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    Amériques

    Etats-Unis: le «Calexit», l'improbable sécession de la Californie

    media Des Californiens manifestent à Los Angeles, le 12 novembre, quatre jours après la victoire de Donald Trump. RINGO CHIU / AFP

    Depuis l'élection de Donald Trump, l'idée d'un « Calexit » - une sortie de la Californie des Etats-Unis - en séduit plus d'un dans cet Etat de la côte ouest qui a majoritairement voté pour Hillary Clinton. La campagne du « Yes California », qui milite pour une sécession du Golden State, gagne du terrain. Ses partisans ont même été autorisés à récolter les signatures nécessaires pour qu'une telle mesure soit soumise à un vote en 2018.

    « Not my president ». Dans la rue ou sur les réseaux sociaux, cette expression est devenue l’un des slogans phares des opposants à Donald Trump. Tout particulièrement en Californie, où la population a voté à plus de 61% en faveur d’Hillary Clinton, avec 4,2 millions de voix de plus que son adversaire.

    Dans un Etat réputé pour ses positions progressistes sur les questions d’écologie et de société, la victoire de Donald Trump a eu l’effet d’une douche froide, au point que l’idée d’une sécession a commencé à faire son chemin.

    Des milliers de Californiens sont descendus manifester au lendemain de la victoire de Donald Trump, afin de faire savoir que le milliardaire n’était « pas [leur] président ». Sur Twitter, le mot-clé #Calexit, désignant rien de moins qu’une sortie de la Californie de l’Union, est devenu viral en quelques heures. Jusque-là marginale, l’option sécessionniste, aussi baptisée « Caleavefornia » ou « Califrexit », a même reçu des soutiens de poids.

    Investisseurs et politiques

    L’entrepreneur Shervin Pishevar, co-fondateur d’Hyperloop, qui a notamment investi dans Uber ou Airbnb, a annoncé qu’il allait financer « une campagne légitime pour que la Californie devienne sa propre nation », suggérant au passage que cette dernière pourrait s’appeler « Nouvelle Californie ». D’autres patrons et figures de la Silicon Valley lui ont emboîté le pas.

    Evan Low, représentant démocrate à l’Assemblée de l’Etat de Californie, s’était même engagé, en cas de victoire de Donald Trump, à soutenir la présentation d’un projet de loi sur l’indépendance de la Californie. Et il se pourrait bien que l’élu démocrate soit amené à tenir parole dans les mois à venir. Car au-delà des déclarations, le « Calexit » a pris récemment une tournure plus concrète.

    « Yes California »

    Fin janvier, le secrétaire d’Etat de la Californie, Alex Padilla, a donné son feu vert pour que les militants de la campagne « Yes California » démarrent la collecte de près de 600 000 signatures nécessaires pour que la mesure soit soumise au vote lors des élections législatives de novembre 2018. Il leur faudra récolter précisément 585 407 signatures d’ici le 25 juillet, soit l’équivalent de 8% des votants inscrits dans cet Etat de 39 millions d’habitants.

    Si la campagne aboutit – elle a rassemblé à l’heure actuelle près de 19 700 signatures – cela ouvrirait la voie à un référendum sur l’indépendance de l’Etat en 2019. Il faudrait alors que 50% des électeurs inscrits sur les listes y participent et que 55% d’entre eux se prononcent faveur d’une sécession. Mais les difficultés ne s’arrêtent pas là. La mesure devrait alors faire face à un obstacle de taille : la Constitution des Etats-Unis d’Amérique.

    Une sécession légalement impossible

    Car, comme le soulignent les experts, cette dernière ne prévoit rien concernant l’éventuelle sécession d’un Etat de l’Union. « La Constitution a des procédures pour intégrer de nouveaux Etats ou subdiviser des Etats déjà existants, mais il n’existe pas du tout de procédure pour la sécession d’un Etat », pointe David Carrillo, professeur de droit à l’université de Berkeley, dans un entretien à USA Today. « Il n’y a pas de base légale pour ça. »

    La Constitution de l’Etat de Californie elle-même stipule que « l’Etat de Californie est une partie inséparable des Etats-Unis » et que « la Constitution des Etats-Unis est la loi suprême du pays ». A cela vient s’ajouter l’arrêt de la Cour suprême dans l’affaire Texas v. White de 1869, statuant qu’aucun Etat ne peut quitter l’Union sauf avec « une révolution ou le consentement des Etats ». Une révolution étant a priori exclue, reste le consentement, qui s’exprimerait à travers l’adoption d’un amendement constitutionnel légalisant la sécession d’un Etat.

    « Or, pour pouvoir amender la Constitution, il faut un minimum des deux tiers des voix dans les deux Chambres et il faut obtenir une ratification par les trois-quarts des Etats, analyse Frédérick Douzet, professeur à l’Institut français de géopolitique et spécialiste de la Californie. Donc déjà là, on est sur une mission impossible ». La Constitution n’a été amendée que dix-sept fois dans l’histoire des Etats-Unis et il paraît peu probable que le pays laisse son Etat le plus important en termes de population et de produit intérieur brut s'émanciper. Cette puissance de la Californie est d’ailleurs l’un des arguments des séparatistes.

    Sixième puissance mondiale

    Porté par la Sillicon Valley et Hollywood, le Golden State est à la fois à la pointe de l’innovation technologique, de l’industrie cinématographique et du divertissement. C’est aussi là que se trouvent certaines des pôles de recherche et des universités les plus prestigieux du pays, comme Stanford, Berkeley ou la Caltech. La Californie est également le premier producteur de fruits et légumes des Etats-Unis et son vin bénéficie aujourd’hui une renommée internationale. En 2015, son PIB s’élevait à 2 460 milliards de dollars, représentant 13% de celui des Etats-Unis.

    « En tant que sixième puissance économique mondiale, la Californie est économiquement plus puissante que la France et a une population plus grande que la Pologne », avance le mouvement indépendantiste Yes California sur son site web. « Point par point, la Californie est comparable et peut rivaliser avec des pays, pas seulement avec les 49 autres Etats. » Si ce poids économique permet aux partisans d’une sécession de s’imaginer une Californie indépendante, ils avancent aussi l’idée que l’Etat est culturellement trop différent du reste du pays.

    Fossé culturel

    Peuplée par des immigrants du monde entier, à majorité d’Hispaniques, la Californie est notamment connue pour ses combats pour les droits des homosexuels et pour l’égalité des sexes, ainsi que pour ses lois vertes pro-transition énergétique. A l’inverse, donc, d’un Donald Trump climato-sceptique, qui cherche à relancer l’industrie du charbon et qui mène une politique anti-immigration. « Le cœur du problème c’est la différence culturelle entre la Californie et le reste des Etats-Unis. Les Américains ont voté pour Trump, il représente ce qu’ils sont », estime Marcus Ruiz-Evans, vice-président de Yes California, interviewé par RFI.

    « Nous sommes un Etat riche et pourtant nos intérêts politiques sont ignorés. Nous sommes isolés du reste des Etats-Unis. Nous avons toujours été gouvernés par des capitales lointaines, Madrid, Mexico et Washington. Aucun de ces gouvernements n’a compris la culture et la nature de la Californie », soutient Aaron Schwabach, professeur de droit à la Jefferson School of Law. « Il est temps de se dire qu’on est quittes et de prendre des routes différentes », écrivait-il dans une tribune du San Diego Union-Tribune publiée peu après l’élection de Trump.

    Robert B. Reich, professeur de politiques publiques à Berkeley, expliquait, quant à lui, dans un éditorial titré « California versus Trumpland », les différences profondes entre le Golden State et les Etats ayant voté pour Donald Trump, s’interrogeant sur la nature de la coexistence de ces deux Amériques dans les années à venir. Selon un sondage Reuters/Ipsos paru fin janvier, un Californien sur trois soutient l’idée d’un retrait pacifique de l’Union, soit 12% de plus qu’en 2014. Yes California se targue pour sa part d’avoir multiplié par trois le nombre de ses adhérents : « avant Trump nous avions 11 000 membres (…), nous sommes passés à 30 000 membres et notre lettre d’information est envoyée à 120 000 personnes », se vante Marcus Ruiz-Evans.

    L’ombre de la Russie

    Mais si les dirigeants du mouvement attribuent leur succès à la victoire de Donald Trump, la radio publique américaine KQED pointe un autre facteur du doigt : celle de l’influence russe. Selon une enquête de KQED, l’initiative du co-fondateur de Yes California, Louis Marinelli, installé à Iekaterinbourg, reçoit le soutien du Kremlin.

    Au-delà de la large couverture médiatique dont le mouvement a bénéficié en Russie, Yes California a participé à une conférence antimondialiste à Moscou, en septembre dernier. « La conférence, financée par le gouvernement russe, et les images de Marinelli aux côtés d’autres indépendantistes du Texas, de Catalogne, d’Irlande et de Puerto Rico ont offert à Yes California un vernis de légitimité », souligne KQED.

    Le mouvement a même ouvert une « ambassade » de la « République indépendante de Californie » à Moscou, le 18 décembre, dont l’objectif affiché est de promouvoir l’histoire et la culture de la Californie, et d’encourager le tourisme et le commerce entre la Russie et le Golden State. Bien qu’il nie recevoir toute aide, financière ou autre, de la part du gouvernement russe, Louis Marinelli ne cache pas son admiration pour Vladimir Poutine : « j’aimerais bien le rencontrer un jour, confiait-il à Bloomberg en décembre, avec les drapeaux russe et californien derrière nous, qui sait ».

    Ces liens avec la Russie lui ont valu d’être accusé de « marionnette de la Russie » par le California National Party, un autre mouvement indépendantiste, avec qui Louis Marinelli est en conflit ouvert, comme en témoignent les attaques régulières dont il se fend à leur égard sur son compte Twitter. Cette plateforme, bien que partageant le même objectif, diffère dans la méthode : le CNP veut d’abord s’établir en tant que véritable parti politique, engranger des votes et faire élire ses représentants au Congrès. Ils espèrent pouvoir participer aux élections législatives de 2018.

    Des conséquences désastreuses ?

    Mais qu’il s’agisse de la stratégie de Yes California ou de celle du California National Party, la probabilité d’un Calexit n’en demeure pas moins fantaisiste, au vu des obstacles légaux. Fantaisiste, mais aussi dangereux, selon certains. D’un point de vue économique, comme l’a souligné Alex Padilla, le secrétaire d’Etat de la Californie : « si la Californie devient réellement une nation indépendante, l'Etat et ses gouvernements locaux feraient face à des impacts budgétaires majeurs, et inconnus ». Mais aussi d’un point de vue politique.

    Dans une tribune du Los Angeles Times, le journaliste Conor Friedersdorf considère que cela « serait un désastre pour les valeurs progressistes ». « Pendant des décennies, la Californie a exercé plus d’influence sur la politique et la culture américaine que l’inverse. Une sécession ne développerait pas nos valeurs. Cela éloignerait encore plus les Etats-Unis de notre tolérance et de notre diversité. Et cela resterait nos voisins. Une réalité géographique que l’indépendance politique ne changerait pas. »

    Même l’investisseur Shervin Pishevar qui disait vouloir soutenir une campagne pour une Californie indépendante, est revenu sur ses propos. Les militants de Yes California, eux, comptent bien garder le cap et espèrent créer la surprise. « Ils disaient que Donald Trump, ça n'arriverait pas. Ils disaient que le Brexit, ça n'arriverait pas. Qu'allez-vous dire s'ils disent que le Calexit, ça n'arrivera pas ? » s'amusent-ils dans un tweet. Les sécessionnistes semblent déjà prêts à ressortir le drapeau à l’ours de l’éphémère République de Californie qui dura moins d’un mois, de juin à juillet 1846.

    Le drapeau officiel de l'Etat de Californie, directement inspiré du drapeau historique de la République de Californie de 1846. Wikimedia Commons/Domaine public

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