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    Il y a 50 ans, de Gaulle lançait «Vive le Québec libre !»

    media Le général de Gaulle au balcon de l'hôtel de ville de Montréal, le 24 juillet 1967. AFP

    À l’occasion de sa seconde visite officielle au Canada en 1967, le général de Gaulle prononçait il y a 50 ans à Montréal son fameux « Vive le Québec libre ! ». Si la petite phrase jeta un froid sur les relations franco-canadiennes pendant un bon moment, elle résonne toujours d’un écho particulier dans la Belle Province.

    Il suffit parfois d’une étincelle pour déclencher un feu de forêt, a fortiori au Canada, en plein cœur de l’été. C’est ce qu’il s’est produit, il y a cinquante ans tout juste, lorsque le général de Gaulle, en visite officielle au Canada en tant que président de la République française, prononça le 24 juillet 1967, au balcon de l’Hôtel de ville de Montréal, l’une de ses phrases les plus célèbres : « Vive Montréal ! Vive le Québec ! Vive le Québec… libre ! ». Dans le contexte d’alors, période durant laquelle le mouvement souverainiste québécois commençait à formuler des rêves d’indépendance, cette phrase lancée sous les clameurs de la foule fit l’effet d’une bombe qui provoqua une sérieuse crise diplomatique entre Paris et Ottawa.

    Phrase lâchée sans préméditation dans la liesse de l’instant ou mots soupesés avec la certitude de l’impact qu’ils auraient ? Cinquante ans plus tard, le débat reste ouvert. Seule certitude, le général voulait bien profiter de sa deuxième visite officielle au Canada – la première avait eu lieu en 1960 – pour marquer le coup et faire écouter un peu plus sa différence, un an après qu’il eut annoncé que la France se retirait de l’OTAN. Féru d’Histoire et avide en tous lieux d’affirmer la grandeur de la France, le général voulait à la fois durant ce voyage promouvoir les intérêts des Canadiens-français – tels qu’on appelait encore les Québécois à l’époque – car il était persuadé qu’ils accéderaient un jour à l’indépendance ; et en même temps faire repentance de la cession du Québec à l’Angleterre par Louis XV en 1763, un chapitre peu glorieux du roman national.

    C’est donc par la mer, à bord du croiseur Colbert, et sanglé dans son costume militaire (il était venu en civil en 1960), que Charles de Gaulle débarque au Canada sur les flots du Saint-Laurent, un choix calculé qui lui évitait de commencer sa visite par Ottawa, la capitale fédérale. Après une première escale à Québec le 23 juillet, il gagne ensuite Montréal qui organise, en cette année 1967, l’Exposition universelle, une manière pour la Belle Province de s’ouvrir au monde (54,9 millions de visiteurs entre le 28 avril et le 29 octobre).

    Ça va faire du schproum !

    Emporté par la foule, il lâche la phrase historique. Alain Nogues/Sygma/Sygma via Getty Images

    Impressionné par tant de modernité et charmé par l’accueil qui lui est réservé tout au long de sa visite par une foule enthousiaste, le général est transporté de joie. Au point qu’il sent monter en lui les mêmes sensations éprouvées deux décennies plus tôt lors de la libération de Paris, en août 1944. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter les premières phrases de son discours du 24 juillet prononcé sur les coups de 19h30 au balcon de l’hôtel de ville : « C'est une immense émotion qui remplit mon cœur en voyant devant moi la ville de Montréal française. Au nom du vieux pays, au nom de la France, je vous salue de tout mon cœur. Je vais vous confier un secret que vous ne répéterez pas : ce soir, ici, et tout le long de ma route, je me trouvais dans une atmosphère du même genre que celle de la Libération ».

    Le plus fascinant dans tout cet épisode, c’est qu’au départ, il n’était pas prévu que le général s’exprime en public ce soir-là, comme l’indiquait en 1997 dans les colonnes du Monde l’ex-ministre gaulliste Roland Nungesser qui était également de la visite en tant que secrétaire d’État aux Finances chargé de l’international, mais qui se trouvait à Ottawa au moment où fut lâchée la fameuse phrase. « Cela m'a été confirmé par M. Drapeau [le maire de Montréal à l’époque, NDLR] qui m'a dit qu'il n'était pas prévu que le général prenne la parole du balcon de l'hôtel de ville ».

    Le discours du général de Gaulle le 24 juillet 1967 à Montréal

    « Mais, poursuivait Roland Nungesser, les acclamations de la foule s'étant prolongées, un employé municipal voulant faire du zèle a placé un micro sous le nez du général. Celui-ci s'est cru obligé de faire une allocution, totalement improvisée. Il a été ensuite conduit par l'ambiance, mais surtout par les innombrables pancartes ‘Vive le Québec libre !’ qui étaient dressées sous ses yeux, à conclure en reprenant ce même slogan ». Une autre version des faits relate cependant que c’est Charles de Gaulle lui-même qui aurait demandé à ce que la sono soit branchée...

    Improvisation ou préméditation ? Le fondateur de la Ve République avait de toute façon, comme on l’a déjà écrit plus haut, l’intention de faire du bruit durant cette visite, ce que confirme Roland Nungesser dans ce même article du Monde publié il y a 20 ans : « La préméditation ne fait aucun doute quant à la volonté du général de poser avec vigueur le problème du statut du Québec dans la fédération canadienne » écrit l’ancien ministre, avant d’ajouter un peu plus loin : « Le lendemain, il [de Gaulle, NDLR] tint à m'expliquer, lui-même, ce qu’il s'était passé. La teneur de la conversation fut la suivante : « Eh bien, j'ai crié `Vive le Québec libre !’, Ça va faire du ‘schproum’, et ça n'a pas fini d'en faire ». Conclusion de Nungesser sur la question : « Préméditation pour faire éclater au grand jour le Québec : oui. Préméditation pour l'emploi de la formule indépendantiste : non ».

    Propos inacceptables

    La même ferveur qu'à la libération de Paris. Jeff Goode/Toronto Star via Getty Images

    Du ‘schproum’ [protestation, dispute violente, nous apprend le Larousse, NDLR], le « Vive le Québec libre ! » du général en fit sans aucun doute, particulièrement du côté d’Ottawa où le Premier ministre Lester Pearson se fend dès le lendemain matin d’un communiqué sans équivoque : « Certaines déclarations faites par le président ont tendance à encourager la faible minorité de notre population qui cherche à détruire le Canada et, comme telles, elles sont inacceptables pour le peuple canadien et son gouvernement. Les habitants du Canada sont libres. Toutes les provinces du Canada sont libres. Les Canadiens n'ont pas besoin d'être libérés. Le Canada restera uni et rejettera toutes les tentatives visant à détruire son unité ». De la liesse de la veille, on est passé en un éclair à l’incident diplomatique.

    En ce 25 juillet, le général poursuit bien sa visite à Montréal, notamment celle du métro, construit par la France, mais elle va rapidement tourner court. De sa propre initiative (version française) ou à la demande du gouvernement fédéral (version canadienne), l’étape finale à Ottawa du 26 juillet est annulée. De Gaulle repart en France à bord du DC-8 présidentiel et essuie un concert de critiques émanant non seulement de la presse canadienne anglophone et américaine qui le traite de « vieillard mégalomane » mais aussi d’une bonne partie de la presse française dont Le Monde, notamment par le biais d’un éditorial titré « L’excès en tout... » dans lequel le journal s’offusque de cette irruption dans les affaires intérieures d’un État.

    « Depuis qu'il a posé le pied, dimanche matin, sur la terre canadienne, écrit le quotidien, le général de Gaulle semble avoir entrepris une de ces escalades oratoires dans lesquelles il est passé maître. Mais s'il compose, selon son habitude, par touches successives en utilisant d'abord l'allusion, puis la répétition, enfin l'hyperbole, une sorte de symphonie de sa façon, il a carrément renoncé cette fois à recourir à l'euphémisme et à la litote ». L’incident – qui survient en une année 1967 marquant également le centenaire de la Confédération canadienne – va compliquer les relations diplomatiques entre la France et le Pays à la feuille d’érable jusqu’au départ du général de Gaulle du pouvoir le 28 avril 1969 et un peu au-delà.

    Prise de conscience

    Un moment très attendu à Montréal. Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal

    Hasard ou coïncidence, c’est quatre mois plus tard, en novembre 1967, que René Lévesque fonde le Mouvement Souveraineté-Association dont le but est de promouvoir les idées de l’indépendance de la province du Québec, formation politique qui fusionnera l’année suivante avec le Ralliement national de Gilles Grégoire pour créer le Parti Québécois, lequel PQ sera plus tard l’instigateur des deux référendums sur la souveraineté du Québec (20 mai 1980, 30 octobre 1995), deux échecs. Reste que, cinquante ans plus tard, la phrase du général perdure. Elle va même faire l’objet de commémorations au pays de Céline Dion et Robert Charlebois, notamment de la part de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, association créée en 1834 et destinée à renforcer l’identité québécoise.

    « On était alors en pleine révolution tranquille au Québec et la phrase du général a eu un impact certain, non seulement la phrase « Vive le Québec libre ! » mais aussi le contenu du discours », nous confie au téléphone Claude Boisvert, coordonnateur des projets et des commémorations nationales au sein de cette vénérable société. « Ici, continue-t-il, cela a créé une prise de conscience de ce que sont les Québécois, alors qu’à l’époque on parlait de Canadiens français. Cela a appuyé des groupements qui existaient déjà à l’époque et qui commençaient à penser à faire des référendums en vue de l’indépendance du Québec. La venue du général a renforcé toute cette démarche ».

    Ce lundi, une cérémonie va donc se tenir à quelques mètres de l’hôtel de ville de Montréal où le général a prononcé son fameux discours. Même si le maire actuel de Montréal, Denis Coderre, a prévenu qu’il ne serait pas présent et qu'il refusait à la SSJB l'accès au balcon de l'hôtel de ville dans une volonté de demeurer « neutre et apolitique » [des quartiers entiers de Montréal sont à majorité anglophone, NDLR], de nombreuses personnalités, comme l’ancien Premier ministre du Québec Bernard Landry, seront présentes.

    « On va faire une sorte de moulin à paroles, comme on dit chez nous, annonce Claude Boisvert, des textes lus à la chaîne par un grand nombre de personnalités, artistes, comédiens, des textes de Charles de Gaulle lui-même, mais aussi de personnes qui se sont exprimées à l’époque, y compris le discours du Premier ministre canadien de l’époque qui, lui, n’avait pas beaucoup aimé le discours. Cela sera entrecoupé de prestations musicales ». Une simple petite phrase déclinée en moulin à paroles, voilà qui aurait sans doute interloqué l’homme du 18 juin 1940, et du 24 juillet 1967. On serait également curieux de connaître sa réaction à l'idée formulée par son adversaire de mai 1968, Daniel Cohn-Bendit, de proposer au Québec de rejoindre l'Union européenne. Avouez qu'il y aurait matière à sauter sur sa chaise comme un cabri. Ou comme un caribou, pourquoi pas ?

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