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    Amériques

    Venezuela: ce qu’il faut savoir sur le projet d'Assemblée constituante

    media Le président vénézuélien Nicolas Maduro défend bec et ongles l'écriture d'une nouvelle Constitution. Miraflores Palace/Handout via REUTERS

    Le président du Venezuela, Nicolas Maduro, a réussi à imposer l'élection d'une Assemblée constituante dimanche, en dépit du rejet de l'opposition et de la réprobation de la communauté internationale. Voici ce qu'il faut savoir du processus qui doit aboutir à la modification de la Constitution promulguée par le défunt Hugo Chavez en 1999.

    Le Venezuela, premier exportateur de pétrole d'Amérique latine, est au bord de l'effondrement économique. Le pays connaît depuis avril des manifestations anti-gouvernementales violemment réprimées qui ont fait plus d'une centaine de morts ainsi que des milliers de blessés et d'arrestations. Pour remédier à cette crise, Nicolas Maduro a appelé les Vénézuéliens à l’élection d’une Assemblée constituante. Le scrutin s’est tenu ce dimanche 30 juillet.

    Pourquoi l’élection d’une Assemblée constituante ?

    Le président vénézuélien Nicolas Maduro entend faire de cette Constituante un « super pouvoir », au-dessus de tous les pouvoirs constitués, y compris le Parlement, dominé par l'opposition. « Elle peut tout régénérer, tout créer, c'est le pouvoir des pouvoirs », argue-t-il. L’Assemblée pourra ainsi refonder les institutions et la loi. Le parti du président vénézuélien étant minoritaire à l’Assemblée, Nicolas Maduro entend ainsi retrouver une initiative politique.

    Il promet que cette Assemblée apportera « la paix » face aux manifestations qui réclament son départ. Le chef de l’Etat, qui attribue le naufrage du Venezuela à une « guerre économique » livrée par les milieux d’affaires, assure que cette Assemblée permettra le redressement économique du pays pétrolier.

    Nicolas Maduro a expliqué que la nouvelle Constitution, qui remplacera celle promulguée en 1999 par le défunt président Hugo Chavez, sera soumise à référendum.

    Comment sera-t-elle constituée ?

    La Constituante sera installée mercredi 2 août au Palais législatif, où elle siègera parallèlement au Parlement. Elle sera composée de 545 constituants, prenant la place des députés élus lors des législatives de décembre 2015. 364 d’entre eux représenteront les circonscriptions municipales (chaque municipalité ayant un constituant, sauf les capitales des Etats qui en auront deux, indépendamment de leur population), 173 seront désignés par des groupes sociaux (travailleurs, retraités, étudiants, paysans, handicapés, chefs d'entreprise...) et 8 par les communautés indigènes. La durée du mandat des membres de cette Constituante n’est pas définie.

    A noter que le mode de désignation, fixé par le chef de l’Etat et approuvé par le pouvoir électoral, interdisait les candidats provenant de partis. Pourtant, de hauts responsables du pouvoir en place, membres du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) de Nicolas Maduro, y figuraient, tels le député Diosdado Cabello, ou Adan Chavez, frère de l’ex-président Hugo Chavez.

    Grâce au mode de scrutin, combinant vote territorial et vote par secteurs socioprofessionnels, 62% des 19,8 millions d'électeurs ont pu se prononcer deux fois dimanche, ce qui soulève des interrogations sur la validité du résultat, alors qu'aucun observateur étranger n’était présent lors du scrutin.

    Que prévoit cette Constituante ?

    Du retour de la paix à la distribution d'aliments subventionnés, le président vénézuélien Nicolas Maduro et les candidats à l'Assemblée constituante ont multiplié les promesses pour glaner des suffrages lors de l'élection de dimanche.

    Le président socialiste a annoncé que le premier devoir de cette Constituante sera d'installer une « commission de la vérité pour enquêter sur les crimes de la droite » pendant les manifestations.

    Ensuite, le président vénézuélien souhaite inscrire dans la Constitution les « missions », des programmes sociaux nés sous son prédécesseur et mentor Hugo Chavez, ainsi que le « Carnet de la Patrie », une carte électronique permettant d'acheter des biens de première nécessité subventionnés.

    Avec cette assemblée, Nicolas Maduro souhaite aussi refondre « le système économique » vénézuélien, trop dépendant de la rente pétrolière. Il a présenté jeudi un manuel intitulé « Venezuela, pays des mille et une opportunités » rassemblant ses propositions. Parmi les mesures prévues figure une loi de contrôle des prix visant à lutter contre « la spéculation » et « la guerre économique » menée, selon lui, par l'opposition et les entrepreneurs pour déstabiliser son gouvernement.

    Enfin, le gouvernement Maduro entend réformer la police et alourdir les peines pour les auteurs de viols, enlèvements, meurtres et actes de terrorisme. Le Venezuela est l'un des pays les plus violents au monde, avec 70,1 homicides pour 100 000 habitants en 2016 – neuf fois la moyenne mondiale – selon le Parquet.

    Pourquoi l’opposition rejette-t-elle en bloc la Constituante ?

    Depuis le début du processus, l’opposition a toujours refusé farouchement de se plier à ce scrutin. En effet, elle voit dans ce projet une manœuvre du président pour gagner du temps et « ne pas se soumettre à un processus électoral », selon les mots du leader de l’opposition, Henrique Capriles.

    Les antichavistes estiment que le président cherche à s’accrocher au pouvoir, à contourner le Parlement élu et à éviter l’élection présidentielle prévue à la fin de l’année 2018. Ni les élections de gouverneur des Etats, prévues en 2016, ni les municipales de 2017 n’ont eu lieu, car le gouvernement est désormais minoritaire dans l’électorat.

    En outre, la coalition d'opposition assure que le chef de l'Etat était obligé, selon la loi, de soumettre à un référendum la convocation d'une élection pour une Assemblée constituante. Ce qui n'aurait jamais été approuvé selon les antichavistes. En effet, sept Vénézuéliens sur dix rejettent la Constituante et la gestion du président, selon l'institut de sondage Datanalisis.

    Estimant le mode de désignation des candidats à la Constituante verrouillée et le type de scrutin trop favorable au chavisme, l'opposition a choisi de boycotter le processus électoral.

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