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    Amériques

    Colombie: les assassinats d'acteurs sociaux et leaders paysans se multiplient

    media Le commandant Alberto Mejia de l'armée colombienne arrivant dans la région de Saiza (Tierras altas) précédemment occupée par les FARC, le 3 février 2017. REUTERS/Luis Jaime Acosta

    En Colombie, où les armes de la guérilla se sont tues, les assassinats dits «sélectifs» continuent. Selon Amnesty international, 75 personnes ont été tuées au cours de l’année 2016. Une organisation locale donne elle le chiffre de 116 assassinats l'année dernière et 20 depuis la signature de l’accord de paix avec les FARC, en novembre dernier. La série noire continue et les organisations des droits de l’homme s’en inquiètent. Elles demandent au gouvernement de Juan Manuel Santos, prix Nobel de la Paix 2016, d’agir.

    avec notre correspondante à Bogota, Marie-Eve Detœuf

    Plus de 80% de ces assassinats se sont produits en milieu rural, dans les régions qui ont été longtemps contrôlées par les guérilleros des FARC. Les victimes sont des leaders paysans qui se battent pour la restitution de leurs terres, des indiens ou des écologistes qui veulent éviter que les grandes entreprises de l’agroalimentaire ou les transnationales minières ne s’approprient de ces territoires, des défenseurs de droits de l’homme, des syndicalistes. Les victimes sont donc essentiellement des militants et des militantes de la paix.

    Les organisations des droits de l’homme – et les FARC – dénoncent une résurgence des groupes paramilitaires qui ont fait régner la terreur dans les campagnes dans les annees 80 et 90. Personne n’a oublié le massacre des militants de gauche qui avait suivi la première tentative de paix avec les FARC, il y a 30 ans. Plus de 4000 membres de l’Union patriotique avaient alors été assassinés.

    Le gouvernement nie l'existence de groupes paramilitaires

    Le gouvernement promet évidemment d’agir. Une commission a été créée pour coordonner l’action des différentes institutions. Il faut trouver les coupables des crimes commis et prévenir de nouveaux assassinats. Mais le gouvernement met en doute le caractère systématique des assassinats et il nie l’existence de groupes paramilitaires.

    Pourquoi ? Parce qu’il ne veut pas reconnaître une dimension politique aux milices mafieuses au service des narcotrafiquants ou des autres trafics illégaux, tels que l’or ou les bois précieux. Le gouvernement considère que ces assassinats sont le résultat de logiques très locales. Les groupes armés qui sévissent un peu partout dans le pays ne sont pas coordonnés entre eux, ils n’ont pas de direction politique et surtout ils ne sont pas articulés aux forces armées. C’est ce qu'assure le gouvernement.

    Cette version est-elle crédible ?

    Il y a probablement du vrai dans les deux visions du problème. Ce qu’il y a de certain, c’est que l’Etat colombien peine à occuper les territoires abandonnés par les FARC dans le cadre du plan de paix, et que l’Etat peine à y garantir la sécurité et la justice. Le problème de l’impunité reste entier. Celui de la prévention aussi. Les assassinats des militants de la paix ne peuvent que compliquer le processus en cours de désarmement des FARC. Sur ce point gouvernement et défenseurs des droits de l’homme sont malheureusement d ‘accord.

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