi qu’on dise, ils étaient tous deux comme des frères, considère Teresita Perez de Morales. C’était un moment très émouvant de savoir qu'il passait par Santa Clara. Il a passé quelques heures avec le Che à ses côtés. Ensuite, les cendres sont passées par Sancti Spiritu, puis une autre étape jeudi soir à Camagüey avec une veillée. »

    Après son parcours, Fidel Castro reposera bientôt au cimetière de Sainte-Ephigénie, aux côtés de la figure de proue intellectuelle et politique du pays, le poète José Martí, fondateur du Parti révolutionnaire cubain. Mais en attendant, depuis La Havane, c’est le même rituel partout où il passe : drapeaux à la main, parfois avec un petit cœur, des inscriptions sur les joues ou le front (« Fidel, Revolución »), nombreux sont ceux qui viennent dire un dernier adieu à leur « Comandante ».

    Sur la route de Santiago de Cuba, à Sancti Spíritus, le 1er décembre 2016. Juan BARRETO / AFP

    La pagaille partout où « Fidel » passe

    A Ciego de Ávila, à 80 kilomètres de Camagüey, Jorge a pris son mal en patience. Dans son taxi collectif, une vieille Plymouth de 1958, il fait habituellement la liaison de La Havane à Holguín en 12 heures. Mais au passage du géant, le trafic s'est bloqué sous le contrôle de l'armée et de la police, dans cette ville entourée de plantations d’ananas, de cannes à sucre, de haricots...

    Pablo Suarez, gardien dans la coopérative de fumigation de l’Etat, se dit fier d’avoir vu passer le cortège devant sa porte à Ciego de Ávila : « Vous imaginez ? La première chose que Fidel a faite quand la révolution a triomphé, ça a été de faire le trajet de la province de l’Orient jusqu’à l’Occident ! Quel meilleur adieu que de le voir passer en sens inverse jusqu’à l’endroit où la révolution a commencé ? »

    Les curieux ne voient passer le cortège qu’une fraction de seconde. Ils crient « Viva Fidel ! » « Viva la revolución ! » « Venceremos ! » « Nous vaincrons et nous ne te trahirons pas ! » Le discours est bien rôdé. Parmi les lycéens, collégiens et fonctionnaires, beaucoup sont acheminés en car pour tenter d’apercevoir la jeep qui achemine les cendres de Fidel Castro. Certains sont en larmes, ils ont perdu leur père, assurent-ils. Il faut dire qu'après des décennies de pouvoir sans partage, le leader de la révolution a façonné plusieurs générations.

    Les médias tournent en boucle

    A la télévision cubaine, les images du cortège, des documentaires sur le « Líder Máximo » où ses discours-fleuve tournent en boucle. A la radio, la salsa et le reggaeton ont cédé leur place à des programmes spéciaux. Mais certains Cubains considèrent tout de même que Fidel Castro s’est éteint à un âge déjà bien avancé. D’autres préfèrent appuyer sur le fait qu'à Cuba, le discours est contrôlé. Mais ils ne le disent pas au micro.

    Le parcours du combattant de l'urne de Comandante Castro

    → Reportage à Ciego de Ávila, sur la route de Santiago

    02/12/2016 - par Véronique Gaymard Écouter

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