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    «Despacito»: la «revanche du reggaeton», une invitation à Porto Rico

    media Le quartier de La Perla, aux pieds du centre historique de San Juan, faisait auparavant fuir les touristes. Depuis que le clip du tube «Despacito» y a été tourné, il est devenu une attraction : ici, des touristes se prennent en selfie, le 22 juillet 2017. AFP/Ricardo Arduengo

    C’est une chanson qu’on ne présente plus, venue d’une île dont on parle peu. «Despacito», le tube de l’été, écouté près de 5 milliards de fois sur internet, commence à avoir des retombées économiques pour Porto Rico, la terre qui l’a enfanté. Cette île des Caraïbes qui appartient aux Etats-Unis est le territoire le plus pauvre du pays, mais grâce notamment au reggaeton endiablé de «Despacito», elle attire de plus en plus de touristes.

    Despacito, c’est avant tout une invitation à danser « doucement » : c’est la traduction du titre de cette chanson que peu de gens peuvent prétendre ne pas avoir entendue. Dans le clip, visionné près de 3  milliards de fois sur Youtube, de jeunes gens dansent de manière plutôt suggestive dans le quartier de La Perla, un bidonville de San Juan, la capitale portoricaine. Jusqu’à il y a peu, on déconseillait généralement aux touristes de se rendre dans ce quartier.

    Mais ça, c’était avant. Avant la déferlante Despacito, déjà plus d’une cinquantaine de fois disque de platine. Depuis la sortie du clip en janvier 2017, La Perla a retrouvé son attrait. Aujourd’hui les touristes sortent des remparts de la vieille ville de San Juan et descendent dans les rues escarpées du quartier pour se prendre en photo au milieu des maisons multicolores baignées par la mer.

    « J’ai regardé le clip plein de fois, je savais où je devais aller, j’ai pris des photos et j’ai essayé de danser », raconte une jeune américaine à l’Agence France-Presse. Sur place, nos confrères remarquent aussi des brochures touristiques portoricaines qui vantent la « Despacito coast », la côte de Despacito.

    Chiffres du tourisme en hausse

    Le tourisme est une manne financière pour l’île et représentait 6% de son PIB en 2015. En ligne de mire : les croisiéristes. « C’est souvent un tourisme de jour, les gens débarquent à 10 heures et rembarquent dans leur bateau à 16 heures ou 17 heures, explique Christian Girault, chercheur au CNRS, qui connaît bien Porto Rico. Il y a aussi trois ou quatre hôtels de luxe, mais surtout une vie nocturne, avec des mélanges de jazz, de musiques locales… » En somme, une « très bonne ambiance ».

    C’est cette ambiance qui a plu au metteur en scène du clip de Despacito, Carlos Perez : « Les mots clés étaient : culture, sensualité, danse et couleurs », d’où le choix de La Perla. Les 1600 habitants du quartier n’ont pas attendu le tube planétaire pour agir, et travaillent depuis plusieurs années, en partenariat avec le gouvernement, au développement d’un commerce local dans leur quartier auparavant surtout tourné vers l’économie de la drogue.

    En juillet, fort de sa nouvelle notoriété, La Perla a pu se refaire une beauté. Ses 1600 habitants ont repeint leurs maisons bariolées. Luis Fonsi, l’un des deux interprètes de Despacito les a félicités via son compte Instagram, en postant une photo du quartier rénové. « Qu’il est bon d’avoir des nouvelles positives de son pays », s’enthousiasme-t-il dans un texte aimé près de 90 000 fois sur le réseau social.

    Déclaré en faillite financière en mai, soumis pendant près d’un an, jusqu’en juin, à un état d’urgence sanitaire à cause du virus Zika, Porto Rico et ses 3,4 millions d’habitants reviennent de loin. Ces derniers ont d'ailleurs voté il y a quelques semaines pour devenir le 51e Etat américain (et cesser d'être un « Etat libre associé », c'est à dire une sorte de département d'outre-mer).

    Mais aujourd’hui les réservations d’hôtel repartent à la hausse, avec une augmentation de 9% par rapport à l’année dernière. « Tous les éléments sont réunis pour que Porto Rico devienne la première destination des Caraïbes », se réjouit José Rico, le directeur exécutif de la Compagnie de tourisme de Porto Rico, qui dépend du gouvernement. Du côté du site de réservation en ligne Hoteles.com, on assure aussi que les recherches concernant l’île ont augmenté de 45% cette année. Le tube Despacito n’est pas la seule raison de ce succès, mais il n’y est sûrement pas étranger.

    « Le reggaeton est partout »

    Le reggaeton est un style musical né dans les bas-fonds de Panama et Porto Rico dans les années 90, au croisement du rap hispanophone, du dancehall jamaïcain et du hip-hop états-unien. Il a longtemps été censuré par les autorités, parce qu’on l’associait aux trafics et à la violence. Ironie du sort, le reggaeton fait aujourd'hui la fierté, ou du moins la renommée, de Porto Rico : il a (re)trouvé ses lettres de noblesse.

    D’une part parce que le reggaeton s’est mélangé avec d’autres styles de musique plus populaires, et plus facilement commercialisables à l’étranger, comme la pop latine. Luis Fonsi est d’ailleurs un des pontes du genre, et a eu le nez creux en s’associant, pour chanter Despacito, à la star du reggaeton Daddy Yankee (dont certains se souviendront peut-être du tube Gasolina, sorti en 2004). Les deux compères, qui flirtent avec la quarantaine, ont donc déjà plusieurs albums à leur actif, et n’ont pas eu besoin de Despacito pour être connus dans le monde hispanophone, comme le relève le quotidien Le Monde.

    Et c’est là la deuxième victoire du reggaeton : aujourd’hui des chanteurs (et maisons de production) anglophones s’y intéressent. La légende veut que ce soit dans une boîte de nuit colombienne que le Canadien Justin Bieber ait découvert le tube de Luis Fonsi et Daddy Yankee. Il aurait alors proposé d’en faire un remix, sorti en avril, se contentant de chanter quelques passages en anglais. Résultat : la musique est propulsée sur les devants de la scène pop internationale. Selon Universal Music Latina qui la produit, ces deux versions totalisent plus de 4,8 milliards d’écoutes en ligne toutes plateformes de streaming confondues.

    Dans un entretien au journal The Atlantic intitulé La Revanche du Reggaeton (en anglais), l’enseignante de l’université de Wellesley Petra Rivera-Rideau, explique la genèse de ce genre musical. Elle revient sur ce qui l’a poussé à écrire son livre Remixing Reggaeton : « Quand j’ai commencé […], beaucoup de gens me disaient de me dépêcher, parce que personne n’écouterait plus cette musique au moment où il sortirait […] Beaucoup de personnes parlaient d’une bulle reggaeton. Ce qui est génial avec Despacito, c’est que cela montre que le reggaeton n’a pas vraiment pas disparu, il est partout. »

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