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    Amériques

    Paraguay: quatre «disparus» de la dictature identifiés, une première historique

    media De gauche à droite : la vice-ministre de la Justice Cecilia Perez Rivas, Rogelio Goiburu, directeur des équipes de recherches des disparus, Laurenza Vera Baez devant le portrait de son frère Castulo et Jorge Miguel Soler, devant le portrait de son père Mig RFI/Tony Robin

    Vendredi 10 février, lors d’une cérémonie officielle, les urnes funéraires contenant les restes osseux des quatre premières personnes identifiées ont été remises à leurs proches à Asunción. Un soulagement pour les familles des victimes de disparitions forcées et une victoire pour les droits de l’homme au Paraguay. Un pays qui peine à se remettre de la dictature du général Stroessner (1954-89), la plus longue de l’histoire de l’Amérique latine.

    De notre correspondant à Asuncion,

    Castulo Vera Baez, Paraguayen détenu à Puerto Iguazú, Argentine. Jorge Miguel Soler, Paraguayen détenu à Asunción, Paraguay. Raffaella Filipazzi, Italienne installée en Argentine, détenue à Montevideo, Uruguay. Enfin, José Potenza, Argentin, détenu également à Montevideo, Uruguay. Tous les quatre, victimes de disparitions forcées entre 1975 et 1977, ont été exhumés de la même fosse commune entre 2009 et 2013, à Asunción.

    Ces quatre parcours montrent le caractère transnational et implacable de l’opération Condor, une campagne d’assassinats contre n’importe quel « dissident potentiel » menée conjointement par les dictatures d’Amérique du Sud dans les années 70. Des assassinats qui pouvaient même parfois se perpétrer jusque sur le sol européen ou nord-américain.

    Plus de 500 victimes

    Les disparitions forcées pendant les dictatures sud-américaines concerneraient de 30 000 à 35 000 personnes. 500 victimes ont déjà été recensées au Paraguay, « mais le chiffre est beaucoup plus élevé », certifie Rogelio Goiburu, directeur de l’équipe de Mémoire et réparation du ministère de la Justice du Paraguay. « Le problème, explique-t-il, est que beaucoup de familles n’osent toujours pas venir porter plainte. Soit parce qu’elles ne croient pas en la justice paraguayenne à cause de son haut-niveau de corruption, ou pire, car elles ont encore peur de potentielles représailles », 28 ans après la chute de la dictature.

    Marquant le caractère international de l’Opération Condor, les familles de disparus viennent d’horizons très différents, comme ici la famille Filipazzi venue d’Italie pour recueillir les restes de la disparue identifiée Raffaella Filipazzi RFI/Tony Robin

    A part un bref intermède progressiste entre 2008 et 2012, le Paraguay a toujours été gouverné, depuis 1946 jusqu’à aujourd’hui, par le Parti Colorado. Le même parti qui appuya Alfredo Stroessner pendant 35 ans de dictature. Encore aujourd’hui, plusieurs politiques en exercice revendiquent haut et fort leur héritage stroessneriste. Dans ces conditions, difficile pour les équipes de recherche des disparus de recevoir un quelconque appui politique.

    Malgré cette aide gouvernementale proche du néant, Rogelio Goiburu et son équipe continuent de sillonner le Paraguay, comme depuis une quinzaine d’années. En se basant sur les témoignages des habitants des villages ou sur les remords de vieux soldats repentis, ils creusent inlassablement la terre rouge de la campagne pour que les familles touchées puissent, peut-être un jour, faire leur deuil. Grace à leur travail, 36 corps ont déjà pu être exhumés. Quatre ont, donc, été identifiés, grâce au concours des équipes scientifiques de l’Argentine voisine, le Paraguay ne possédant pas de spécialistes de l’identification par ADN. Les 32 autres, exhumés pour certains depuis déjà sept ans, attendent toujours d’être identifiés, car le gouvernement paraguayen refuse de débloquer les fonds nécessaires au travail des équipes scientifiques argentines. Comme il refuse d’acheter le matériel nécessaire à l’exhumation des corps de douze autres fosses communes repérées par les équipes de Rogelio Goiburu.

    L’infatigable Goiburu

    Une position des autorités qui laisse amer Jorge Miguel Soler, dont le père Miguel Angel, ancien militant communiste, est l’une des quatre personnes identifiées. Au-delà de « l’énorme soulagement » d’avoir retrouvé son père, il espère que les premières identifications des disparus de la dictature pourront faire avancer les droits de l’homme au Paraguay. « Des droits de l’homme, juge-t-il, que les politiques vantent tous les jours dans les journaux, dans des séminaires ou à la télé, mais qui sont inexistants sur le terrain, dans la vie des Paraguayens de tous les jours. »

    Contrairement à ses voisins sud-américains, Argentine en tête, le Paraguay continue en effet à faire valoir une impunité presque totale pour les crimes commis pendant la dictature. Pour Rogelio Goiburu, « ce n’est qu’une fois tous les disparus rendus à leur famille et les responsables condamnés qu’on pourra rêver au Paraguay d’une démocratie effective pour tous, et pas seulement pour un petit groupe qui se sert d’elle pour s’enrichir ».

    En attendant, l’infatigable Goiburu continue d’arpenter le pays à la recherche des desaparecidos dont son propre père, le docteur Agustin, l’un des plus importants opposants à Stroessner, disparu en 1977.

    Pour garder espoir, il se souvient de ce témoignage qu’un vieux soldat a fait il y a vingt ans à son frère, dans un village de campagne. « Je vais te dire où est ton père mais ne me regarde pas dans les yeux, avait dit le vieux soldat, rapporte Rogelio Goiburu. Ton père est enterré à quelques mètres de la couronne d’épine du terrain de la Agrupacion Especializada », la police d’élite paraguayenne qui officiait pendant la dictature comme escadron de la mort. A cet endroit précis où, justement, 17 des 36 corps ont déjà été retrouvés, dont les quatre identifiés récemment.

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