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    Amériques

    Cinq questions pour comprendre la crise au Guatemala

    media Des manifestants s'opposent à l'annonce du président guatémaltèque Jimmy Morales d'expulser du pays l'enquêteur de l'Onu Ivan Velasquez, qui a demandé la levée de son immunité présidentielle. Reuters/Luis Echeverria

    Un enquêteur de l’ONU qui manque d’être expulsé, une ministre de la Justice qui demande la levée de l’immunité du président de la République pour enquêter sur les financements de sa campagne alors que son prédécesseur est en en prison pour corruption... La situation du Guatemala semblait s’améliorer il y a deux ans, avec l’accession d’un néophyte à la présidence, mais les problèmes de ce petit pays d’Amérique centrale restent les mêmes.

    Qui est Jimmy Morales, ce comique devenu président ?

    Le Guatemala l’a d’abord connu en tant qu’acteur de Moralejas, un programme humoristique où Jimmy Morales et son frère parodient et se moquent de la société guatémaltèque. Certains indigènes, qui représentent environ la moitié de la population du pays, reprochent à ce conservateur le racisme de ses sketches, mais cela ne l’a pas empêchéd’être élu, contre toute attente, en septembre 2015.

    A l’époque, le président en exercice Otto Perez Molina vient de renoncer à ses fonctions sous la pression d’enquêtes révélant un système de corruption et de pots-de-vin touchant de nombreux haut-fonctionnaires. Otto Perez Molina et son ex-vice-présidente, entre autres, sont encore en prison aujourd’hui et sont jugés pour ces malversations supposées. Pendant la campagne de 2015, Jimmy Morales incarne donc le renouveau : il n’a jamais été élu, fait campagne sous le slogan « ni corrompu, ni voleur », et promet de réformer les institutions pour que les dirigeants politiques soient contraints de répondre aux accusations de corruptions, très nombreuses dans le pays.

    Que reproche-t-on à Jimmy Morales ?

    Précisément le manque de transparence sur l’origine d’une partie des fonds, environ 800 000 dollars, qui ont servi à financer cette campagne. Pour mener l’enquête à bien, la ministre de la Justice Thelma Aldana a demandé vendredi 25 août la levée de l’immunité présidentielle de Jimmy Morales auprès de la Cour suprême. En cas de feu vert, il faudra que 105 députés sur 158 valident la proposition pour que le président perde effectivement son immunité.

    Une telle possibilité a outré l’intéressé, les membres de son parti, le Front de convergence nationale (FCN, droite), de nombreux députés, ainsi qu’un certain nombre de maires du pays. Sur ce dernier point, le chercheur au Ceri (Centre de recherche internationale) de Sciences Po Kevin Pathernay précise : « C’est surtout une question pratique de financement. Certains maires sont dans des territoires décentralisés et dépendent des subventions de l’Etat. »

    Qu’est-ce qui a mis le feu aux poudres ?

    Refusant la levée de son immunité présidentielle, Jimmy Morales a annoncé, dimanche 27 août, qu’il souhaitait expulser Ivan Velasquez. Cet enquêteur mandaté par l’ONU pour diriger la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala (Cicig), collabore étroitement avec la justice guatémaltèque. Ivan Velasquez et la ministre de la Justice Thelma Aldana ont demandé conjointement la levée de l’immunité de Jimmy Morales. Pour le président, Ivan Velasquez est allé trop loin : il a dépassé ses prérogatives et atteint à la souveraineté de l’Etat, d’où la volonté du président de l’expulser du pays. La ministre de la Justice Aldana a annoncé qu’elle quitterait son poste si Ivan Velasquez venait à être expulsé.

    Jimmy Morales s’est d’abord rendu, avant le week-end, au siège des Nations unies, à New York, pour demander que l’enquêteur soit démis de ses fonctions à la tête de la Cicig. Face au refus de l’organisation internationale, le chef de l’Etat guatémaltèque a publié une vidéo sur son compte Twitter, déclarant l’enquêteur persona non grata, et lui intimant de quitter le territoire. Dans la foulée, et toujours via Twitter, Jimmy Morales a annoncé le limogeage de son ministre des Affaires étrangères, trop conciliant, selon lui, avec Ivan Velasquez.

    Qui est Ivan Velasquez, ce magistrat de l’ONU devenu le pire ennemi de Jimmy Morales ?

    Il s’est d’abord illustré dans la lutte contre les cartels de drogue dans son pays natal, en Colombie. C’est sur la base de cette réputation qu’il a été nommé à la tête de la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala, créée en 2007 à l’initiative de l’Onu et avec l’appui de coopérants internationaux, notamment des Etats-Unis. « La Cicig a été mise en place pour lutter contre l’impunité, mais avec le temps, il y a eu une extension pratique et implicite de ses missions vers la lutte contre la corruption », explique le membre de l'Opalc (Observatoire politique de l'Amérique latine et des Caraïbes) Kevin Parthenay.

    C’est notamment la Cicig d’Ivan Velasquez, aidée par le ministère de la Justice (dirigé d’abord par Claudia Paz y Paz, dont l’engagement contre la corruption a fait l’objet d’un film, puis par Thelma Aldana), qui a fait tomber le précédent président, Otto Perez, en 2015. Le scénario pourrait se reproduire aujourd’hui avec Jimmy Morales. D’autant que depuis que ses enquêtes ont permis d’incriminer le précédent président, Ivan Velasquez est une véritable star au Guatemala. Kevin Parthenay se souvient d’une conférence, en 2015, où le magistrat colombien était arrivé à la tribune : « L’ambiance était encore plus électrique que dans un stade de foot. »

    Ivan Velasquez va-t-il être expulsé du pays ?

    Non, selon la Cour constitutionnelle qui a suspendu définitivement l’expulsion d’Ivan Velasquez, mardi 29 août. Cet avis, rendu à trois voix contre deux, fait écho à une large mobilisation en faveur du procureur. Outre les manifestants dans les rues de Guatemala city et le soutien du ministère de la Justice, l’ONU et de nombreux autres pays se sont inquiétés de la volonté de Jimmy Morales de se débarrasser de l’encombrant enquêteur. « Si le président a reçu un soutien politique assez large, d’un point de vue symbolique, pour lui, c’est une défaite », remarque le chercheur du CERI Kevin Parthenay.

    Ivan Velasquez et Thelma Aldana ont déjà fait condamner le fils et le frère de Jimmy Morales dans des affaires de blanchiment d’argent. Rien n’indique que les fonds douteux de sa campagne de 2015 sont liés à cette affaire. L’argent serait plus probablement celui de militaires de droite, ceux-là même qui ont fondé le FCN, le parti à la tête duquel Jimmy Morales a été catapulté deux ans avant le scrutin présidentiel.

    Car si la guerre civile qui a ravagé le pays pendant plus de trois décennies et fait 200 000 morts s’est achevée il y a une vingtaine d’années, c’est toujours l’armée, qui a noyauté quasiment tous les partis guatémaltèques, qui détient les rênes du pays. Le prédécesseur de Jimmy Morales était lui-même un ancien général, et l’acteur n’aurait jamais pu devenir président sans l’appui des militaires. Mais vue l’ampleur des affaires judiciaires qui inquiètent ces élus et la force de frappe de la Cicig, tout laisse à penser que l’armée perd du terrain au Guatemala.

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