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    Investiture: Trump va-t-il aussi bousculer les traditions?

    media Le milliardaire conservera son slogan de campagne pour le thème de son investiture: «Make America Great Again». Mary Schwalm / AFP

    Après une campagne présidentielle d'une rare violence, conclue dans la surprise générale par l'élection de Donald Trump, l'heure est à la passation de pouvoir avec l'actuel locataire de la Maison Blanche, Barack Obama. A Washington, organisateurs et services de sécurité s'affairent encore à peaufiner les moindres détails d'une cérémonie plus de deux fois centenaire, mais qui réserve toujours son lot de surprises. Le sulfureux et atypique président élu fera-t-il fi des traditions lors de son investiture ce 20 janvier ? Et de quelles traditions parle-t-on ?

    «… et, dans toute la mesure de mes moyens, de sauvegarder, protéger et défendre la Constitution des Etats-Unis. Que Dieu me vienne en aide. » Ces mots prononcés, ce vendredi 20 janvier à midi, l’Amérique aura tourné la page de huit années de présidence Obama pour basculer dans l’inconnu - seule certitude - des quatre prochaines. Le grand saut en compagnie d’un magnat de l’immobilier, ex-animateur de télé-réalité, devenu catalyseur de toutes les colères outre-Atlantique.

    Donald Trump, 45e président des Etats-Unis ; beaucoup s’en frotteront encore les yeux. Mais quelle que soit l’opinion que l’on a du milliardaire, il sera difficile d’ignorer une cérémonie qui rythme tous les quatre ans la marche du monde et qui se reproduira pour la 58e fois.

    • Assurer la continuité dans l'apaisement à la tête de l'Etat

    L’investiture ce n’est pas une journée, mais presque une semaine de festivités. De nombreux évènements, depuis la mi-janvier, marquent l’arrivée du président élu dans la capitale, mais le gros des célébrations commence le 19, veille de la passation de pouvoir, avec un gala « de bienvenue », reprenant le thème de campagne de l'ex-candidat : « Rendre à l'Amérique sa grandeur ». Le lendemain : service religieux, prestation de serment, discours, parade, bals, le programme est cadencé. Sauf que rien de ce déroulé ne figure dans la Constitution américaine hormis l’obligation de prêter serment et la date - le 20 janvier - fixée depuis les années 1930 par le 20e amendement. Une date tellement bien ancrée que plusieurs présidents ont dû prêter serment deux fois, comme Obama en 2013 ou Reagan en 1985, lorsque celle-ci tombait un dimanche, jour chômé. Une fois en privé, une autre en public.

    Dans la tradition politique américaine, l’investiture est avant tout un moment d’union - du moins d’apaisement - entre deux camps, deux Amériques, qui après une âpre campagne, doivent témoigner d’une certaine stabilité du paysage politique national. L’image donnée est donc essentielle. Ainsi, il est de coutume que le couple présidentiel sortant accompagne le nouveau, entre la Maison Blanche et le Capitole, siège du Congrès, pour la prestation de serment. Un trajet parcouru pour la première fois ensemble, en 1837, par Andrew Jackson et le président élu Martin Van Burren qui ont partagé… une même calèche.

    Obama a d’ores et déjà annoncé qu’il se plierait à cette tradition, en dépit de l’inimitié réciproquement partagée par les deux hommes. Mais rien ne l’y oblige. Par le passé, quelques sortants ont tout bonnement refusé d’assister à l’investiture de leur successeur : ce fut le cas de John Adams vis-à-vis de Thomas Jefferson - son ex-adversaire mais aussi ex-vice-président - il y a deux siècles. La campagne avait, semble-t-il, laissé de trop profondes blessures.

    Autre présence attendue ce 20 janvier, et non des moindres, celle de la candidate malheureuse Hillary Clinton. « C’est une autre tradition, explique Corentin Sellin*, professeur agrégé d’Histoire et spécialiste des Etats-Unis. Souvent sur les images que l’on garde de l’investiture, lorsque le président élu prête serment face au président de la Cour suprême, on voit en arrière-plan le rival qu’il a battu en novembre. Seulement ce n’est pas toujours respecté : il y a quatre ans, par exemple, Mitt Romney n’était pas venu [à l’investiture d’Obama]. » Seulement gare ! L’absentéisme en pareille circonstance est très mal vécue : « Romney avait été très critiqué, cela donnait l’image du mauvais perdant que les Américains détestent par-dessus tout. »

    John F. Kennedy félicité par son concurrent Richard Nixon lors de son investiture, le 20 janvier 1961 AFP

    La présence d’Hillary Clinton pourrait être cependant éclipsée par « l’omniprésence » de Melania Trump. C’est en tout cas ce qu'a affirmé Tom Barrack, le chef du comité d’organisation rattaché au président élu, sur la chaîne ABC fin décembre : « Elle y est pour beaucoup dans la victoire [de Donald Trump], elle sera très visible. Mais je laisse la surprise… » Les nouveaux locataires de la Maison Blanche apporteraient ainsi leur touche à une tradition qui a bien peu évolué depuis deux siècles : si la présence de la nouvelle première dame à l’investiture de son mari est attestée dès 1809, ce n’est que dans les années 1960 que celle-ci commença à jouer un rôle, quoique tout relatif, dans le déroulement de la cérémonie.

    • Un serment (quasi) sacré et incontournable

    La prestation de serment, voilà bien un cérémonial pour lequel Donald Trump ne pourra faire preuve de beaucoup d’imagination, s’agissant de la seule étape exigée par la Constitution. Et les mots ont un sens… ainsi qu'un ordre. En 2009, Barack Obama, sans doute un peu ému, se trompe, et à sa suite, le jeune président de la Cour constitutionnelle, John Roberts, aussi. Résultat : une fronde des juristes et des milieux conservateurs, ces derniers y voyant déjà les prémices d’une présidence catastrophique. Le lendemain, le premier président afro-américain de l’Histoire des Etats-Unis dut s’exécuter à nouveau, en privé.

    Obama se trompe dans son serment (2009)

    Mais comme ses 44 prédécesseurs, Donald Trump dispose tout de même de quelques aménagements : il peut choisir « d’affirmer » qu’il exécutera « loyalement la charge de président des Etats-Unis » et non de « jurer », si cela contrevient à sa religion. Une version adoptée qu’à une seule occasion, en 1853. La phrase ponctuant le serment - « que Dieu me vienne en aide » - est un rajout du premier président George Washington, mais invariablement prononcée par la suite.

    Trump est de culte presbytérien (non évangélique). « Il n’était pas connu pour être un pratiquant, il est plusieurs fois divorcé et remarié, fait remarquer l’universitaire Corentin Sellin. Et il a totalement changé de cap durant la campagne, en voulant séduire les évangéliques blancs - il les a d’ailleurs plus mobilisés que Bush en 2004. Ce sont les protestants les plus extrémistes. On a vu Trump se mettre à prier, notamment avec un pasteur évangélique noir à Détroit, se rendre dans une église pour montrer qu’il y allait régulièrement, etc. » Cela pose inévitablement la question de la part de religiosité qui imprégnera son discours et façonnera sa prestation de serment : Donald Trump a d’ores et déjà annoncé qu’il prêterait serment sur deux bibles - même si là encore, la Constitution ne dit rien. L’une lui a été offerte par sa mère en 1955. L’autre fut celle utilisée par Abraham Lincoln lors de sa première investiture… et reprise par Barack Obama pour les siennes.

    • Le discours inaugural, tout un programme

    Autre temps fort de l’investiture, le discours inaugural. Un exercice périlleux et attendu, une vision de l’Amérique autant que l’amorce d’un programme pour les quatre ans à venir, qui n’a d’égal que le discours annuel sur l’état de l’Union.

    Pour écrire le sien, Trump a renouvelé sa confiance à Stephen Miller, l’auteur habituel de ses « speech » mais aussi celui du discours d’investiture républicaine à la convention de juillet dernier. Un texte décrié pour le portrait cataclysmique qu’il dressait de l’Amérique du XXIe siècle.

    Selon le site Politico, l’équipe Trump s’orienterait là encore vers un diagnostic négatif de l’état du pays, mais cette fois-ci en jouant la carte de l’unité pour en trouver les remèdes, à la différence de l’été dernier où le milliardaire s’était posé en unique sauveur.

    Quoi qu’il en soit, rappelle Corentin Sellin, « l’unité, le rassemblement », c’est ce qui fait jus de tous les discours inauguraux depuis des décennies. « On n’a jamais vu un président arriver et faire un discours clivant. » Que l’on soit dans un perspective de combat (« La seule chose dont nous devons avoir peur, c’est de la peur elle-même », assurait Roosevelt durant la Grande Dépression), d’apaisement (« Il faut panser les blessures », lâchait Lincoln après la guerre de Sécession), ou porté par une vision plus messianique (Reagan pulvérisant le record des références à Dieu en 1985), la cohésion nationale reste forcément le fil conducteur du discours d'un homme qui passe du leadership d’un camp à la gouvernance d’un pays.

    Faudra-t-il alors beaucoup de mots pour le dire ? Selon son entourage, Donald Trump ne semble pas vouloir s’approcher du record détenu par William Harrison (1841) et ses deux heures de discours. Une longueur inhabituelle qui avait pourtant pour objectif de montrer qu’il n’était pas le simple d’esprit que ses contempteurs décrivaient…

    • L'animation : à chacun ses vedettes

    Donald Trump a eu beau remuer ciel et terre, les célébrités ne sont pas bousculées pour venir se produire devant le Capitole ce vendredi. L’équipe de transition a ainsi essuyé les refus du ténor italien Andrea Bocelli, du chanteur country Garth Brooks, de la star canadienne Céline Dion ou du groupe de rock américain Kiss. L’Anglais Sir Elton John, un temps annoncé partant, a dû démentir sa participation. Et la star de Broadway Jennifer Holliday s'est désistée il y a quelques jours.

    A l’heure où sont écrites ces lignes, seule la candidate à l’émission America’s Got Talent Jackie Evancho, 16 ans, fait figure de tête d’affiche. La troupe des Radio City Rockettes serait aussi de la partie, bien que cette participation ait fait des remous : une danseuse ayant fait part de sa « déception » sur les réseaux sociaux, les propriétaires de la compagnie auraient tapé du poing sur la table et demandé aux danseuses de « tolérer l’intolérance ». Même souci du côté de The Mormon Tabernacle Choir dont un membre a démissioné, se sentant « trahi » par la décision de la chorale mormonne de participer aux festivités.

    Mais peu importe la polémique, pour Trump l’invité vedette de son investiture sera le « peuple ».

    « Ce n’est pas Woodstock, a renchéri son conseiller Boris Epshteyn sur CNN, fin décembre. Ce n’est pas un concert. Ce n’est pas une question de célébrités. Comme Donald Trump l’a tweeté lui-même, il s’agit du peuple. Et c’est sur cela que nous nous concentrons. » Le spectacle ne sera donc pas le fort de cette investiture à l'inverse des précédentes, auxquelles ont participé Beyoncé, Aretha Franklin, ou le violoncelliste Yo-Yo Ma, mais l'événement sera entouré d'une « douce sensualité », a promis, enigmatique, Tom Barrack.

    Beyoncé chante l'hymne américain (2013)

    Trump n'ira pas chatouiller non plus le record de participation aux bals d'investiture qui ont lieu dans toute la ville, record détenu par Bill Clinton. Le démocrate de l' Arkansas avait esquissé un pas de danse avec Hillary dans 14 soirées, en 1997. Trump lui ne se rendra qu'à trois de ces rendez-vous, dont le traditionnel bal militaire du « Commandant en chef ». « Ce n’est pas un couronnement », arguait récemment son conseiller Boris Epshteyn. C'est aussi un bon coup de com'. « Depuis Kennedy, depuis 1961, on a cette image des bals où le président est entouré de stars qui viennent chanter, danser et faire rire pour lui et où il y a une sorte d'union entre le président et Hollywood, rappelle Corentin Sellin. L'épine dorsale du discours de Trump, c'est de dire : "moi je suis le président du peuple - et notamment du Heartland, de l'Amérique profonde -, et je ne fais pas partie de ces élites politico-hollywoodiennes". Alors que paradoxalement, Trump pourrait en être un symbole. »

    Il aurait d'ailleurs pu aller plus loin : en 1913, le président Wilson goûtant peu à ce genre de festivités en une occasion si solennelle, avait tout simplement fait annuler les bals. En 1945, alors que la Seconde Guerre mondiale n’avait pas encore pris fin, Franklin Delano Roosevelt avait fait de même.

    John F. Kennedy et Frank Sinatra (1961)

    • Un défi sécuritaire hors normes

    Enfin, pas d'investiture sans un déploiement impressionant de forces de sécurité. Et cette année, avec l'investiture d'un président qui a provoqué tant de clivages au sein de la société américaine, ce déploiement sera du jamais-vu.

    La cérémonie d’investiture se tient depuis la façade ouest du Capitole, et ce depuis 1981 et Reagan - auparavant, elle se tenait côté est, beaucoup moins exposé. Ce qui pose toujours un énorme problème de sécurité. En 2009, pour l’élection d’Obama, près de deux millions de personnes s’étaient massées sur le « National Mall » (l’Esplanade nationale). L’équipe Trump en est persuadée : ils seront deux à trois millions cette fois-ci, là où le comité sénatoriale d'organisation table sur 750 000 personnes au maximum. Quels que soient les projections, selon des responsables de l’organisation interrogés par le New York Times, jamais défi sécuritaire n’a été aussi important autour d’une investiture.

    Lors de celle d'Abraham Lincoln, le 4 mars 1865, soit au sortir de la guerre de Sécession, la sécurité avait été particulièrement renforcée. Cela n’avait pas empêché la présence, à quelques mètres seulement du président, de John Wilkes Booth, son futur assassin.

    Autre enjeu pour les autorités cette fois-ci, le risque d’affrontements entre manifestants. Vingt-trois demandes de permis de manifester de pro et anti-Trump avaient déjà été reçues par le Service des parcs nationaux de la capitale, un mois à peine après l'élection du milliardaire. D’habitude, elles se comptent sur les doigts d’une main. Parmi ces manifestations, celle des « femmes de Washington », dont les organisateurs attendent 200 000 participants au lendemain de l’investiture (Ils étaient 196 000 inscris sur la page Facebook mi-janvier).

    En 2001, le mal-élu George W. Bush avait face à lui ses supporters, l'acclamant malgré des conditions climatiques excécrables, mais aussi, plus loin, des milliers d'opposants venus contester, une nouvelle fois, une élection qu'ils jugeaient falsifiée, offrant quelques scènes d'affrontement avec la police.

    Manifestants anti-Bush à Washington (2001)

    De ce point de vue, pire encore fut la deuxième investiture de Richard Nixon en 1973. Boycottée par 80 parlementaires, elle avait vu converger 15 000 opposants à la guerre au Vietnam, un mois après les terribles « bombardements de Noël » sur Hanoï.

    Pour ne pas voir ces scénarios se repoduire, près de 13 000 militaires (dont une majorité de gardes nationaux) seront déployés en plus des 3 200 officiers des services de police.  


     * Corentin Sellin est également l’auteur d’une note pour l’Ifri sur « Trump et l’électorat blanc » (Septembre 2016)

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